Le sentiment anti-français est un non sens en Afrique francophone…

L’expression est devenue presqu’une devise. L’on parle en effet d’un sentiment anti-français qui se développerait au sein des peuples des pays francophones d’Afrique. Ce sentiment semble-t-il, signifierait une sorte de rejet de la France en tant qu’État dont l’histoire avec ces pays est jonchée de faits très critiqués et encore critiquables.

Ainsi donc ces peuples agacés et excédés par l’hégémonie française, l’implication de la France dans les choix politiques de ces pays et son rôle péccamineux dans le maintien de certains régimes non serviteurs de leurs peuples, auraient progressivement développé un tel sentiment de rejet.

Analysons froidement ces faits

La colonisation qui, rappelons-le, n’a pas été une aubaine pour les peuples d’Afrique, a permis que la France transfère sa langue, sa culture, son mode de pensées ainsi que sa perception de la vie dans l’esprit des citoyens de chaque pays colonisé. C’est un fait et sa conséquence reste qu’il existe désormais en Afrique, des citoyens noirs de peau mais plus français que les français eux-mêmes.

Autrement dit, tout ce qui meuble leur esprit est importé de France, de sorte que leur culture qui constitue le pilier essentiel définissant la vie d’un individu, a été neutralisée au profit de la culture française. L’école en tant que principal créneau par lequel, l’on alimente l’esprit des citoyens, s’enseigne non pas seulement en français mais surtout sur la base des programmes copiés pour l’essentiel de la France.

Comment serait-il alors possible que des citoyens issus d’un tel moule éducationnel où ils n’ont en réalité de référent que la France, deviennent subitement anti-français qui signifierait qu’ils scient la branche sur laquelle ils sont eux-mêmes assis de fait?

Il s’agit là d’un vrai non sens d’autant plus que même si par extraordinaire, ces peuples avaient un tel désir, ils n’auraient ni les moyens ni la vocation de l’assumer.

En revanche, le principe le mieux consubstantielllement intégré à la vie humaine reste l’aspiration à la liberté qui permet à chaque individu de s’assumer par lui-même en usant de ses facultés en tant qu’être intelligent capable de réfléchir et de trouver des solutions aux défis qui se présentent à lui dans son existence.

C’est précisément là que se situe la vraie pomme de discorde entre les peuples d’Afrique et les dirigeants français dont l’ingérence permanente dans la vie de ses anciennes colonies a quelque chose d’étouffant. Il s’en suit que ce qui est rejeté en Afrique francophone n’est pas la France mais les choix politiques des dirigeants français ainsi que leur attitude vis-à-vis des pays africains ayant une si longue histoire pas glorieuse avec ce pays. La preuve en est que les français sont heureux en Afrique tout comme les communautés africaines remplissent des quartiers en France sans souci.

L’intelligence dont j’ai fait état à l’instant, veut donc que les dirigeants français eux-mêmes se rendent compte que le fait pour eux d’avoir été auteurs de la colonisation qui a détourné l’Africain de sa vocation première, est déjà une plaie dont la cicatrisation n’est pas encore effective. Associer à cela, une propension permanente à s’ingérer dans les affaires intérieures de ces pays en rajoute forcément au mal, surtout que ces genres d’intrusions visent très rarement ou presque jamais, le bien-être des peuples qui se sentent ainsi laissés pour compte.

Mais oui, les pays les plus pauvres d’Afrique, j’allais dire du monde sont francophones, c’est une évidence, alors qu’inversement, leur potentiel à tous égards est quasi inouï.

De ce point de vue, les peuples d’Afrique francophone s’en prendraient exclusivement à leurs dirigeants s’ils n’avaient pas la preuve qu’en général, ces derniers prennent leur onction à Paris qui, à son tour, reste d’intelligence avec eux pour jouer crânement ses intérêts en Afrique.

En tout, il n’existe pas et il ne saurait exister de sentiment anti-français en Afrique francophone ; ce qui existe reste le refus catégorique de l’intrusion des dirigeants français dans la vie des pays d’Afrique. Car les citoyens sont fondés à conclure que c’est sur ces décideurs français que leurs dirigeants, parfois véreux, comptent pour se détourner lâchement de leurs responsabilités vis-à-vis de leurs peuples. Ce qui, objectivement n’est pas faux, et plusieurs cas peuvent aisément servir de preuves en la matière.

Corriger cela ne sera qu’un acte d’intelligence qui va sceller une nouvelle alliance constructive et même amoureuse entre la France et l’Afrique francophone dans son ensemble.

Luc Abaki

Source : icilome.com