CRRH UEMOA: « L’exercice 2016 est le premier exercice où l’institution n’a bénéficié d’aucune subvention »

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Suite à notre article publié sur les performances de la CRRH UEMOA, Christian Agossa (photo), le directeur général de cette institution, a souhaité commenter les chiffres rapportés par la BRVM sur l’exercice 2016. Il en ressort que l’exercice 2016 a été marqué par des changements structurels. Le responsable explique aussi pourquoi la marge nette annuelle n’est pas comparable à celle des banques commerciales.

Agence Ecofin : La CRRH UEMOA a réalisé pour l’année 2016 un résultat net de près de 139 millions de FCFA. Cette performance, selon le rapport financier audité, publié sur le bulletin d’information de la BRVM, s’inscrit en baisse lorsqu’on la compare au résultat net de 382 millions de FCFA, inscrit pour le compte de l’exercice 2015, qu’est-ce qui explique cette contraction de votre dernière ligne de compte de résultat ?

Christian Angossa : Ces données suggèrent effectivement qu’il y a une baisse du résultat 2016 comparé à celui de 2015 puisque les premiers documents auxquels vous avez eu accès [les chiffres publiés par la BRVM, NDLR] ne sont pas commentés ; mais cela ne correspond pas à la réalité des performances de la CRRH-UEMOA. Pour comprendre les chiffres de la CRRH-UEMOA, il faut savoir que l’exercice 2016, est le premier exercice où l’institution a supporté la totalité de ses charges de fonctionnement et d’exploitation, c’est-à-dire qu’elle n’y a bénéficié d’aucune subvention, ni de la BOAD et ni d’autre partenaire au développement comme l’Agence Française de Développement.

En effet, le modèle d’exploitation de la CRRH-UEMOA est élaboré de sorte que les charges de fonctionnement soient supportées par les revenus de placement de ses fonds propres, sachant qu’elle n’a pas non plus vocation à faire des profits significatifs sur ses opérations avec sa clientèle de banques actionnaires à qui elle facture une simple commission de service de 1% flat. Par conséquent, le fonctionnement de ce modèle devait être soutenu dès le démarrage de ses activités par son sponsor qui est la BOAD.

C’est ainsi, depuis 2011, la BOAD a supporté ou subventionné diverses charges de la CRRH-UEMOA dont les charges du Management par exemple. De même, l’Agence Française de Développement a accompagné la CRRH-UEMOA dans le financement de son développement et son institutionnalisation.  L’assistance de la BOAD est arrivée à terme en 2015, en accord avec la convention qui liait les deux institutions et l’AFD non plus n’a pas accordé de subvention à la CRRH-UEMOA en 2016, de sorte que l’exercice 2016 a été le premier où l’institution a fonctionné sans le concours de ses partenaires. C’est donc une sorte d’exercice vérité.

En pratique, cela veut dire que les périmètres des comptes d’exploitation 2015 et 2016 ne sont donc pas les mêmes. A périmètre constant, c’est-à-dire sans subventions, le résultat de 2015 aurait été de 57 millions FCFA alors que celui de 2016 s’est établi à 139 millions FCFA, soit une progression de 144 %. Donc les résultats de l’année 2016, ceux de la réalité économique de la CRRH-UEMOA et de son autonomisation totale, sont bons.

Le Conseil d’Administration et l’Assemblée Générale Ordinaire des actionnaires ne s’y sont pas trompés en félicitant la Direction Générale et au personnel lors de leurs réunions du 27 mars 2017 à Lomé.

Comme vous pouvez le voir les chiffres affichés [par la BRVM, NDLR] sont trompeurs pour qui ne connaît pas l’activité de la CRRH-UEMOA, et ils ne doivent pas non plus être lus de la même manière que ceux d’un établissement financier ordinaire.

Enfin, je peux aussi vous dire que la concrétisation à partir de 2016 de certains chantiers ouverts depuis quelques années notamment pour le refinancement sur ressources concessionnelles de prêts à l’habitat en faveur de ménages à faibles revenus permettront de conforter ces performances tout en renforçant notre contribution au financement de l’habitat social. Cela devrait aussi affecter la dimension de l’Institution dans les très prochaines années.

AE : Hors opérations de trésorerie, les revenus d’intérêts sur les prêts de refinancement ont été de 4,06 milliards de FCFA en 2016. Ils  sont en hausse de 14,4% comparés à ceux de l’exercice 2015. Mais il apparaît aussi que les charges d’intérêts sur ressources mobilisées via les différents emprunts ont été de 4,34 milliards de FCFA. Qu’est-ce qui a fait, que le refinancement hypothécaire qui est le cœur de métier de la CRRH-UEMOA puisse dégager une marge nette d’intérêts négative ?

CA : C’est encore là une lecture comptable des chiffres de la CRRH-UEMOA qui s’accorde peu à sa réalité économique. En 2016, la CRRH-UEMOA a réalisé une performance historique avec un niveau d’activités de 21,37 milliards FCFA de refinancement qui lui a rapporté une commission de service de 214 millions. Les revenus de placement se sont établis à 631 millions FCFA.

Comme vous le voyez, la commission de service de 214 millions correspond bien au 1 point flat que paie les banques actionnaires refinancées ; cela veut dire qu’un milliard FCFA de refinancement consenti par notre institution sur 10 ans ne coûte qu’un million de FCFA l’an à la banque emprunteuse hors frais d’émission. Ce qui lui permet effectivement de pouvoir faire des prêts à l’habitat sur des durées de dix ans à 15 ans à des taux beaucoup plus compétitifs que lorsqu’elle n’a pas de ressources longues.

C’est à cette fin que la CRRH-UEMOA a été créée par la BOAD et 29 banques commerciales le 16 juillet 2010, aider les banques à obtenir des ressources à long terme pour le financement des prêts à l’habitat. On peut aujourd’hui considérer que ce modèle a fait ses preuves, avec le soutien de ses partenaires, puisqu’à date, la CRRH-UEMOA n’a jamais réalisé d’exercice déficitaire alors que traditionnellement il faut compter deux à trois exercices déficitaires pour les nouvelles institutions bancaires et bancaires, que nous émettons au moins un emprunt obligataire chaque année avec un total de 107 milliards d’obligations émises à date, et qu’enfin notre actionnariat n’a cessé de s’élargir avec 54 banques commerciales à date dont 4 souscriptions nouvelles en 2016, ainsi qu’une prise de participation de SFI de 1 250 M FCFA en 2016, ce qui en fait le second actionnaire de la CRRH-UEMOA après la BOAD.

S’agissant des 4,06 milliards FCFA que vous citez, il s’agit des intérêts perçus par la CRRH-UEMOA auprès des banques refinancées et payés aux investisseurs en remboursement des obligations arrivées à terme. Les 4,34 milliards de charges sont donc composés des 4,06 milliards de FCFA de charges d’intérêts payés en remboursement des obligations à terme, c’est symétrique, et auxquels il faut ajouter un montant de 284 millions FCFA de frais d’émission relatifs au sixième emprunt obligataire de décembre 2016. Ces frais sont remboursés par les banques refinancées et ne constituent donc pas des charges supportées par la CRRH-UEMOA. On les retrouve donc dans les produits d’exploitation.

Pour la CRRH-UEMOA, la marge nette d’intérêt que vous recherchez correspond en réalité à son produit net bancaire qui est de 850 MFCFA en 2016, différence entre des produits d’exploitation d’un montant de 5 449 M FCFA et des charges d’exploitation de 4 559 M FCFA.

AE : La Société Financière Internationale a officialisé en février 2017, son entrée au capital de votre organisation, quels sont les premiers effets de la présence de cet institutionnel, dans votre tour de table des actionnaires ?

CA : En réalité, la souscription de la SFI, d’un montant de 1250 MFCFA, a été réalisée en 2016 portant à 2543, 4 millions FCFA le total de souscriptions au capital de la CRRH-UEMOA en 2016, avec, outre un relèvement de la participation, la souscription de quatre nouvelles banques commerciales. L’officialisation dont vous parlez est en fait la cérémonie de signature de cette prise de participation avec le Vice-Président de la SFI.

L’entrée de la SFI au tour de table des actionnaires de la CRRH-UEMOA rehausse la qualité de l’actionnariat, consacre les performances de l’institution et la qualité de sa gouvernance et enfin conforte sa position et celle de son sponsor la BOAD dans les discussions en cours avec la Banque Mondiale pour mobiliser des ressources concessionnelles en faveur du refinancement de l’accès à l’habitat des populations à revenus modestes.

Nous en attendons aussi qu’elle facilite les échanges avec d’autres partenaires pour la mobilisation de ressources plus importantes pour le refinancement de prêts à l’habitat en faveur des populations à faibles revenus dans UEMOA afin de donner une impulsion significative au développement du logement social.

AE : Le cabinet Mazars a relevé un niveau de prêts accordés aux parties liées, de 11,8 milliards de FCFA représentant près de 84% des fonds propres effectifs de la caisse. Le standard communautaire UEMOA est de 20% sous réserve de révision, et le CRRH bénéficie d’une dérogation accordée par l’autorité monétaire togolaise (ministère des finances). Quelles sont les mesures prises pour s’affranchir de cette situation ?

CA : En fait pour la CRRH-UEMOA, ce n’est pas une anomalie puisque par construction, elle ne prête qu’à ses actionnaires. C’est pourquoi, pour le démarrage de ses activités, la CRRH-UEMOA a bénéficié, dès 2011, auprès du Ministère de l’Economie et des Finances du Togo, d’une dérogation par rapport à cette norme prudentielle, sur avis conforme de la Commission Bancaire.

AE: Quelles sont vos perspectives en 2017 ?

CA : En accord avec notre programme d’activité, nous préparons dans les prochaines semaines, une émission d’emprunt obligataire de 25 milliards FCFA d’une part, et d’autre part, nous nous proposons d’engager avant la fin de l’année, les premiers refinancements sur ressources concessionnelles de prêts à l’habitat en faveur des ménages à faibles revenus.

J’en profite pour préciser que notre programme d’activité de marché 2017 n’est pas de 40 milliards mais bien de 25 milliards de FCFA. Les 40 milliards sont une marge que nous demandons à l’AGO pour ne pas être contraint de la convoquer de nouveau si les demandes de refinancement de nos banques actionnaires devaient dépasser les 25 milliards.

Nous déployons également nos meilleurs efforts pour finaliser les négociations que nous conduisons avec la Banque mondiale, avec l’assistance de la BOAD, pour la mobilisation de ressources concessionnelles plus importantes pour le financement de l’accès à l’habitat des populations à revenus faibles ou irréguliers. Ceci nous permettra d’assurer la continuité de cette activité de refinancement des prêts aux populations à faibles revenus que nous voulons démarrer cette année, mais aussi d’impacter effectivement le développement du logement social.

Enfin, la CRRH-UEMOA prend également part, avec d’autres institutions de l’Union, au dialogue avec les Etats en faveur de la modernisation et la sécurisation de l’immatriculation et de la conservation foncière dans nos pays. Ceci participe de notre souci de faciliter l’activité de financement de l’habitat par nos banques actionnaires dans la sécurité. Cela détermine aussi la qualité des garanties qu’elles peuvent nous apporter et de préférence dans les délais les plus courts. 

Propos recueillis par Idriss Linge

Agence Ecofin

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