Le parti de Bongo célèbre la victoire aux législatives dans la tristesse

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Situation particulière que celle du Gabon aujourd’hui. Alors que les résultats des législatives viennent de tomber, l’esprit des Gabonais est accaparé par les incertitudes autour de l’hospitalisation du président Bongo Ondimba.

Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’avec la nouvelle de l’hospitalisation du président Ali bongo Ondimba à Riyad, hospitalisation due à un « ?malaise? » selon les informations délivrées par le porte-parole de la présidence, Ike Ngouoni Aïla Oyouomi, le Gabon nage dans l’incertitude. En effet, dimanche dernier, l’information a été donnée que le président âgé de 59 ans était depuis mercredi à l’hôpital King Faisal de Riyad, en Arabie saoudite. Hospitalisation mercredi, annoncée dimanche. Il n’en fallait pas plus pour que les rumeurs les plus folles circulent ici et là, tant au Gabon que dans de nombreux pays africains.

Entre folles rumeurs…
C’est ainsi qu’une télévision privée camerounaise a annoncé la mort du président gabonais Ali Bongo Ondimba. Mal leur en a pris puisque réunie mardi à Libreville, la Haute Autorité de la communication (HAC) a demandé le retrait pour six mois de Vision 4, télévision privée camerounaise réputée proche du pouvoir. « ?Inexacte et trompeuse? », a indiqué la HAC qui a estimé que cette annonce a porté « ?atteinte à l’unité nationale, la cohésion sociale et l’ordre public? ». Il faut dire qu’une autre information est mise en avant par la présidence même du Gabon qui a indiqué que « ?les médecins qui l’ont consulté ont diagnostiqué une fatigue sévère due à une très forte activité ces derniers mois? ». Prescription requise : « ?repos médical? », selon le porte-parole du Palais de bord de mer. Et de préciser : « ?Il va mieux et se repose en ce moment même à l’hôpital à Riyad.? » Mercredi soir, le prince héritier saoudien, Mohammed ben Salmane, lui a rendu visite si l’on en croit l’agence de presse officielle saoudienne (SPA).

… minimisation de l’hospitalisation…
Après que le Premier ministre Emmanuel Issoze Ngondet ait évoqué l’idée d’un « non-événement » et que la sanction contre Vision 4 a été connue, le doute, le trouble et les questions se sont insinués dans l’esprit des Gabonais. À leur tête, les membres de l’opposition, notamment ceux de l’Union nationale, ont indiqué prendre avec beaucoup de réserve les propos du porte-parole de la présidence et du Premier ministre, ce qui les a conduits à « ?exiger la vérité? ». Même son de cloche du coté du Rassemblement héritage et modernité, dont le chef, Barro Chambrier, a dit : « Les Gabonais ont également le droit de savoir la vérité et notre parti appelle le gouvernement à plus de responsabilité pour communiquer aux Gabonais, d’heure en heure, la situation exacte. C’est un devoir constitutionnel important et c’est une exigence démocratique et un signe de respect envers le peuple gabonais. »

… et appels à prier
On l’aura compris, le sujet est sur toutes les lèvres au point que, ce mercredi, le secrétaire général exécutif du Bloc démocratique chrétien, Guy Christian Mavioga, a invité le peuple à la prière, pour un rétablissement rapide du patron de l’exécutif. Parallèlement, la brigade de sécurisation des postes comptables du Trésor a appelé les militaires à redoubler de vigilance, en vue d’une meilleure sécurisation des fonds en cette période sensible.

Le contexte est donc vraiment délicat, car le Parti démocratique gabonais paraît momentanément orphelin de son chef et du coup n’a pas fêté sa victoire, contestée par ailleurs par nombre d’opposants, comme il se doit. En vérité, ses élus, dont beaucoup de nouveaux, attendant impatiemment le retour d’Ali Bongo à Libreville. Pour le moment, on se rassure comme on peut à l’image de ce militant du PDG, Joseph Malekou qui indique : « Une lecture croisée des dépêches de plusieurs agences de presse nous rassure. Nous prions pour un prompt rétablissement du président du président de la République. »

Ce volet hospitalisation du président Bongo mis de côté, qu’en est-il de l’autre dossier fort du moment, à savoir les résultats des élections législatives ?
Des résultats très favorables au Parti démocratique gabonais…
Selon les résultats officiels, le Parti démocratique gabonais (PDG, au pouvoir) est arrivé largement en tête aux élections législatives avec 98 députés élus à l’Assemblée nationale sur 143 sièges. L’opposition et les candidats indépendants se partagent 45 sièges. Le parti au pouvoir sort donc largement victorieux notamment dans les grands centres urbains comme Franceville et Libreville. Dans l’Ogooué-Maritime et le Woleu-Ntem, deux bastions traditionnels de l’opposition, les scores ont été moins bons. Tout comme dans la Nyanga où Les Démocrates, parti de l’ancien président de l’Assemblée nationale Guy Nzouba Ndama, se sont montrés très dynamiques. D’ailleurs, avec ses 11 députés élus au terme des deux tours des législatives, Les Démocrates constituent la deuxième force politique dans la future Assemblée nationale, derrière le PDG, qui a procédé, selon le parti à un renouvellement de plus de 70 % de ses candidats à cette élection.

Les opposants dans la sauce du PDG
Pour ce qui est du Rassemblement héritage et modernité de Barro Chambrier (4 sièges) et de l’Union nationale (2 sièges) de l’opposant Zacharie Myboto, on peut dire qu’ils ont mordu la poussière. Autre constat : les principaux opposants qui ont accepté la main tendue d’Ali Bongo, après le dialogue politique d’Angondjé organisé à la suite des violences postélectorales liées à la présidentielle de 2016, ont été battus. Parmi eux, l’ancien maire de Mouila et actuel vice-président de la République, Pierre Claver Maganga Moussavou, le président du Conseil national de la démocratie, Séraphin Ndaot, ou le ministre de l’Enseignement supérieur, Jean de Dieu Moukagni Iwangou.

L’opposition crie à la fraude…
Si c’est ainsi qu’apparaissent les résultats officiels, ceux-ci n’emportent pas l’adhésion de tous et notamment de nombre d’opposants qui crient à la fraude, à la corruption au pouvoir de l’argent. « Ces résultats confirment le recours du pouvoir PDG à la fraude massive, notamment à la manipulation en amont des listes électorales, à la distribution sans vergogne d’énormes sommes d’argent pour l’achat des électeurs y compris aux alentours des bureaux de vote, aux intimidations de toutes sortes, l’utilisation sans retenue d’une administration sous influence, au transfert par convois entiers d’électeurs, à la réquisition au profit des transports en commun et l’organisation de la pénurie de carburants le jour du vote dans plusieurs localités », a ainsi déclaré il y a quelques jours l’opposant Barro Chambrier, lors d’une conférence de presse à Libreville.

… là où les pro-PDG disent voter pour du concret
Un point de vue que ne partagent bien sûr pas ceux qui ont voté pour le parti au pouvoir. « Nous votons des candidats capables d’apporter des solutions aux problèmes auxquels sont confrontés les Gabonais. C’est pour cette raison que nous, jeunes du quartier Avéa, dans le 2e arrondissement de Libreville avons soutenu les candidats du PDG. Au-delà des promesses électorales, chacun d’eux a fait ses preuves sur le terrain en réalisant des projets pour l’intérêt des communautés », explique Jean Obiang, membre de l’équipe de soutien de Jacques Massala, qui vient d’être élu député PDG du 2e siège du 2e arrondissement de Libreville. « À Port-Gentil, Bitam, Franceville, Oyem, le parti au pouvoir a compris le jeu et a investi des hommes jeunes, mais qui impactent la vie des habitants à l’image de Tony Ondo Mba, Justin Ndounangoye ou Renaud Allogho Akoué. Tous ont remporté le scrutin. Nous sommes aujourd’hui en quête des leaders politiques qui suivent une trajectoire de développement et qui veulent faire la politique pour aider les populations et non pour se remplir les poches avec l’argent du contribuable gabonais », a lâché pour sa part Jean Tondo, enseignant et électeur, expliquant la victoire écrasante du PDG.

Tentative d’explication
Pour instructive qu’elle soit pour comprendre certains ressorts du vote en faveur du PDG, il y a lieu de s’intéresser à cette réflexion d’un membre du directoire du réseau de la société civile des acteurs non étatiques pour l’économie verte en Afrique centrale. Pour Jean-René Nzamba Mombo « en l’absence d’un courant idéologique drainant du monde, les électeurs, dont beaucoup se sont désintéressés des processus électoraux, ont choisi de voter massivement pour le parti au pouvoir, car celui-ci bénéficie d’une meilleure structuration de base dans l’ensemble du pays ». Un argument que partage le professeur de philosophie morale à l’université Omar-Bongo, M. Mackaya visiblement satisfait des résultats au regard de ses mots : « Le processus électoral a été transparent et le PDG mérite sa victoire. »

Il serait cependant illusoire de penser que cette élection va régler les problèmes aigus auxquels le Gabon doit faire face. Ils sont politiques, économiques et sociaux. Sans compter qu’il y a une partie du personnel politique derrière Jean Ping qui refuse toujours les nouvelles règles du jeu que le pouvoir d’Ali Bongo Ondimba a proposées pour certainement calmer les esprits, mais aussi tourner définitivement la page d’une élection présidentielle dont la sincérité a été et est toujours interrogée et sujette à caution dans certains milieux. Nul doute qu’une levée plus rassurante du voile sur la santé d’Ali Bongo pourra y participer même si elle ne réglera pas tout.

Source : www.cameroonweb.com

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