Football togolais : Lorenzo, l’Autre Problème

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Football togolais : Lorenzo, l’Autre Problème

Depuis sa nomination à la tête du Ministère des Sports, le nom de Guy Madjé Lorenzo revient incessamment dans des affaires polémiques notamment liées à l’équipe nationale et la Fédération togolaise de football. La kyrielle de faits mérite un full stop sur la personne de M. Lorenzo, oncle du Président de la République et beau fils de la Directrice de Cabinet du Président.

Guy Madjé Lorenzo est l’un des membres du gouvernement togolais qui fait beaucoup parler de lui en ce moment. Nommé en juin 2015 à la tête du ministère des Sports couplé avec la communication, la culture et la formation civique, l’homme s’illustre plus souvent dans une seule discipline : le football. « Quoi de plus normal ? », a ironisé un acteur du milieu qui souligne que le football est le sport le plus pratiqué au Togo et il attire par conséquent les convoitises de tout genre.

Il nous souvient que sa nomination à la tête du département des sports a suscité des questionnements externes aussi bien que de fortes hésitations en interne, eu égard au passage que l’homme a eu à faire au ministère du Commerce. Et quelques mois seulement après son arrivée aux commandes du ministère des sports, les scandales vont s’enchainer impliquant l’oncle du Chef de l’Etat.

Les dossiers Lorenzo

Tout a commencé avec l’élection de l’actuel bureau de la Fédération togolaise de football. Au cours du processus devant aboutir au choix du nouveau patron de la FTF, plusieurs fois le nom du ministre a été cité pour ses tentatives d’imposer ses proches. Mais finalement, c’est la liste du Colonel Guy Akpovy qui a été élue pour diriger la FTF.

Vers la fin de l’année 2016, les Eperviers se sont qualifiés miraculeusement pour la Coupe d’Afrique des Nations Gabon 2017. Bien avant cette qualification, l’équipe nationale était confrontée à un problème d’équipementier. La firme Puma qui habillait jusque-là sélection nationale n’est plus très enthousiaste à l’idée de reconduire son contrat. Pour cause, certaines clauses de son bail avec l’Etat togolais ne sont pas correctement respectées. A l’époque, pour certains regroupements de l’équipe nationale, on a dû acheter les maillots sur le marché. C’est ainsi que « sur décision du ministre », les Eperviers se sont rabattus sur la marque « Sergio Sport » appartenant à l’un des proches du ministre. Après seulement un match et face à la qualité des produits présentés, la FTF a défaut de convaincre Puma de revenir, a fait appel à Macron, un autre équipementier de renom pour habiller les Eperviers durant la Coupe d’Afrique des Nations. Guy Madjé Lorenzo qui a essayé d’influencer le choix de l’équipementier n’a finalement pas eu gain de cause.

De retour de la CAN, pour « se venger », le ministre des Sports a refusé d’avaliser la facture adressée par Macron à la FTF prétextant que la procédure de passation des marchés publics n’a pas été respectée. L’équipementier a menacé de porter l’affaire devant les juridictions internationales. L’affaire aurait été finalement réglée par des détours et des contorsions visant à ramener « Sergio Sport ».

Au finish, c’est Puma qui est revenu. « Jusqu’à aujourd’hui, le ministre des sports n’a pas digéré cette affaire. Vous l’aurez constaté, il n’est souvent pas présent lors des évènements officiels de la FTF », nous a expliqué une source proche de la faitière du football national. Et justement, on se souvient en fin de saison dernière, alors que le ministre est attendu pour remettre le trophée au champion en titre, il s’est rendu dans un évènement privé organisé par «Sergio Sport » à des kilomètres de Lomé.

L’autre dossier de l’ère Lorenzo à la tête du Ministère des Sports est l’affaire des 600 millions révélée par l’audit sur la participation du Togo à la Coupe d’Afrique des Nations Gabon 2017. En effet, pour bien préparer sa participation à cette compétition continentale, comme à l’accoutumée, plusieurs commissions ont été mises en place. Celle qui est chargée de la mobilisation et de la gestion des fonds est dirigée par le ministre des Sports. Ainsi, aucune dépense n’est effectuée sans l’aval de Guy Madjé Lorenzo. Mais quand l’affaire des 600 millions a éclaté, les doigts accusateurs sont plutôt dirigés vers la FTF. Comment cela s’explique ? En effet, le cabinet Icc, retenu pour l’audit, et dirigé par Mme Bitho par hasard un proche du ministre des Sports, a automatiquement rejeté tous les justificatifs des dépenses dont la FTF ou l’un des collaborateurs sont porteurs. Tout une Intrigue !

Selon le cabinet Icc, il y a eu des surfacturations, des contrats non déclarés et bien d’autres magouilles. Pourtant, tous les moyens sont mis en place pour qu’il fasse des vérifications comme l’exige la déontologie en la matière. Paradoxalement, Mme Bitho et les siens ont accepté des factures comme par exemple celle des vestes et des chaussures (livrées par un proche du ministre) qui s’élèvent à plusieurs millions de FCFA alors que les joueurs ont refusé de les porter pour un déficit de qualité. « Le ministre des sports est le chef d’orchestre de tout çà. Quand, il voit que son intérêt est en jeu, il fait son possible pour accuser les autres», confie notre source à la FTF.

Dernièrement, une partie du rapport de l’audit ciblant particulièrement les collaborateurs de la FTF a été divulguée sur les réseaux par le Directeur de Cabinet du Ministre des Sports. Une démarche qui vise clairement à incriminer et à fragiliser la FTF. Coïncidence, ce document a été dérobé, il y a quelques semaines à la FTF lors d’un cambriolage dont les auteurs sont toujours recherchés.

Un ministre a bluffé grave …

A quelques jours, du match aller contre la Gambie (12 octobre 2018), comptant pour la troisième journée des éliminatoires de la CAN 2019, le capitaine Shéyi Adébayor a menacé de ne plus jouer sur le gazon synthétique « pourri » du stade Municipal de Lomé. Il faut dire qu’au lendemain du match contre le Bénin le 09 septembre 2018 à Lomé, l’international togolais avait déjà pointé du doigt l’état du terrain et avait même proposé que le match soit délocalisé au Ghana vu que le second terrain de football dont dispose le Togo est en rénovation. Les faits, lui donneront raison quelques jours plus tard. Pendant le match contre la Gambie, une pluie s’est abattue sur Lomé. Plusieurs parties du gazon se sont transformées à une marre, rendant la pelouse impraticable.

Ce fait permettra de prendre le Ministre Guy Madjé Lorenzo en flagrant délit de mensonge. Puisque, avant la confrontation face à la Gambie, interpelé sur la question, le ministre oncle a déclaré en substance que l’état de la pelouse ne pose aucun problème. Mais voilà ! De l’avis des médecins du sport, le gazon synthétique surtout dégradé a de sérieuses répercussions négatives sur la santé et la performance des joueurs.

La Liste est longue mais ces quelques faits permettent de se faire une idée sur la personne qui dirige le sport au Togo depuis trois ans. Et, surtout, ils rappellent le passage de cet homme à la tête d’un autre département. Ministre délégué auprès du Président de la République, chargé du Commerce et de la Promotion du secteur privé, assurant alors l’intérim du Ministère d’Etat, ministre de l’industrie, de l’artisanat, et des nouvelles technologies, Guy Madjé Lorenzo qui est diplômé en Droit des affaires, a laissé de tristes souvenirs. A la question, si l’ancien conseiller économique de Faure Gnassingbé est un démon ou un ange, la réponse est sans équivoque.

Source : Fraternité

27Avril.com

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