Du rififi en perspective à Kadambara, au Togo

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Abritant plus de dix mille âmes, le royaume de Kadambara est l’un des plus spacieux du pays Tem, dans le centre du Togo. Ses fermes sont distantes de la capitale de plusieurs kilomètres. Cela a permis à la cité, très tôt, de s’entourer d’une large ceinture verte. Le teck, le manguier et le goyavier importés par le colon allemand y ont trouvé leur place. Mais les fils du royaume n’ont pas toujours été sages. Ils n’ont su préserver l’intégrité de cette ceinture bienfaisante. Les rares pans qui en restent sont ceux qui sont considérées comme des réserves, des sortes de forêts sacrées.

Le roi de Kadambara devrait être, en tant que gardien du patrimoine, le premier à veiller sur ce reste de verdure. C’est tout le contraire que fait sa Majesté Mendjessiribi. Pour lui, tout espace non occupé, boisé ou non, est à vendre. Malgré les Journées de réflexions tenues par le village en sa présence en 2011 qui recommandaient un moratoire sur la vente des terrains, malgré une campagne de presse menée par les villageois en vue de dissuader ceux de leurs parents qui voient dans le chef un exemple à suivre, le roi Mendjessiribi n’en fait qu’à sa tête. En janvier il venait d’abattre la dernière forêt de tecks et, en ce début de février le voilà en train de délimiter les lots sur le terrain déboisé.

Surpris, les villageois, arrachent les bornes et attendent de pied ferme celui qui viendrait y entreprendre des travaux. Cela n’a pas tardé. Du jour au lendemain voici des maçons et des ferronniers munis de leurs outils qui viennent pour commencer les travaux de fondation. Vigilants, les villageois confisquent leurs outils. Le lendemain, les ouvriers et leur employeur reviennent en force avec des menaces de prison. Les villageois restent fermes, ce qui oblige les intrus à rebrousser chemin. Samedi 6 février le chef fait distribuer quatre convocations de police dans le village. Le village n’entend répondre à aucune convocation. D’ici peu une colonne de chars et de cargos militaire ne devrait pas tarder à s’ébranler de Sokodé vers Kadambara. A l’appel du chef Mendjessiribi !

Le domaine traditionnel a été codifié par la loi républicaine. Entre autres, cette loi exige que le chef traditionnel sache lire et écrire le français, la langue de la constitution. Le chef étant élu en pays Tem, cette exigence favorise le candidat lettré mais ignorant les lois de la tradition. L’école et sa popularisation étant récentes, les candidats expérimentés en tradition n’ont pas été scolarisés. Le roi actuel de Kadambara est un Bac+3 ; il n’avait pas 50 ans quand il a pris le pouvoir à Kadambara où il était un illustre inconnu.

Si la jeunesse et l’éducation sont favorables à l’Administration, leur conséquence en matière d’ignorance de la marche de la tradition peut être préjudiciable aux populations. Selon le code traditionnel, tout différend qui intervient dans le village se règle d’abord au sein de la communauté. Le rôle du roi est de tout faire pour que les différends entre ses sujets ou entre lui-même et ses sujets se règles dans le royaume, au besoin avec l’aide de l’Agodomuu, le ‘père’ du roi. Le bon roi est celui qui va retirer une plainte en justice quand elle concerne ses sujets, pour la traiter lui-même. Le roi n’est pas un auxiliaire de la police. C’est une honte que devoir un roi se baladant dans le village pour distribuer les convocations. Quand on en arrive là, on a droit de s’écrier avec Chinua Achebe, « Le monde s’effondre ».

Zakari Tchagbalé

Source : 27Avril.com

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