Chronique politique : Où va le Togo sans institutions vertueuses et sans l’exercice du droit des libertés

« Quand je vais dans un pays, je n’examine pas s’il y a de bonnes lois, mais si on exécute celles qui y sont, car il y a de bonnes lois partout». Dans L’Esprit des lois, MONTESQUIEU insiste sur les fondements sécuritaires de la formation de l’Etat, le fonctionnement de la République, les normes de sa survie, la préservation de la socialité républicaine. Les lois sont les amarres qui assurent la sécurité pour tous, la paix civile, le partage synchronique des intérêts, la pérennité du progrès collectif. Elles encadrent les prérogatives des institutions, précisent leur objet, leur méthode. Elles définissent ce qui est permis, ce qui est proscrit pour tous les citoyens, y compris les institutions et ceux qui l’incarnent.

Les institutions de la République, dans leurs démembrements, programment la division du travail de la gouvernance, l’autonomie de leurs actions et la coordination du mouvement d’ensemble du moteur social.

Les chaînes de responsabilité se définissent par la loi qui prévoit des cas de situation de rupture, les mesures de réplique pour une remise en ordre de l’appareil étatique et civil. La liberté syndicale, des associations, des croyances intègrent le fonctionnement de l’Etat. Elle autorise ainsi la formation des groupes de pression et d’intervention dans la gestion de la gouvernance pour un devoir de contrôle et de surveillance de l’action du gouvernement. L’Assemblée nationale, la Cour des comptes, l’autorité judiciaire en font partie.

Le mal togolais vient de la vacuité administrative de nos institutions, du harcèlement des groupes de pression, de la concentration de tous les pouvoirs annexes par l’exécutif. Le désastre de la fonctionnalité de l’Etat coûte à la République sa perdition et aux citoyens des supplices immondes.

Le visage du Togo, du Sud au Nord, d’Est à l’Ouest est un champ de ruines physique, morale, éthique qui n’est que le reflet des scandales de désarticulation de la formation de l’Etat, de la sécurité des institutions, de la société civile.

Quel avenir pour une République où la puissance collective est harcelée par la violence, la répression fauve, les crimes judiciaires, la misère de la gouvernance ?

Quelles appréciations faisons-nous des derniers événements politiques, syndicaux soldés par des emprisonnements massifs ?

1) Les institutions perdues de notre République en vrac

L’Etat est l’ensemble des institutions qui participent activement à l’organisation sociale, économique, culturelle, juridique, éducationnelle, sécuritaire d’un pays. Les grands domaines de l’action politique étant définis en extension, chacun peut facilement voir dans quel secteur nous notons des progrès et des prouesses pour apprécier de son jugement autonome à quel niveau d’apathie certifiée mortelle nous vivons dans la perdition sonore de notre République en rebut.

Nos mensonges et nos faussetés administratives sont nombreuses dans la vertu des nullités spécifiques de notre gouvernement totalement tourné dans l’étincelant du folklore de troubadours.

Le premier baromètre indicateur de la vitalité d’une République, c’est la justice. Les faussetés plantureuses et récurrentes de notre justice résonnent dans les nombreuses reprises de nos arrêts bidons en appel devant les juridictions de la sous-région, africaines, onusiennes et parlementaires sur l’échiquier international. Nos grossièretés en procédure, en sentence, en qualité des hommes en noir tout à fait borgnes font nos puanteurs pestilentielles qui dévaluent non seulement notre éducation, mais aussi nos qualités éthiques, morales, civiques et humaines.

Dans notre art piteux d’inventer des charges contre nos propres concitoyens et de briser la normalité des exigences procédurales du droit, nous nous exposons à l’humanité et à la noblesse du prétoire comme des petits de l’homme ou des sous- produits du bon sens et de l’humanité. Nous nous pervertissons dans des célébrités honteusement proverbiales que nous perdons notre puissance humaine, les repères de notre identité de jonction à l’œuvre de l’homo-sapiens et de son appartenance.

Nous sommes féconds dans les culpabilités décrétées et dans le cumul du chevauchement des sottises que nous n’avons que des crimes judiciaires à servir dans nos brigandages d’inculpations. Dans un corps de pourritures orchestrées par les maîtres du faux et de la corruption, quelques rares hommes du monde de la justice reconnaissent l’éclaboussure de la fange sur leur métier par le gros des véreux qui ont vendu leurs âmes aux forces lugubres de la “dissocialité” qui se prennent pour des puissants.

D’un autre côté, l’impunité cathédrale qui entoure le triomphe des cascadeurs, des voleurs de la république, des pieuvres à haut débit de ponction du sang de nos populations au dernier cran du dépouillement atteste davantage la loyauté perdue de nos tribunaux et des hommes qui en font le corps des injustes et des iniques au cynisme flamboyant. Dans sa noblesse perdue, la magistrature n’a que d’abcès et d’enflures à polluer l’air de la saveur du vivre-ensemble et la sécurité des citoyens.

Partout, dans n’importe quel pays où la justice atteint ce degré de décrépitude, professionnelle, le sentiment national s’érode, l’incivisme s’étend, parce que le fondement premier de l’organisation sociale s’est étiolé pour s’effondrer.

Après la justice, la vitalité d’une république s’écrit et se perçoit dans la qualité de son éducation. Il ne sert à rien du tout de professer par des manuels une éducation civique et morale dans les écoles et lycées quand les repères de l’exemplarité sont inexistants chez ceux qui sont très visibles médiatiquement, politiquement, socialement et qui ne servent que des horreurs, des crimes, des parjures, des mensonges, l’achat de conscience, la corruption et toutes les tares de la déchéance humaine avec prétention de s’imposer pour la force.

L’autorité se construit, se ressent et s’éprouve par la grandeur des actes que les gouvernants posent dans le respect d’eux-mêmes, de leurs fonctions et de ceux au nom desquelles ils portent la responsabilité de l’action. Le viol massif des lois, des libertés publiques et individuelles de la vie humaine autant que le vol des suffrages des populations de leurs richesses ne libère aucune ascendance d’exemplarité pour servir d’aiguillon au respect des malpropres.

Ceux qui n’ont pas peur pour ce pays sont très rares. Le gouffre est si profond en faux, en parjure, en mensonge, en criminalité, en destruction de la structure sociale, économique et de l’éducation que notre travestissement des valeurs ne libère aucune espérance. Quand le déni, la cruauté, la délinquance judiciaire font le tapis volant de la gouvernance, les excentricités et les perversités exposent les gouvernants sans les imposer, même avec des fusils en bandoulière. Rémy de GOURMONT a raison d’écrire dans les Promenades littéraires : « Les excentricités qui ne réussissent deviennent ridicules et même méprisables ».

2) Une République de floraison des crises

Crises électorales, crises politiques, crise économique, crise judiciaire, crise sociale, crise dans l’éducation, dans la profession enseignante… nous en cumulons à n’en point finir et nous voulons que personne ne se mette à en gémir, à crier sa douleur pendant que de nombreux Togolais se livrent au suicide sans émouvoir d’un micron nos gouvernants.

Par-delà nos frontières proches et lointaines, de grands bonds en si peu de temps sont enregistrés dans le progrès, le développement, la démocratie, l’éthique politique, pendant que nous autres, nous nous cramponnons à la barbarie, au parjure, à la corruption, à l’impunité, au vol, à la transgression et à l’effraction avec toute l’illusion de notre puissance. La mauvaise conscience et la mauvaise foi sont devenues nos repères politiques, notre identité d’homme et nous pourrissons notre propre pays du poison de la délinquance sénile.

Ce sont les hommes, leur éducation, leurs qualités qui font le leadership pour pousser leurs Républiques à l’étage de la civilisation, de la modernité et pour répandre deux exigences nationales. C’est l’éducation qui forge l’être, les vertus de notre socialité profonde, la générosité de notre intelligence et le frémissement humain en permanence en nous qui nous donnent la direction civique, morale, logique absolument nécessaire à notre transcendance, à notre dépassement par la guerre intérieure entre nous-mêmes. Dans Lettres persanes, MONTESQUIEU situe l’aiguillon de l’humanité et des réussites dans l’éducation lorsqu’il écrit : « Les mœurs font toujours de meilleurs citoyens que les lois ».

Les lois, nous en usons au Togo quand elles nous arrangent, nous nous en moquons lorsqu’elles contrarient l’effervescence de notre débilité politique, de nos crimes, de notre goût de la spoliation et de la rapine. D’ailleurs, nous nous en créons à satiété pour satisfaire nos voracités maladives et nos intérêts partisans. Nous sommes ceux qui travestissent les lois, le droit et la justice pour guillotiner les chiens qui aboient un peu trop pour réclamer la liberté, l’humanité, la justice. Nous sommes les vrais champions des crimes de masse, des crimes judiciaires, parce que nous n’exigeons que le silence sur nos forfaits de la gouvernance et nos tares conceptuelles du pouvoir. Le devoir du silence à l’encre des interdits farfelus, de la répression fauve et des inculpations décrétées fait grossir nos friandises politiques, notre perversité et notre cynisme de règne.

Combien sont-ils, nos compatriotes morts pour la liberté, le droit à la vérité, la justice, au respect de leurs suffrages et du choix de leurs leaders ? Combien sont-ils relégués au cachot du bannissement pour leurs convictions politiques, pour la sincérité de leurs opinions ?

Du FRAC au Collectif “Sauvons le Togo” en passant par toutes les coalitions politico-civiles de réclamations légales comme la C14, nous n’avons que de supplices comme réponse dans ce pays à distribuer aux velléités de contrariété en République, à tous ceux qui s’aventurent dans une puissance de contrariété contre la barbarie de la gouvernance. Le tour des enseignants arrive !

Nous ne sommes pas surpris de la manipulation du droit par ceux qui ne savent jamais respecter une seule disposition légale et qui fleurissent en fourberie et en détournement des dispositions légales pour sévir contre des enseignants et des élèves en érection populaire contre le parjure, les fausses promesses, la roublardise étatique.

Dans toutes Républiques où l’éducation et la justice ne sont pas les vrais jalons du fonctionnement de la gouvernance, la chute des cités est certaine dans le fracas des monstruosités politiques des leaders sans boussole aux ambitions vampiriques qui momifient l’histoire des peuples éteints.

Didier Amah DOSSAVI

Source: L’Alternative

Source : icilome.com