Du pragmatisme politique au principe de réalité de l’espérance collective : Faure GNASSINGBE a définitivement perdu la guerre des élections

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Du pragmatisme politique au principe de réalité de l’espérance collective : Faure GNASSINGBE a définitivement perdu la guerre des élections


« Quand, de toute ma bonne foi, j’estime qu’il se trompe, je dis au prince qu’il se trompe ». C’est à ce courage que nous exhorte dans Conficius René ETIEMBLE. Les jouisseurs de la tyrannie aux âmes corrompues n’ont pas le don de la vérité pour insuffler quelque clairvoyance à leur chef, lorsqu’ils savent que les mots de prudence et de renoncement risquent de lui déplaire.

Par conséquent, les princes font abondamment et sans discontinuité plus d’hypocrites que de dévots. L’aventure minimaliste des opportunistes qui flairent de leur terrasse l’orage finit toujours par creuser une sépulture indécente au tyran, aveuglé par l’utopie d’un rêve d’éternité.

Ceux qui sont d’un discernement certain perçoivent très clairement que le navire à qui on donne une armature titanesque s’est brisé sur la forteresse de l’insurrection citoyenne. La nullité des services de secours se lit dans un entêtement répressif qui relève l’éveil populaire et renforce la solidarité synchronique d’une République malade d’une minorité « fauriste ». La légèreté fleurit la gravité et les réflexes fauves n’imposent pas de reculades aux peuples résolus à changer leur propre sort. L’énergie du désespoir s’étend dans les actes détraqués proprement inutiles face à l’ampleur de la conscience d’un peuple solidement plantée sur le boulevard de sa légitimité et de ses droits. Les slaloms, les contournements et les évitements contre l’ordre du mouvement de la raison d’un peuple sont d’une grande naïveté politique. Nous tenons solidairement et fermement le cours de notre histoire du changement démocratique et la rigueur de la proposition de notre volonté ne peut être contrariée par l’organisation sous-régionale qu’est la Cedeao, à cette époque où la dynamique politique s’inscrit dans un soutien à l’alternance démocratique. C’est notre puissance populaire qui remorque la Cedeao à notre cause si juste, si légitime.

Le retard de notre pays sur l’échiquier communautaire appelle à la bonne foi de la CEDEAO pour éviter d’aggraver les péripéties orageuses sur notre pays et qui, certainement, bousculent l’équilibre sous- régional. La Cedeao sait très bien comment le « Timoniertricule » s’est emparé du pouvoir. Elle peut aussi se reprocher un certain laxisme à se laisser entraîner par une tyrannie vieille et libertine.

Le champion du faux qui marchait sur les rotules pour quémander un dialogue et qui croyait en faire un piège, n’a-t-il pas perdu la main sur son traquenard dès que la Cedeao se donne le temps de dégager des solutions à la crise togolaise?

A quoi correspond ce tourbillon du bon sens qui s’éclate dans un appel à tue-tête pour un referendum et pour des élections dont Faure Gnassingbé se fait désespérément le muezzin ?

1) Les songes de la libellule

Ils consistent à un cramponnement morbide à des apparences qui conduisent insidieusement à l’épuisement mortel. Une libellule qui veut traverser une vitre parce qu’elle y perçoit l’étendue, vient se cogner à l’obstacle infranchissable et sans discontinuité jusqu’à ce qu’elle ne perde son souffle vital pour se laisser à la merci d’une évacuation sans aucune modalité de propreté.

Aucune issue de secours ne peut sauver le prince héritier qui vient buter sur la muraille fortifiée des élections sous la double garde de la CEDEAO et de la vigilance populaire. Comment meubler le temps avec un jeu de la diversion sur un référendum et des élections pendant que la consultation électorale est sous le contrôle d’une organisation sous-régionale qui en fait un point focal de la recherche de solution à la crise togolaise ?

Personne, curieusement, ne trouve dans la majorité factice qui régente ce pays l’inspiration pratique pour appeler à la retenue et souffler au prince de ne pas mépriser la facilitation qui avait déjà clairement estimé que la posture électorale ne saurait présider à une nouvelle aventure dans l’aggravation de la crise. A Accra, le Président du Ghana s’est clairement désolidarisé de la connivence criminelle dans des élections au Togo, et à la délégation « fauriste », il n’a pas manqué de préciser l’ordre des préoccupations inscrites dans les négociations en cours sous la supervision de la CEDEAO dont il a un mandat de représentation.

Mais, la ritournelle référendaire et électorale n’a pas cessé d’être l’obsession princière, matraquée, cirée, vernie de grossièretés stratégiques dans les catacombes d’un esprit d’effraction, parce qu’elle est le seul moyen d’espérer pour un régime évanescent dont l’avenir ne semble plus lui appartenir. Le traquenard du dialogue trop souvent utilisé pour des artifices se referme sur la dynastie. Faure se sent proprement à l’étroit dans son propre piège et tente de renoncer à la CEDEAO par effraction. Trop tard pour lui pour se dégager de l’étau du bon sens et des exigences de la table ronde. Jean-Jacques ROUSSEAU disait à juste titre dans Du Contrat social : « C’est une prévoyance très nécessaire de sentir qu’on ne peut pas tout prévoir ».

Les Togolais ne sont pas prêts à s’abandonner à la spirale infernale de la criminalité électorale comme si la récidive les remorquait à la malédiction. La rapine électorale meublée de crimes de masse a remis la conscience nationale au zénith de la vigilance au point qu’elle n’a que dégoût et contestation torrentielle pour les insalubrités électorales, source de l’embrasement insurrectionnel de notre République en rebut.

A proportion que notre solidarité se raffermit sur les conditions de transparence électorale et les conditions de possibilité d’un assentiment national avalisant les termes de la consultation électorale, les officines de la tricherie tournent en oisiveté et la puissance communautaire de la CEDEAO, dans sa dynamique de modernité à une période autre en ses mœurs, n’a de crédibilité que de s’aligner sur les exigences d’équité et de transparence qui sont les nôtres. Le coup de lucidité dont nous faisons preuve collectivement sur la question majeure des élections au Togo trouve un écho chez les partenaires de bonne conscience qui sont si nombreux et peut-être unanimes au sein de la Communauté.

C’est être médiocrement habile que de vouloir sortir la question électorale de l’agenda des discussions parrainées par la CEDEAO. L’alibi-passoire de vide constitutionnel, alors que le texte fondateur du contrat social spécifie une prolongation des institutions jusqu’à la mise en place de nouveaux élus, est une bouffonnerie politique. Le ghetto des élections et de légitimation de la gouvernance de razzia sont sous les larves incandescentes du feu de l’adversité que Faure tente de se défenêtrer pour sauver sa tête dans une option suicidaire. Le faux est susceptible de détours, de combinaisons, de tapage, d’agitation, mais trop souvent, il projette son auteur sur une pente abrupte et le condamne à une descente avec fracas aux enfers. Les Togolais et la CEDEAO sont aujourd’hui dans un devoir de vérité. Ils reviennent à l’inexorable ordre dont nous parle Roger NIMIER dans Le Hussard Bleu :« Le monde ressemble étrangement au monde. On a beau se donner du mal, l’ordre est le plus fort et retrouve toujours ses droits ».

2) La paranoïa du prince

Le peuple du Togo et la communauté sous-régionale ont une très claire connaissance sur le seul escalateur à porter au ciel de ses désirs le « Timoniertricule ». L’option du passage en force est la seule idée détraquée qui reste à celui qui croit à un legs du pouvoir. Aucune dictature, aucun sens parasité du pouvoir ne se laisse à la persuasion pour se résoudre à renoncer à tous les privilèges du chef. L’APG est tourné en dérision et certains lieutenants de la rapine politique l’ont vite verni de désuétude pour le proclamer caduc. L’homme qui valide les hold-up électoraux et les victoires tragiques de Faure, Aboudou ASSOUMA qui fait office de président de la Cour Constitutionnelle, est le premier à dresser une sépulture à l’Accord Politique Global de sa libre digression. Il n’y a jamais place en l’homme pour l’insignifiant, et le langage se sert de nous pour révéler notre être profond.

Nous sommes à un cran d’insurrection de la conscience citoyenne qui traduit une puissance incandescente de notre adversité. Il fait écho à tous les leaders de la Communauté CEDEAO. Ils ont jaugé et soupesé l’intentionnalité d’un prince héritier qui ne supporte ni les accords politiques, ni l’éthique politique, ni la modernité démocratique, ni les sollicitations populaires, ni l’idée d’alternance politique…Il n’a même pas conscience que le parjure flétrit l’honneur et la crédibilité de celui qui se met dans la peau du leader.

Or, les empires se consument dès que le chef, de son perchoir hautain, méprise le peuple, ses droits et tous ceux qui entendent les cris de détresse de ce peuple. Les peuples qui ont de la dignité ne passent jamais toute leur vie à pleurnicher sur leurs propres misères. Les vérités dont on veut éloigner les peuples resurgissent dans le cours de leur histoire avec des rebondissements plus incisifs, plus raides. C’est en cela qu’affirmait Roger NIMIER encore dans Le Hussard Bleu : « Certaines vérités n’ont de force que dans l’ombre et piétinées. Au grand jour, elles s’envolent, regagnant leur ciel impérissable ».

L’alternance politique est une soif populaire au Togo. Les sondages de l’institut Afrobaromètre portent à 53% dans les rangs des militants RPT/UNIR ceux qui adhèrent à l’alternance et au changement. Au sein de l’armée comme à l’intérieur des forces de sécurité, naissent à foison avec une extraordinaire vitesse des démocrates et des adeptes à un ordre nouveau que réclame la grande majorité de la population.

Partout, dans notre pays, en province comme à la capitale, les hommes en armes pavoisent nos rues, font des navettes de jour comme de nuit et les barrages routiers se démultiplient comme si tout le Togo est devenu étrangement une zone de guerre. Le régime a totalement perdu tout soupçon de raison, parce qu’il veut se donner une contenance par l’agitation militaire, alors qu’il est rongé de l’intérieur par la peur.

Le tunnel du banditisme électoral est détruit. La peur panique s’empare d’un régime qui ne lit plus très bien son avenir. Il est carrément d’une nervosité à tout interdire jusqu’aux conférences de presse d’une association légalement constituée, aux débats intellectuels avec les étudiants et les activités politiques de l’Opposition.

Ce que le destin ordonne aujourd’hui dans notre pays, c’est d’aller irrésistiblement vers une sortie qui exclut des élections menées de bout en bout par un appareil de verrouillage du hold-up, de la fraude et de la tragédie. Le Togo ne peut plus continuer à mourir des élections. Cette évidence renverse toute la stratégie d’un pouvoir qui n’a de ressort de légitimité postiche que dans des crimes électoraux. Le petit « Timonier » sent son empire s’éloigner de ses rêves dès que la question électorale est revenue au centre du débat inter-togolais. Rien ne présage que la latitude lui revient de s’autoriser des élections et il ne peut plus se permettre cette outrecuidance d’effraction électorale sans précipiter ce pays dans un séisme d’une dimension qui surpasserait ses prévisions.

Source : www.icilome.com

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