Ces crimes et scandales qui jalonnent la gouvernance de Faure Gnassingbé. À quand la délivrance?

«Ce qui est de scandaleux dans le scandale, c’est qu’on s’y habitue.» (Simone de Beauvoir)

Le ènième scandale inacceptable révélé par la presse française à l’actif du dictateur togolais Faure Gnassingbé était ces derniers jours à la Une de certains journaux proches du peuple. En effet, une résidence de rêve achetée en 1997 par le président de fait du Togo à 793 000 euros en France pendant qu’il était encore étudiant semble être le scoop de la semaine. Mais vu tout ce que les Togolais vivent en termes de crimes humains, économiques et en termes de scandales de toutes sortes depuis la succession sanglante du fils Faure à son père Éyadéma en 2005, a-t-on encore besoin de l’évocation d’un autre scandale, d’un autre crime économique ou humain, pour s’indigner, se mettre en colère contre la façon arrogante, irrespectueuse et surtout politiquement scandaleuse dont le peuple togolais est dirigé depuis plusieurs décennies?

Des scandales financiers ou autres, il y en a quotidiennement au Togo. La présence même de Faure Gnassingbé à la tête de notre pays, sa gouvernance, constituent un scandale permanent. En revisitant ce que fut l’actualité ces derniers temps chez nous au Togo, il ne nous a pas été difficile, hélas! de constater que ceux qui incarnent la vie politique dans notre petit rectangle de pays, et prétendent l’animer pour normalement le bien des populations, ne sont pas à la hauteur; faisant ainsi de la vie des Togolais un calvaire sur terre. À la SNPT (Société Nationale des Phosphates du Togo) par exemple, nos collègues du respectable bi-hebdomadaire « L’Alternative » ne sont pas passés par quatre chemins pour décrire avec brio la situation scandaleuse qui y prévaut avec comme titre:«La juteuse prolongation des retraités»

«Pendant que les agents continuent de revendiquer les meilleures conditions de vie et de travail, au sommet de la pyramide, les cadres se taillent de très bonnes conditions et, le plus scandaleux, même à la retraite. Le Directeur Général Michel Abalo Kezié est admis à la retraite depuis décembre 2020. En principe, il ne devrait plus être à la tête de la SNPT. Cela fait plus de deux ans qu’il continue de gérer la société après avoir encaissé ses droits à la retraite. Avant sa retraite, Monsieur Michel Abalo Kezié avait un salaire de 8 millions de francs CFA. Alors qu’il bénéficie d’une pension de 3 millions, il reçoit depuis 2020 un acompte de 10 millions de francs CFA. Assez surréaliste voire scandaleux…»

Dans sa parution Nr.3643 du 27 juin 2022 le quotidien « Liberté » évoquait la situation de juge et partie dans laquelle se trouve l’inamovible directrice générale de la CNSS (Caisse Nationale de Sécurité Sociale), Ingrid Awadé. En effet, la SOGEHP (Société de Gestion Hospitalière) est chargée, comme son nom l’indique, de la gestion et de l’exploitation de l’hôpital Dogta-Lafiè. Les textes stipulent que la gestion de cette société est confiée pour une durée indéterminée à Madame Awadé Ingrid Ataféïnam. On apprend également que la CNSS a confié la gestion de l’hôpital à la SOGEHP via un contrat. Et quand on sait que l’administrateur général de la SOGEHP et le directeur général de la CNSS sont une seule et même personne, Ingrid Awadé, le quotidien se demandait si on est pas en face d’une situation de juge et partie. Comment Ingrid Awadé peut-elle suivre la gestion d’Ingrid Awadé en étant directrice d’une société ayant confiée par affermage une autre société à elle même et dont elle est également administratrice?

À quoi rime cette mauvaise habitude qu’a prise le régime de Faure Gnassingbé de nommer des militaires à des postes de préfet, alors que notre pays regorge de beaucoup de diplômés civils sortis de l’ENA ( École Nationale d’Administration). Vu la logique et la nature du régime qui n’est qu’un régime militaire dont l’assise ne repose que sur la force brute et la garantie de l’impunité aux tortionnaires et autres tueurs de sang froid, cette nomination d’officiers à la tête de nos préfectures pourrait ne plus surprendre et serait un quitus pour certains d’entre eux de faire montre d’un abus de pouvoir qui ne dit pas son nom. Sinon, comment comprendre que Kuma Biténéwé, ce colonel impliqué dans la violation des droits de l’homme dans un passé récent, à la tête de la préfecture de l’Est-Mono, au lieu de travailler pour la concorde, trouve l’ingénieuse idée de monter des communautés éthniques les unes contre les autres; en l’occurence les Kabyé, son ethnie d’origine, contre les Kpessi, les Ifè et les Losso. Un comportement tribaliste du préfet qui fut à l’origine d’une conférence de presse le 21 juin dernier du mouvement des Sept Collines (M7C); un mouvement citoyen pour la promotion et la revalorisation du patrimoine culturel, matériel et immatériel dans le grand Ogou; pour dénoncer, alerter le peuple togolais, la diaspora sur le risque que court la préfecture si rien n’est fait.

Mardi 28 juin 2022 un mini-bus qui transportait nos soeurs et nos mamans qui allaient au marché fait un accident grave. C’était sur le pont de Bako Copé à Wahala dans la préfecture des Plateaux. Plus d’une dizaine de ces braves femmes qui vaquaient à leur débrouillardise pour nourrir leurs familles y trouve la mort. L’excès de vitesse avec un pneu éclaté sur une route étroite serait la cause du sinistre. Dans un pays civilisé où l’état est là pour les citoyens et les respecte, un ou plusieurs ministres auraient dû démissionner; car si certains conducteurs ne respectent pas le code de la route en surchargeant leurs véhicules, s’ils se soucient peu de l’état technique de leurs engins, si certains boivent de l’alcool avant de conduire, tout ceci est dû au laxisme des fonctionnaires et à la corruption répandue chez les policiers ou gendarmes affectés pour le contrôle sur les routes.

L’autre scandale entraînant mort d’hommes et de femmes est constitué par ces récurrents affrontements entre nos frères et soeurs kabyè venus à la recherche des terres cultivables et les autochtones un peu partout sur le territoire togolais. Les derniers affrontements ethniques de ce genre eurent lieu dimanche 5 juin 2022 dans le canton de Koussountou situé dans la préfecture de Tchamba, causant plusieurs blessés graves et des destructions de biens. Occupé à jouir du pouvoir sans s’intéresser à la vie de ses compatriotes, Faure Gnassingbé manque de volonté politique et surtout de compétence pour mettre fin, une fois pour toutes, à ces conflits inter-éthniques qui reviennent de temps en temps.

L’histoire du directeur de la SNPT qui, bien que retraité, est maintenu à son poste avec tous les avantages financiers qui sont les siens; ou de dame Ingrid Awadé qui fait la pluie et le beau temps à la CNSS et qui pourra continuer à faire ce qu’elle veut dans la gestion du fameux hôpital en construction ou en projet, sont des situations créées et avalisées par le régime Gnassingbé et qui se retrouvent dans plusieurs secteurs économiques de notre pays, dans le but de faire profiter en toute impunité une certaine catégorie de Togolais sur fond de tribalisme et de népotisme. Concernant la violation des droits de l’homme proprement dite, nous avons assez souvent thématisé le calvaire des prisonniers politiques que Faure Gnassingbé et son entourage ont décidé de laisser mourir à petit feu. Nous pourrions continuer à écrire et à remplir des centaines de pages pour exposer et dénoncer le caractère méchant, méprisant et surtout inhumain de ceux qui se sont installés par effraction à la tête du Togo.

Existe-t-il encore une opposition digne de ce nom dans notre pays? Si oui, alors, l’heure n’est plus aux égoïsmes, aux problèmes de personnes ou à la théorie de « moi ou rien ».

Samari Tchadjobo
Allemagne

Source : 27Avril.com