Le Togo adopte une loi sur le télétravail, doit-on en rire ?

La pandémie du coronavirus a rappelé au monde l’importance du télétravail, c’est-à-dire l’activité professionnelle exercée à distance grâce aux outils de télécommunication. Cette activité a maintenu debout un pan de l’économie mondiale au moment où le monde entier s’est cloîtré à la maison. Prenant la mesure de la situation, le gouvernement togolais, réuni en conseil des ministres le 7 mars 2022, a adopté un décret fixant les conditions et modalités de mise en œuvre du télétravail ou du travail à distance au Togo.

A priori, c’est une bonne chose que le pays légifère en matière du télétravail. Même si les mauvaises langues peuvent trouver qu’il y a plus urgent que cette loi. Passons !

Mais la question qui taraude l’esprit de plus d’un est celle de savoir avec quelle connexion le télétravail va-t-il se faire ? Dans un pays où la connexion crève les yeux de la tête, comme le témoigne une récente analyse de l’Autorité de régulation des communications électroniques et des postes (ARCEP) qui affirme que le Togo est le pays de l’UEMOA le plus cher en matière de connexion. Dans ces conditions, sans une politique pour aligner le coût de la connexion sur celui pratiqué dans la sous-région, le travail à distance sera une chimère.

Tout le monde a en mémoire la calamiteuse expérience du télétravail pour les entreprises qui en ont eu recours lors du confinement. Mis à part des patrons qui ont carrément refusé de supporter le coût du travail à domicile, nous citerons les difficultés qu’ont éprouvées les étudiants pour suivre les cours en ligne. Même les cours en ligne diffusés sur les médias nationaux n’ont pas comblé les attentes.

L’autre facteur à prendre en compte dans la mise en œuvre du télétravail est la disponibilité de l’outil informatique notamment l’ordinateur. Son coût n’est pas à la portée de tout le monde dans nos contrées. Or, l’accord de Florence adopté le 17 juin 1950 et ratifié par le Togo le 16 novembre 2009 engage notre pays à détaxer l’importation d’objet à caractère éducatif, scientifique ou culturel. Mais dans la réalité cet accord n’est pas appliqué. C’est ainsi que jusqu’à présent le Togo continue par percevoir des taxes (TVA et autres) sur les biens culturels notamment les manuels scolaires, les intrants d’imprimerie, les outils informatiques… rendant ainsi élevé le coût de ces outils sur le marché. Une application de cet accord aura eu le mérite de rendre accessible ces outils.

A prendre également en compte la disponibilité de l’électricité. Même si ces dernières années, avec le projet Cizo lancé par le Président de la République, notre pays fait des efforts pour la couverture du territoire national en électricité.

Si l’Occident peut recourir au télétravail sans mesure particulière, c’est parce que les conditions afférentes existent déjà, tel n’est pas forcément le cas pour la majeur partie des pays du continent. Il faut nécessairement mettre en place des dispositions. Ce décret, nous l’espérons, offre désormais un fondement juridique sur lequel s’appuieront les autorités pour baliser la voie vers le télétravail. Si tel n’est pas le cas, le télétravail ne sera qu’une vue de l’esprit.

Source : Togo Scoop

Source : 27Avril.com

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