La mort qui, chaque jour, au Togo, se rapproche de nous !

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Je viens de me séparer ce mercredi 05 juillet, avec un chirurgien de longues expériences, qui avait, ce soir encore, le moral dans les chaussettes. Totalement effondré. Sa journée du 05 juillet 2017 le marquera à vie.

La mort qui, chaque jour, au Togo, se rapproche de nous !

Appelé précipitamment très tôt ce matin pour une urgence il s’est précipité dans un hôpital de la capitale pour sauver un patient en détresse. L’homme, une cinquantaine venait, ce mercredi de prendre une balle à son bureau Lomé, dans les envions de l’aéroport de Lomé. Évacué à l’hôpital, il est vrai la balle a dû le transpercer au niveau de l’abdomen, il avait une chance d’être sauvé. Tout le bloc était totalement mobilisé. Il l’ont vite installé et entubé. Le bistouri a ouvert le ventre. Halleluia, le foi n’est pas atteint. la balle a plutôt touché la partie inférieure d’un rein. Pas si grave. Vraiment ! Les lésions sont rapidement fermées. Mais, attention, les poches de sang ne sont pas toujours arrivées.

Au centre de transfusions sanguine, ceux qui sont partis chercher les poches de sang, ont du mal. Ils font face à une émeute, une vraie, des autres usagers qui, pour certains, attendaient depuis 2 heures du matin sans être servis. Pour eux, pas question de laisser quelqu’un qui venait d’arriver se faire servir. Ils finiront après de bien longues tentatives de persuasion de laisser passer le sang pour ce patient déjà sur la table opératoire et dont chaque minute était précieuse et le temps soigneusement compté.

les bras chargés des poches de sang, la famille court à l’hôpital…

Chirurgiens, anesthésistes et instrumentistes étaient sortis depuis du bloc. Les efforts sont vains. Il y a des urgences qui n’attendent pas.

L’homme est mort!

Toute l’hôpital s’effondre. Même le bloc opératoire n’a pu retenir ses larmes. Il suffisait que le sang soit disponible pour que ce patient retrouve la vie. En réalité, il était sauvé, ses lésions soignées. Il ne manquait que le sang. Il est mort alors qu’il ne devrait pas. Dans tout l’hôpital, l’ambiance est glaciale.

Eh oui! Depuis des jours il y a pénurie de sang au Togo. Je devrais dire comme d’habitude. Je ne me rappelle plus le nombre de fois que j’ai écris sur la pénurie de sang dans notre pays. Au Togo, le jour où vous avez un parent qui a urgemment de sang, ce jour-là, vous comprenez comment dans ce pays la vie est suspendue à un fil pas plus gros qu’une mèche de toile d’araignée.

Ce monsieur qui, ce mercredi matin, venait d’arriver au boulot après avoir déposé sa femme à son lieu de travail ne pouvait s’imaginer que quelques heures après son corps se retrouverait à la morgue. Il avait certainement les moyens de se payer les meilleurs soins. Il gagnait bien sa vie. D’ailleurs il était accueilli dans un centre de soin de prestige. Il n’est pas Togolais…

Comme quoi, la précarité sociale et médicale au Togo n’épargne personne. Tu as beau avoir tous les moyens de ce monde, il peut t’arriver de te retrouver dans une urgence vitale et d’avoir besoin d’un minimum…

Tiens, pendant qu’on parle, il faut le savoir, après le décès deux médecins professeurs il y a quelques jours, un autre est dans le coma. Et pas n’importe lequel. Le Prof Napo-Koura, Secrétaire Général du ministère de la Santé, celui-là même qui a géré ledit ministère pendant des mois, alors que le département était sans ministre. Actuellement en coma, il est pris en charge dans une clinique privée. Prions que le Ciel l’épargne du sort des deux autres professeurs qui nous ont récemment quittés.

Jusqu’à quand ? Jusqu’à quand les humains vont continuer de mourir comme des mouches au Togo, de causes largement évitables. Jusqu’à quand resterons-nous les bras croisés, face à un étau qui chaque jour davantage se resserre autour de chacun de nous. Croyez-moi, plus personne au Togo n’est à l’abri d’une mort gratuite. Ce soir mon cœur saigne !

Maxime Domegni
05 juillet 2017

27Avril.com

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