Grève des enseignants : Kokoroko, la brute ou le méchant ?

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Visiblement les vieux démons sont de retour dans le secteur de l’éducation. C’est ce que l’on pourrait conclure à la vue du bras de fer qui oppose les ministres Dodzi Kokoroko des enseignements primaire et secondaire, et Gilbert Bawara de la fonction publique, qui brandissent les épées de sanctions et de licenciements face aux enseignants de Fédération des syndicats de l’éducation nationale (FESEN).

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Alors que ces enseignants leur réclament l’exécution d’une promesse non tenue depuis plusieurs mois, le gouvernement rougit et sanctionne les grévistes, prétextant 10 jours de préavis non respectés par les syndicalistes.

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1.192 directeurs d’établissements des enseignements du préscolaire et du primaire, selon le gouvernement, et 1345 selon la FESEN ont été rétrogradés le 04 novembre dernier par le ministre Kokoroko en charge des enseignements primaire et secondaire, au motif d’avoir participé à la matérialisation d’un mouvement de débrayage les 3 et 4 novembre.

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Le ministre Dodzi Kokoroko qualifie cette cessation de travail »d’illicite », » …car, violant les dispositions du nouveau Code de travail ». » Je rappelle à la diligente attention des acteurs du système éducatif en général, et des enseignants des établissements scolaires du public en particulier, que le débrayage lancé par la FESEN ne respecte nullement les dispositions en vigueurs relatives au droit de grève, notamment l’article 324 du code du travail « , a martelé dans une note le ministre Kokoroko soutenu dans son élan par son collègue Gilbert Bawara de la fonction publique.

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» Il n’est ni conforme aux lois et aux règlements en vigueur, ni dans les usages et la pratique, de prétendre, comme vous le faites, exercer la continuation ou la suite d’une grève initiée ou entamée plus d’une année auparavant et ainsi de s’affranchir des dispositions légales en vigueur en matière de négociations préalables et du respect du délai de dix (10) jours ouvrés de préavis « , a réitéré Gilbert Bawara le 08 novembre dernier alors que la FESEN menaçait de reconduire son mouvement pour les 10 et 11 novembre.

À l’origine de la grève initiée par la FESEN, un appel aux modalités de jouissance de la gratification exceptionnelle, une proposition du gouvernement en lieu et place du protocole d’accord signé le 18 avril 2018. Dorénavant, un deuxième motif vient s’y ajouter, celui de réclamer la » réhabilitation sans conditions des chefs d’établissement rétrogradés « .

Cette rétrogradation apparaît aux yeux de la FESEN comme » impopulaire et non-conforme aux dispositions des articles 170 et 171 du Statut général de la Fonction publique togolaise « . La vérité est que le corps enseignant qui se trouve être un acteur social très important pour ses rôles de formateur et d’éducateur des leaders de demain, se trouve être parmi les plus sensibilisés sur ses droits et nanti de courage syndical, le seul corps parmi les agents de la fonction publique à secouer le gouvernement et le mettre devant ses responsabilités que ce soit pour ce qui concerne le respect de certains points du statut de la fonction publique ou de tout autre engagement que les gouvernements eux-mêmes prennent, mais ne s’empressent pas de respecter.

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On pourrait retenir néanmoins que la FESEN dispose d’une belle part de mobilisation. Si plus de 1200 directeurs d’écoles ont pu observer le mouvement de grève pour être sanctionnés, l’on peut aisément imaginer la masse d’enseignants mobilisés pour la grève et la paralysie que cela aurait causé aux programmes scolaires en ce moment de Covid-19 où le temps reste un élément précieux quant à l’exécution du calendrier scolaire annuel.

Sacrifier l’éducation des enfants sur l’autel d’un ministère abonné aux méthodes brutes ?

Il est clair que les enseignants n’auraient aucun argument valable pour invoquer une grève si le gouvernement avait pris ses dispositions pour respecter tous ses engagements envers le personnel de l’éducation, duquel on attend un don de soi à 100 %, car l’avenir des élèves en dépend. En témoigne la série de mesures prises par le ministre Kokoroko en remerciant les enseignants volontaires et en augmentant les charges de travail des enseignants titulaires.

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Dans certaines régions du pays, ces mesures ministérielles ont eu un impact nocif sur les écoles où, malgré la présence de centaines d’enseignants volontaires, il y avait toujours une insuffisance de ressources humaines. Le ministre prolixe en communiqués et notes de service, a menacé en pleine année scolaire, de licencier des milliers d’enseignants grévistes pour une raison de 10 jours manqués de préavis, alors que la faute vient de son leadership porteur de crise de confiance pour cause de promesse non-tenue pendant plusieurs mois.

Il est clair que cette situation n’arrange ni le gouvernement, ni l’éducation des enfants et qu’il faille se passer de son désir effréné de se montrer grand ministre » rigoureux et strict » prêt à déployer la violence physique des forces de l’ordre à l’encontre de ses administrés comme il a su le faire contre les étudiants à l’université de Lomé et contre certains enseignants violentés alors qu’ils voulaient tenir une réunion syndicale.

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Dieu merci, les enseignants ont mis de l’eau dans leur vin, évoquant » leur bonne foi » pour sursoir à leur appel à une seconde cessation de travail les 10 et 11 novembre. Même si les ministres Bawara et Kokoroko vont se targuer d’avoir étouffé l’élan des enseignants par les menaces de licenciement, ces derniers leur donnent jusqu’au 25 novembre pour trouver des solutions à leurs revendications, y compris la réhabilitation des directeurs d’écoles rétrogradés.

Des gouvernants qui ne tiennent pas leurs promesses à l’exigence d’enseignants qui tiennent à leur droits, l’affaire est bonne à suivre. En attendant, les parents d’élèves imaginent l’humeur des enseignants et l’atmosphère dans laquelle ces derniers transmettent le savoir dans les écoles, en ces temps de crise.

Canal D 101

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Source : Togoweb.net

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