“La CEDEAO devrait bien entendu revoir sa copie et faire preuve de plus de souplesse” selon le NET

Une dernière et je quitte dans l’affaire des coups d’Etats.

Sur la crise malienne, j’ai montré mon côté de moi que j’aime le plus. L’opiniâtreté dans mes convictions. En tant que politiciens, normalement, on a tendance à braire avec la meute, pour l’électorat. Mais Dieu merci, je ne suis pas de ces politiciens-là.

Je tiens à mes convictions. En 2012, quelques mois seulement après le lancement du NET, et après avoir accepté d’être membre fondateur de la coalition arc-en-ciel, j’avais refusé de prendre part à une marche du CST qui demandait la démission de Faure Gnassingbé. Pour moi, l’alternance doit passer par des élections pacifiques. Idem en 2017, quand le 8 octobre, après avoir pris part à plusieurs marches de la C14, j’avais demandé de transformer la mobilisation populaire en une mobilisation électorale. Chaque homme politique à ses valeurs et sa boussole. Je respecte la démocratie et ses textes, même si parfois, ils ne me conviennent pas. C’est le pacte républicain. J’ai à plusieurs reprises été mis en minorité dans le débat sur la crise malienne, mais jamais je n’ai dévié de mon raisonnement, ne serait-ce que pour faire plaisir au plus grand nombre.

Mais aujourd’hui, je vais revenir à mes fondamentaux. Parler du Togo et des problèmes des Togolais. Avant de baisser le rideau, j’aimerais partager avec vous les trois observations suivantes.

1 : On gagne rarement les guerres asymétriques. L’exemple du départ de l’armée américaine de l’Afghanistan en est la plus grande preuve contemporaine. Je ne crois pas que l’armée Malienne, ou celle Burkinabè viendra à bout des djihadistes en renversant uniquement leurs présidents. Contre des petits commandos agissant dans la furtivité, la puissance de feu ne sert pas à grand-chose. Le renseignement est le meilleur atout. Et depuis près de 10 ans, les Américains, Français et autre pays européennes déploient dans la zone des puissants moyens électroniques. Il y a eu beaucoup de victoires, de chefs de guerre éliminés, mais la source du problème est multiforme. On y trouve pèle mêle la pauvreté, les conflits communautaires et inter-ethniques, l’extrémisme religieux, la corruption, les luttes pour les ressources économiques….. Il n’y a pas de remède magique. Comme je l’ai dit hier, c’est un écran de fumée que de penser que les militaires putschistes pourront faire des miracles.

2 : Quel est le nouvel mode politique proposé par les militaires ? La politique est un métier, et contrairement à ce que les gens pensent, qui demande beaucoup d’énergie et de concentration. Les militaires peuvent bien entendu la pratiquer, à la condition de quitter leur statut. Aujourd’hui, on semble plébisciter les coups d’état militaire, mais quel va être l’étape après ? Transition, élection, et coup d’état ? Je rappelle que dans le sahel tout a été essayé. Des gouvernements civils, des gouvernements militaires (le premier président Malien, Modibo Keita, a été renversé par un coup d’état, en 1968, par le lieutenant Moussa Traoré, qui a installé une dictature militaire jusqu’en 1999) les gouvernements de transition ? J’aimerais bien que les gens me disent ce qui change des coups d’Etat précédents.

3 : Nous ne nous appartenons pas. Aujourd’hui, peu de pays pauvres comme beaucoup de pays de l’Afrique de l’ouest peuvent vivre en autarcie. La première source de devises du Mali est l’or (60tonnes déclarées par an) qui représentent 70% des recettes d’exportation du pays, et 25% du budget. Près de 40% de son budget provient de dons et subventions, comme dans les autres pays de la sous-région, sans compter toute l’assistance des nombreux donateurs du pays. C’est bien de bomber la poitrine pour crier à l’indépendance, mais aujourd’hui, aucun pays ne peut parler d’indépendance véritable. Même la France à une balance des paiements déficitaire. Si son économie se referme, c’est la récession. Il faut juste mettre de l’eau dans le moulin. Le plus important est le sort des populations.

Voilà les observations que je voulais faire ce matin.

La CEDEAO devrait bien entendu revoir sa copie et faire preuve de plus de souplesse.Le peuple malien n’a pas à souffrir des choix de ses dirigeants. Il semble que le président Togolais, qui devait présider la troisième réunion du Groupe de Suivi et de Soutien à la Transition au Mali, tente subtilement une démarche de conciliation. C’est une bonne chose.

La junte aussi doit se montrer raisonnable. La proposition de l’UA me semble acceptable. 16 mois et on remets les institutions en place. Peut-être jusqu’au prochain coup d’Etat, qui sait?. Et moi qui avais naïvement cru que nous avions dépassé ces régressions.

Bref.Donc, je passe à autre chose. Ce n’est pas comme si nous n’avions pas de problèmes au Togo. Hier, c’était l’anniversaire des attentats de Sarakawa. Je suis né un 2 février, et c’est l’attentat de Sarakawa de 1974 qui a fait de cette date quelque chose d’historique. Aujourd’hui, le 24 janvier est toujours célébré dans notre pays. Je me souviens toujours de la fantasmagorie qu’on nous a servie à l’époque. Eyadema qui disparait de l’avion au moment de l’accident que les Français avaient préparé pour éliminer le nationaliste président. Je n’ai jamais compris comment Eyadema a pu être considéré pendant tout son mandat comme un valet de la France alors qu’il a nationalisé la CTMB, demandé la sortie du franc CFA et échappé donc à l’attentat de Sarakawa.

Expliquez-moi l’affaire-ci. Réfléchissons vivants.

Gerry

Source : icilome.com