Enfin, une année scolaire paisible au Togo ?

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Enfin, une année scolaire paisible au Togo ?


Elèves et enseignants ont repris les classes en début de semaine au Togo. Pour une fois, depuis plusieurs années, aucune menace de grève ne plane sur cette rentrée académique. Ceci est le fruit du compromis que les syndicats d’enseignants et le gouvernement ont trouvé concernant le statut particulier des formateurs. Mais certains questionnements reviennent notamment au sujet des enseignants volontaires non pris en compte par les nouvelles dispositions législatives. Une situation latente susceptible de soulever quelques tensions cette année.

Les établissements scolaires ont rouvert lundi 24 septembre 2018, pour le compte de l’année académique 2018-2019. A la veille de cette rentrée, le ministre des Enseignements Primaire, Secondaire et de la Formation professionnelle, Pr. Komi Paalamwé Tchakpélé, a délivré un message dans lequel il invite l’ensemble de la communauté éducative à jeter un regard lucide sur le bilan de l’année écoulée, définir les principaux axes des objectifs pour l’année nouvelle et raffermir l’engagement personnel et collectif à aimer et protéger l’école togolaise.

Le ministre a entre autres remercié les parents d’élèves, les responsables d’associations et d’organisations non gouvernementales, les responsables des centrales et fédérations syndicales, ainsi que tous les partenaires en développement pour leurs efforts visant à bâtir une éducation d’excellence et de qualité au Togo. Il s’est particulièrement réjoui du triomphe de l’esprit de dialogue et de concertation qui a prévalu entre les acteurs du monde éducatif et permis la signature du protocole d’accord relatif au secteur de l’éducation nationale, ainsi que l’adoption du statut particulier des enseignants.

En effet, fin août 2018, le gouvernement togolais a adopté le statut particulier des enseignants. Fruit d’un long processus de dialogue et de concertation entre le gouvernement et les centrales syndicales d’enseignants après des grèves à répétions qui ont fini par obliger le gouvernement à se plier aux revendications des enseignants. Le statut particulier, a indiqué le gouvernement, consacre la « protection et la valorisation » de la fonction d’enseignant au Togo. « Il professionnalise le métier d’enseignant, précise et clarifie les différents corps dans ce métier, fixe les règles d’éthique et de déontologie et réglemente les évolutions de carrières, les droits et avantages ainsi que le régime disciplinaire et les obligations », a souligné le communiqué du gouvernement. C’est une longue bataille que les enseignants ont fini par gagner. Pendant que ceux-ci ont le sourire, leurs collègues qui exercent comme des volontaires grincent toujours les dents. Ce qui n’est pas de nature à ramener la sérénité dans les établissements scolaires.

Enfin, une année scolaire paisible ?

Pour voir les traces d’une année scolaire paisible au Togo, il faut remonter dans le temps. En fait, depuis plusieurs années les enseignants ont décidé de ne pas baisser les bras sans avoir obtenu gain de cause. C’est ce qu’ils ont fini par avoir avec l’adoption du statut particulier. Conséquence, on a assisté cette année à une rentrée calme. Mais cela peut ne pas durer longtemps car les enseignants volontaires menacent.

En fait, un enseignant volontaire (EV), est un enseignant qui n’est pas recruté par l’Etat donc qui n’émarge pas sur le budget national. Ces agents sont engagés pour la plupart par des Associations des parents d’élèves pour combler le vide laissé par l’Etat. A cet effet, leurs salaires sont pris en charge entièrement par les cotisations parallèles collectées sur les scolarités. Or, ces fonds sont insuffisants pour offrir aux enseignants volontaires des salaires acceptables. Dans presque tous les établissements scolaires publics du primaire au lycée, il y a des enseignants volontaires. « Nous avons commencé avec 25 000 FCFA. Aujourd’hui, les plus anciens sont entre 35 000 et 40 000 FCFA », se lamente M. Edoh, un enseignant volontaire.

L’année dernière, un regroupement d’enseignants volontaires nommé Volontaires Nationaux de l’Éducation (VNE) est monté au créneau pour dénoncer « l’injustice » dont ils sont victimes. Mais depuis, les autorités en charge de l’éducation n’ont pas fait grande chose pour remédier à la situation. « Nous avons les mêmes heures de cours que les enseignants qui émargent sur le budget de l’Etat. Malgré tout, nous sommes payés moins que nos collègues. A titre d’exemple pendant 10 ans, j’étais le seul professeur de Sciences Physiques dans cet établissement (ndlr : CEG Baguida Plantation). Pendant ces années, je tenais les élèves de la 6ème en 3ème. Cette année, j’ai 24 heures de cours», a expliqué le doyen des Ev au collège Baguida-Plantation.

En février dernier, dans une lettre adressée au Président de la République, 1206 enseignants volontaires réclamaient leur intégration dans la fonction publique. Mais aucune réponse de la part de l’exécutif. Alors, les Ev menacent. « Si nous décidons ensemble d’abandonner nos postes, les cours seront paralysés. Ce sont les élèves qui vont donc en pâtir. Mais pour l’instant nous laissons place au dialogue. Toutefois, cette option est à prendre au sérieux », explique un autre enseignant volontaire qui a requis l’anonymat.

Cette rentrée scolaire a été paisible mais il se pourrait que l’année ne le soit pas si les enseignants volontaires se décident à entrer en mouvement. Alors, les autorités en charge de l’éducation doivent rapidement trouver une solution à ces cas avant qu’il ne soit trop tard.

Source : www.icilome.com

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