Le royaume Eswatini comme… le Togo

« Les hommes n’acceptent le changement que dans la nécessité et ils ne voient la nécessité que dans la crise » (Jean Monnet)

« Sans la lutte, vous n’obtiendrez rien, ni aujourd’hui, ni jamais », prevenait Thomas Sankara. Les populations d’Eswatini, l’ancien Swaziland, se sont approprié cette maxime. Depuis plusieurs mois, elles expriment leurs exaspérations dans la rue contre la misère endémique et l’absence des libertés publiques et démocratiques. Les Swazis supportent de moins en moins leur roi. Ils le lui font comprendre. Le ressentiment frémit. Depuis juin dernier, la rue gronde. Toutes les les couches de la société crient leur ras-le-bol, fonctionnaires, ouvriers, étudiants, lycéens, etc. Les manifestations sont durement réprimées, avec leur cortège de morts et de blessés. La dernière monarchie absolue de l’Afrique ne tient plus à grand-chose.

Depuis le début des manifestations interdites par le palais royal, pas moins de 37 personnes ont été tuées selon le gouvernement, une centaine selon l’opposition. Malgré la repression sanglante, les populations sont vent debout contre le roi Mswati III. Elles ne veulent plus de lui. « Nous avons maintenant besoin d’un nouveau leader. Pas du roi. Nous avons besoin de démocratie, parce que dans une démocratie, nous avons quelque chose à dire si nous n’aimons pas ce qui se passe », peste une ouvrière dans le textile cité par le confrère Afrik.com. Sous la monarchie, les populations n’ont pas voix au chapitre. Elles obéissent seulement aux ordres du roi. Elles n’en peuvent plus.

Face à l’ampleur de la contestation, la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) a dépêché une mission dans le royaume afin de proposer ses bons offices. Un appel au dialogue national est lancé dans la foulée par le roi et rejeté par l’opposition et la société civile. Pour l’opposition, il n’est pas question de laisser le roi qui a du sang sur les mains faire la pluie et le beau temps au travers de ces pourparlers. « Il ne peut pas y avoir de calme ou de dialogue pacifique tant que les forces de sécurité continuent de tuer et mutiler les gens», objecte l’opposition.

En Eswatini, le roi concentre tous les pouvoirs et regente tout. Il détient des parts dans toutes les grandes entreprises du pays -et notamment dans l’un des plus gros producteurs de sucre d’Afrique-, et se taille un salaire annuel astronomique d’environ 52 millions d’euros, plus de 34 milliards de FCFA. Il mène un train de vie sultanesque et collectionne les voitures de luxe. En 2019, il ne s’est pas empêché d’offrir des BMW et des Rolls Royce à ses quinze épouses, provoquant un scandale dans le royaume. Pendant ce temps, près de 60% de la population vit sous le seuil de la pauvreté. Les partis politiques sont interdits au parlement. Le roi n’éprouve aucun besoin à rendre compte aux Swazi de la politique qu’il conduit en leur nom.

Le Eswatini ressemble étrangement au Togo des Gnassingbé, à la différence que le premier est une monarchie reconnue comme telle et le second une République. Mais dans le fond, la gouvernance et les pratiques des deux Etats ne diffèrent guère.

Vu la manière dont cette monarchie est régentée, on ne peut s’empêcher de penser à la « petite » minorité au Togo qui a pris en otage le pays depuis plus de cinq décennies et qui a mis en coupes réglées les pans entiers de l’économie nationale. Les membres de cette minorité qui ont fait main basse sur toutes les richesses et les biens de l’Etat, étalent un luxe insolent et de mauvais goût alors que la grande majorité des Togolais portent en bandoulière la pauvreté et la misère au quotidien.

Médard Amétépé

Source : Liberté / libertetogo.info

Source : 27Avril.com

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