De Eyadéma à Faure: ces pratiques occultes qui n’ont pas changé

Au pouvoir depuis 2005, Faure Gnassingbé boucle, cette année, ses quinze (15) années de gouvernance à la tête du pays. Un regard rétrospectif sur les trois mandats du fils d’Eyadema fait constater une évidence. Une sorte de parallélisme des formes entre la méthode de gestion de l’héritier du 05 Février et celle de son géniteur.

Dérives et déception

Le troisième mandat de Faure arrive à son terme. Avec à la clé, la tenue, le 22 Février prochain, du premier tour du scrutin au cours de laquelle, le fauteuil présidentiel sera remis en jeu. Mais avant, les sept (07) challengers devront rivaliser d’ardeurs en vendant aux togolais, à compter de demain jeudi 06 février 2020, leur offre politique.

Quitte à ces derniers de choisir celle qui paraît, à leurs yeux, la plus pertinente et réaliste à même de redonner un coup d’accélérateur au processus de développement intégral et inclusif du pays. Celui-ci ayant été douché dans son élan, pourtant prometteur il y a quinze (15) ans à la prise de fonction de Faure Gnassingbé. Malheureusement, la suite n’aura été que succession des vieilles ritournelles.

En effet, après trente-huit (38) années de gouvernance à la tête du Togo  en 1967, Gnassingbé Eyadema aura laissé, au soir du 05 Février, un pays esseulé diplomatiquement, politiquement nonchalant et économiquement faible. La résultante d’une gouvernance hasardeuse, sans vision claire.

Mieux, un régime abonné aux dérives autoritaires et violations systématiques des droits humains. Avec pour conséquences, plusieurs crimes de sang, de réfugiés politiques fuyant la persécution et les détournements de fonds.

De Eyadema à Faure : même méthode !

Au décès du Général, en 2005, au terme d’un gymnastique scénario dont elle est la seule à détenir le secret, l’Armée remis le pouvoir à son fils Faure Gnassingbé. Malheureusement, du géniteur au rejeton, la gouvernance est restée la même.

En effet, le brin d’espoir né de l’avènement au pouvoir de l’ «esprit nouveau», en 2005, n’aura été finalement que du leurre. Tellement le système de gouvernance du fils s’est confondu, au fil du temps, à celui de son défunt père. Avec pour idéal, la confiscation du pouvoir, sa consolidation et sa pérennisation dans le temps. Pour ce faire, Faure se replie sur la méthode léguée son père tel un joug sur le coup des togolais durant quatre (4) décennies.

Aujourd’hui, tout citoyen togolais est stratégiquement contraint à militer dans le parti au pouvoir pour espérer une place au soleil. Les hommes d’affaires, de peur de l’écoulement de leurs affaires, se rangent, malgré eux. Des universitaires aux étudiants en passant par les artistes, tous sont dans la danse, avec discours, chants et œuvres à la gloire du Prince. Même les partis politiques ne font pas l’exception.

Aujourd’hui, la formation qui représente plus de menace pour le régime se voit systématiquement muselé, ses militants violentés et pourchassés jusqu’à leurs derniers retranchements, et les plus chanceux, en prison. Le cas du Parti national panafricain (Pnp) de Salifou Tokpi Atchadam qui souffre le martyr devant le silence complice des autres partis de l’opposition, de peur de subir les affres du pouvoir militaire de Lomé, en est grandement illustrateur.

 « Tout est fait en sorte que ne peut vivre heureux au Togo qu’un militant de Unir», constate, d’un air triste, Gabin, observateur avisé de la politique togolaise. « Fonctionnaires, hommes d’affaires, entrepreneurs, étudiants, artistes… tous sont obligés de s’aligner pour pouvoir manger », ajoute Sika, acteur de la Société civile spécialisé en Droits des enfants et de la femme. Et Benjamin, enseignant, d’en déduire qu’« à peine on trouvera une dizaine de militants de Unir qui ont adhéré au Parti par conviction. La quasi totalement y sont, soit pour protéger leurs intérêts, soit à la recherche d’un avenir meilleur ». Et dans ces conditions, Jean d’Arc n’y voit que les signaux du grand retour du Parti Etat longtemps en vogue avant le vent démocratique des années 90 marqué par l’avènement du multipartisme.

Répression, terreur, persécutions, arrestations arbitraires…Retour de la dictature et du Parti État !

Mais alors, aussi bien sur le plan du respect des droits humains que celui de la gouvernance politique, le pays a sensiblement perdu du terrain. Plus de manifestations publiques pour toutes forces démocratiques pendant que les militants et associations affiliées au pouvoir sillonnent, à loisirs, toutes les localités du pays. Tikpi Atchadam, le leader du Pnp, l’instigateur des mobilisations populaires d’août 2017 qui ont ébranlé le pouvoir de Lomé au point de l’emporter, est poussé en exile.

De Lomé à Sokode en passant par Bafilo, Mango et Anié, plusieurs militants et sympathisants du Parti au symbole du cheval galopant, surtout ceux qui maintiennent encore allumée la flamme de la résistance, sont sous la hantise permanente de la persécution et de la prison.

De même que ces villes précitées considérées comme fiefs du Pnp sont transformées en villes fantômes, militarisées jusqu’aux dents. Pendant que Kara, ville d’origine du Chef de l’Etat, reste, elle, une ville imperméable à l’opposition.

Répressions, terreur, persécutions, arrestations et détentions abusives, asphyxie économique…Bref, tout y est pour faire constater, tristement, le grand retour du Parti unique dans lequel devront militer tous les togolais. Une analyse diagnostique de la démocratie togolaise fait ressortir un constat de régression.

Une réalité plutôt préjudiciable pour Faure Gnassingbé qui le traduit si bien par sa gourmandise politique caractérisée par la caporalisation des institutions de l’Etat, celle d’une armée demeurée toujours clanique à la solde du pouvoir cinquantenaire et l’organisation approximative des élections, avec en ligne de mire, la confiscation du pouvoir à travers vols et fraudes.

Fraternité

Source : Togoweb.net

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