Mariage des enfants : un fléau toujours d’actualité


L’éradication du mariage des enfants en Afrique de l’Ouest et du Centre demeure l’un des défis majeurs auquel sont confrontés les organismes de défense des droits humains et du développement. Ceux-ci s’accordent à dire qu’il constitue l’une des plus sévères violences faites aux filles et une grave violation des droits humains. Bon nombre d’acteurs tant étatiques que privés ont entrepris des actions multiformes pour combattre ce mal.

On parle de mariage des enfants, de mariage précoce ou encore de mariage forcé des enfants lorsque dans le couple au moins une personne n’a pas l’âge requis, (c’est-à-dire 18 ans) qui est l’âge reconnu par les normes internationales. Malheureusement cette norme n’est pas respectée dans la plupart des pays africains.

Des chiffres qui en disent long….

Environ 15 millions de filles sont mariées chaque année avant l’âge de 18 ans. Les projections démographiques montrent également que si les tendances actuelles se poursuivent, près de la moitié des jeunes mariées dans le monde seront africaines en 2050.

Des jeunes filles maliennes

Les pays du Sahel font partie des pays où les taux de mariages précoces sont les plus élevés au monde : 52 % des filles au Burkina Faso, 55 % au Mali et 76 % au Niger sont mariées avant l’âge de 18 ans. De même, les taux de fécondité des habitants de ces pays sont parmi les plus élevés : naissances totales par femme 6,23 au Mali, 7,60 au Niger et 5,52 au Burkina Faso.

Les conséquences du mariage précoce sur la vie, le bien-être et l’autonomisation sociale et économique des filles ou/et de leurs enfants conçus précocement sont aussi nombreuses que dangereuses.

WILDAF Afrique de l’Ouest fait partie des institutions les plus activement engagées sur cette thématique dans la sous-région. Ses actions qui impactent positivement les communautés locales contribuent à un sensible recul du fléau ces dernières années.

Groupe de jeunes filles prenant le chemin des classes

Bien qu’étant opérationnel dans 11 pays d’Afrique de l’Ouest, WILDAF-AO a, dans un premier temps, concentré ses efforts dans le cadre de la lutte contre le mariage des enfants dans 3 pays, dont 2 dans lesquels les taux de prévalence sont les plus élevés, à savoir le Niger et le Mali (36,8 % de taux de prévalence dans certaines poches de la population pour un taux de fécondité de 4,6 enfants par femme).

« Nous avons travaillé avec des institutions de recherche et l’analyse a montré que la plupart du temps, ce sont les coutumes établies, la pauvreté et la religion qui conduisent les populations à se conformer à cette pratique. Dans les pays du Sahel, majoritairement musulmans par exemple, les croyances persistantes qui servent à légitimer les mariages d’enfants seraient ainsi fondées sur le Coran. » nous a expliqué Mme Mathilde SANT-ANNA ATTOH, Chargé de Programme Associée au WILDAF-AO.

Avant de s’attaquer au problème du mariage précoce, le WILDAF AO a établi une base de données probante et comparative qui a permis d’approfondir les connaissances sur le sujet.

…Sur les actions contre le mariage précoce

Après les discours, place aux actes ! WILDAF AO a lancé en 2016 le projet « Lutter contre les mariages précoces par l’autonomisation des filles en Afrique de l’Ouest » avec l’appui du CRDI, une institution de recherche canadienne, en partenariat avec la CEDEAO, l’UNICEF, l’UNFPA, et Plan International.

Dans le cadre de ce programme, nous avons sélectionné 120 jeunes filles par pays (Niger, Mali, Togo, NDLR) qui ont été renforcées sur les conséquences néfastes du mariage des enfants. Elles ont eu comme rôle d’aller sur le terrain pour sensibiliser leurs communautés, et aider à lutter contre le phénomène. Nous avons choisi deux zones, dans chaque pays, où le taux de prévalence du mariage précoce est élevé, a confié Mme Mathilde SANT-ANNA ATTOH.

Nous avons établi dans le cadre des programmes des stratégies qui consistent en l’éveil des consciences. Les parents ont été sensibilisés sur les conséquences du mariage précoce et les problèmes survenus dans les cas reçus.  Nous avons organisé des forums avec les Chefs traditionnels et religieux, qui eux aussi soutiennent ces mariages puisque ce ne sont pas des mariages civils. La loi dans certains pays exige au minimum 18 ans. Mais, le Mali et le Niger ne se sont pas conformés à la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes. Dans ces 2 pays, l’âge minimal est de 16 ans.

Des femmes sensibilisées par le WiLDAF sur la question des mariages des enfants

Peu à peu, les séances de sensibilisation ont commencé par porter leur fruit. Les imams et les chefs religieux ont réussi à comprendre qu’il faut laisser la fille jusqu’à un certain âge avant de la marier. Nous avons dans le cadre d’un nouveau programme, qui est en cours actuellement, continué par sensibiliser ces chefs traditionnels et religieux. À cette nouvelle étape, nous avons associé tous les acteurs qui interviennent dans l’officialisation d’un mariage comme les tantes paternelles, les marabouts, les démarcheurs, les conseillères nuptiales. Ils ont été sensibilisés au cours d’un forum où ils se sont engagés à sensibiliser à leur tour la population.

Des chefs traditionnels au cours d’une séance de sensibilisation

Selon les témoignages, il y a des conseillères nuptiales qui disent qu’actuellement une fille qui n’a pas au moins l’âge de 16 ans minimum ou 18 ans, elles n’iront pas assister la fille pour se marier.

Toujours dans le cadre du nouveau programme, nous avons également mené une étude sur les coutumes qui agissent sur le mariage des enfants. Nous avons élaboré un module de formation qui nous a permis de tenir un forum et des dialogues intergénérationnels avec les acteurs sur le terrain.

WILDAF-AO à travers une approche participative basée sur la recherche-action contribue à freiner l’élan du phénomène de mariages précoces au Niger, au Mali et au Togo. Pour que cette lutte soit efficace, elle mène des actions de plaidoyer auprès des décideurs pour qu’ils puissent se rendre compte de l’enjeu que représente la lutte contre le mariage des enfants ; et partant de là, mettre en place au niveau international un certain nombre de lois visant à asseoir l’autonomisation de la jeune fille. Car, notons-le, des politiques appropriées au niveau national, suivies par l’application de la loi, sont les premières étapes vers un changement des comportements et des mentalités au niveau local. La société civile joue également un rôle essentiel dans cette lutte, en incitant les gouvernements à respecter leurs engagements.

Source : l-frii.com

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