Chronique de Kodjo Epou: Vingt gendarmes pour un (1) gréviste de la faim 25 septembre 2018

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Chronique de Kodjo Epou: Vingt gendarmes pour un (1) gréviste de la faim                                                                             25 septembre 2018

Par Serge Lemask, togo-online.co.uk

Comment un pouvoir responsable devant le peuple réagit-il en cas de grêve de la faim d’un ou de plusieurs citoyens? La réponse est la même dans tous les pays du monde ou presque: Le pouvoir négocie, empêche la mort. Ce n’est nullement une réponse de faiblesse mais un acte de gouvernance qui évite une perte inutile de vie humaine car, chaque fois qu’un citoyen valide se donne la mort, cela représente un manque à gagner pour tout état normalement constitué. Le déploiement de gendarmes armés contre un gréviste de la faim déjà affaibli, potentiellement en danger de mort, est une forfaiture, une violation du serment de foi des représentants de l’Etat c’est-à-dire des autorités légales. D’où la question, quel type de République est réellement celle du Togo?

En novembre 2014, lors d’un séjour à Dakar, il m’a été donné d’être témoin de la gestion qu’avait faite le président Macky Sall d’une grêve de la faim des diplômés de la Faculté des Sciences et Technologies pour raison d’emploi. D’abord une délégation de parlementaires sur instruction du président de l’assemblée nationale s’était rendue sur les lieux pour implorer les mécontents de suspendre leur grêve. Ensuite, ce fut au tour des membres de l’exécutif de leur porter un message fort du ministre de l’éducation nationale et du président de la République sénégalaise. Les termes étaient conciliants: “le gouvernement souhaite vous rencontrer demain à 11 heures pour négocier et trouver des solutions avec vous …. Le Chef de l’Etat vous demande solennellement d’interrompre votre grêve car cette image n’honore pas notre pays”. Aux termes de diligentes tractations jusque tard dans la nuit, la grêve de la faim a été suspendue le lendemain, au huitième jour, et ces diplomés de la FASTEF sans emploi ont été plus tard reçus par Macky Sall en personne. Le problème fut réglé, la responsabilité de l’Etat a été sauve et des vies humaines sauvées.

Voilà pour l’exemple, et ceci se passe en Afrique, dans un pays de la CEDEAO situé à deux heures de vol de Lomé. Comme le cas Nicodème Habia, un gréviste de la faim, peu importe l’endroit qu’il choisit d’ailleurs à dessein, vise à protester contre une injustice, à envoyer, par cet acte extrême et suicidaire, un message aux autorités en s’imposant publiquement des privations que tout gouvernement décent a l’obligation de traiter par la négociation. C’est ainsi que cela se passe partout à l’exception du Togo du RPT où le pouvoir croit devoir déployer des gendarmes sur les lieux où le “désespéré” s’est mis en grêve dans l’espoir d’obtenir la libéraration de ses amis, des pères de famille, que Habia trouve injustement retenus en prison pendant des mois?
En quoi négocier le maintien en vie d’un citoyen par des actions d’apaisement en pareille situation diminue t-il la grandeur et la toute puissance de Faure Gnassingbé? Pourquoi chez nous doit-on toujours entreprendre les choses différemment, dans le mauvais sens, dans le sens qui dévalorise l’homme? La réponse est justement celle que dégainent très souvent, toute honte bue, les partisans de “l’homme fort de Lomé”, un chef de l’Etat qui s’appuie sur une horde de cancres de son ethnie promus au métier d’arme pour embastiller d’honnêtes citoyens. On peut les entendre dire: “le Togo n’est pas le Sénégal”. Ils ne croient pas si bien dire et ils ont raison: nous sommes sous un régime de dictature où le moindre problème qui oppose gouvernants et gouvernés doit être réglés par le gendarme, par le militaire. Le vrai problème est que les Togolais ont affaire avec une caste de personnages caractériels à la limite de la paranoia, qui manquent d’humanisme et de rondeur, qui gouvernent par des raccourcis. Naturellement, ils se croient au-dessus du peuple et pensent que les citoyens sont leurs objets.

Ainsi va la gouvernance de Faure, laquelle concourt à faire du Togo un pays constamment en proie au doute, aux déchirements. Lorsqu’on a un président absent qui se contente de mener ce que Georges Clémenceau appelait “la politique du chien crevé au fil de l’eau”, évidemment, Nicodème Habia et ses visiteurs n’ont pas de chance. Le gréviste va, soit crever de faim, soit être démenagé de force. Le Togo, une mauvaise exception! Comment peut il, son chef qui accable la république et ses administrés d’un mépris ostensible, promouvoir la réconciliation nationale et l’unité du pays qui ne soient pas celles des seigneurs de la violence et des nouveaux riches autour d’un partage de prébendes? On peut déposer ça ici, et comme ceci: Faure Gnassingbé a trahi les Togolais.

Kodjo Epou
Washington DC
USA

Togo-Online.co.uk

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