Elections Locales 2019: ce que cache la victoire d’UNIR

1422

Les élections locales du 30 juin dernier ont vu une vague bleue déferler sur le pays. Avec plus de 60% des sièges à pourvoir, l’Union pour la République (UNIR) fait main basse sur une grande majorité des municipalités. A moins d’un an de l’élection présidentielle, ces résultats créent une dynamique pour le parti au pouvoir et devraient inquiéter une opposition divisée, sans projets et sans leader incontesté, qui vient d’essuyer une véritable débâcle électorale.

Dans le starting-block pour des premières depuis 32 ans, 18 formations politiques, 4 regroupements politiques et 96 listes indépendantes pour un total 570 listes et 11 447 candidatures validées par la Cour Suprême, s’étaient lancées à l’assaut des 117 municipalités réparties sur le territoire national. UNIR a présenté 105 listes dans 105 communes, soit 1744 candidats. Il est suivi par l’ANC avec 83 listes dont 3 avec le Pacte socialiste pour le renouveau (PSR).
La C14 a été présente dans 74 communes et le NET dans 55. Des formations comme l’UFC, le MPDD ou encore le CAR ont présenté une vingtaine de listes ; le parti de Me Yawovi Agboyibo faisant liste commune dans certaines localités avec le MCD et le NID. En dehors des partis politiques, seuls les indépendants de Miato kpoè lawoe (Golfe 1, 2, 3, 4, 5) et Bâtir (Golfe 1, 6 et 7 et Agoè 3 et 5)ont été présents dans au moins 5 communes.

Ultra majoritaire

Les résultats provisoires proclamés par la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) sont sans appel. Ils donnent 60,11% des sièges avec 895 conseillers élus sur 1516 à UNIR. L’ANC de Jean-Pierre Fabre est au coude-à-coude avec la C14. Le premier obtient 134 conseillers représentant 9% des sièges et le regroupement dirigé par Mme Brigitte Adjamagbo-Johnson est crédité de 131 conseillers soit 8,80% des sièges.

L’UFC et le NET obtiennent respectivement 44 et 33 conseillers municipaux représentants 2,96% et 2,22% des sièges. Le MPDD d’Agbeyomé KODJO a fait élire 25 conseillers soit 1,68% des sièges alors que le CAR a obtenu 17 conseillers soit 1,14% des sièges. En dehors de ces formations, les autres partis politiques n’ont pas franchi la barre de dix conseillers municipaux. C’est le cas du MRC d’Abass Kaboua (6 sièges) CAR-Nid (6 sièges), CAR-MCD (5 sièges), PSR (2sièges), MCD (1siège), CPP (1siège), Togo autrement de Fulbert Attisso (1siège), Coalition rénovée (1siège). Certaines listes indépendantes ont fait plus que de la figuration, tenant la dragée haute aux partis politiques. A l’instar de Douanenyo (17 conseillers), CRAD (13 sièges), Hysope (11 sièges), Gbenodou Ensemble (7 conseillers), Aloledou (8sièges).

Prime à l’implantation

Avec ces résultats, UNIR confirme son maillage du territoire national et son implantation dans toutes les régions du pays. En attendant les jeux d’alliance dans la région Maritime où elle est en passe de gagner une dizaine de mairies, et l’ultime organisation du scrutin reporté pour raisons techniques dans l’Avé 2, la formation au pouvoir est assurée d’ores et déjà de diriger les 15 communes sur 15 dans la région des Savanes, les 21 sur 21 de celle de la Kara, les 15 sur 15 de la Centrale, tout comme 27 sur 32 des Plateaux.

Amorcée depuis 2010, la prise par la majorité de certaines zones jusqu’alors considérées comme des bastions de l’opposition se confirme avec ces locales. Si UNIR renforce et confirme sa mainmise sur le nord et le centre du pays (Savanes, Kara et centrale), les Plateaux s’avèrent élections après élections comme acquis au parti au pouvoir et la Maritime, comme pouvant également basculer majoritairement dans son escarcelle.
En considérant notamment les suffrages recueillis et les sièges obtenus par des listes plutôt proches du pouvoir. Cette victoire qui est tout sauf une surprise, au-delà de l’implantation d’UNIR, des moyens de toutes natures dont elle dispose et sans commune mesure avec celle des opposants, s’explique aussi par le choix des candidats représentant le parti. Ce furent souvent des notables locaux, bien connus de leur communauté pour participer à la vie et au développement locaux. Et lorsqu’ils n’étaient pas eux-mêmes en course, ils apportaient leur soutien ferme et soutenu aux listes.

Sanctions

La débâcle de l’opposition sonne comme une sanction, après les séquences politiques de ces derniers mois, où elle n’a pas brillé par la clarté ni la lisibilité de ses choix. Ainsi, après avoir appelé à boycotter les élections législatives organisées sous la surveillance et l’accompagnement de la CEDEAO et pour lesquelles elle bénéficiait de 8 sièges sur 17 dans la Commission Electorale Nationale Indépendante chargée de les organiser et de les superviser, elle a choisi de participer aux municipales.

LIRE AUSSI:

Sans avoir quasiment pas de représentants au sein de la CENI ; qui plus est en rangs dispersés après des rounds de règlements de comptes fratricides et de linges sales lavés en public. De quoi donc démobiliser des militants dont beaucoup ne s’étaient pas fait enrôler ; malgré l’appel lancé par les leaders de l’opposition.
Comme toujours, l’abstention, plutôt inhabituellement élevée, a porté préjudice aux opposants et à l’inverse profité au parti au pouvoir. Au surplus, la plupart des opposants exercent leur activité politique à Lomé, délaissant le terrain et l’intérieur du pays. Surtout depuis août 2017 et les soubresauts qui ont jalonné la vie publique.
De fait, à l’heure de la compétition électorale, où les enjeux sont avant tout locaux, ce fut pour ceux qui ont pour fief « Kanal FM et Victoire FM », pour reprendre les mots ironiques d’un confrère, les douze travaux d’Hercule, d’affronter les candidats « notables » d’UNIR.

Risques

S’il va de soi qu’il faut respecter le suffrage populaire et le choix des électeurs, il n’en demeure pas moins que pour la vitalité de notre démocratie et la préservation du débat pluraliste, cette victoire écrasante de la majorité a de quoi inquiéter. En effet, il y a un double risque que tous les leviers du pouvoir soient de façon écrasante aux mains du même parti : l’exécutif et ses deux têtes, le législatif mais également les collectivités locales. Le premier risque est la quasi-disparition des autres formations. Le second, lié au précédent, est que le pouvoir ne soit pas challengé et donc se repose sur ses lauriers.

Source : Focus Infos No 228

Source : Togoweb.net

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here