Ces barrières qui protégeraient l’Afrique contre le coronavirus

By Julien Chongwang, Mamadou Traoré , Berdy Pambou , Abdel Aziz Nabaloum

Les cas suspects de coronavirus signalés la semaine dernière en Côte d’Ivoire et au Kenya se sont révélés négatifs au terme des examens qui ont été effectués sur les deux personnes qui étaient toutes des étudiants en provenance de la Chine.

Ainsi, un peu plus d’un mois après l’apparition du coronavirus le 31 décembre 2019 dans ce pays d’Asie, et malgré les échanges de plus en plus intenses qu’il réalise avec le continent, l’Afrique est à ce jour l’unique continent épargné par cette maladie.

D’après les données de l’Organisation mondiale de la santé, celle-ci a déjà fait 305 morts (dont 304 en Chine et 1 aux Philippines) sur 14 557 cas confirmés à travers le monde (14411 en Chine) à la date du 2 février 2020.

Pour tenter d’expliquer cette exemption de l’Afrique, Francioli Koro Koro, épidémiologiste et enseignant-chercheur au département de biochimie de la faculté des sciences de l’université de Douala au Cameroun, émet l’hypothèse du climat.

Il fait remarquer que les températures, en Afrique subsaharienne en particulier, atteignent actuellement les 35°C au moment où la Chine et certains autres pays touchés, connaissent plutôt des températures basses.

« Les muqueuses des personnes vivant dans ces pays sont alors beaucoup plus vulnérables et la transmission de la maladie y serait ainsi facilitée. Ce qui n’est pas le cas dans les pays d’Afrique où les muqueuses en ce moment sont moins sensibles », analyse cet universitaire qui est spécialiste de microbiologie et d’épidémiologie moléculaire.

Pour sa part, Léopold Gustave Lehman, immuno-parasitologue à la faculté de sciences de l’université de Douala, se veut un peu plus réservé au sujet de l’absence du coronavirus en Afrique.

« On ne peut pas affirmer de façon péremptoire qu’il n’y a pas de coronavirus en Afrique dans la mesure où il n’y a pas toujours dans nos pays de dispositif systématique de détection des virus », explique-t-il.

Dans ce contexte, « le coronavirus peut passer inaperçu ; d’autant plus que nous avons en Afrique une certaine capacité d’immunité du fait de la présence permanente de certains virus comme celui de la grippe qui peuvent être proches du coronavirus. Ce qui peut faire qu’il y ait des cas de coronavirus, mais qui ne soient pas si dramatiques que ça », explique Léopold Gustave Lehman.

Sauf que pour Francioli Koro Koro, « l’hypothèse d’une immunité est difficile à admettre parce que les virus à acide ribonucléique (RNA)[1] positif comme le coronavirus mutent très rapidement et acquérir une immunité contre eux est très complexe ».

Précautions

Quoi qu’il en soit, tout le monde s’accorde sur le fait que le risque est réel pour que la maladie arrive bientôt en Afrique. Surtout que l’OMS vient de la classer au rang d’urgence de santé publique de portée internationale, pour en souligner la gravité. D’où des dispositifs d’alerte qui sont déclenchés un peu partout à travers le continent.

Au Cameroun, au Niger et au Congo, les autorités ont publié des communiqués indiquant les précautions à prendre. Elles comprennent entre autres la nécessité de se laver les mains fréquemment avec du savon ou avec une solution hydroalcoolique, l’appel à se couvrir le nez et la bouche avec un mouchoir ou avec le pli du coude lorsqu’on tousse ou éternue, la limitation des contacts avec des personnes présentant des symptômes de type grippal…

A cela s’ajoutent un renforcement des dispositifs de contrôle sanitaire des passagers au niveau des points d’entrée : aéroports, ports, etc. « Ils incluent la mise en place de salles de quarantaine dans les aéroports ainsi que la préparation d’hôpitaux pour recevoir d’éventuels cas », précise Martin Parfait Aimé Coussoud-Mavoungou, le ministre de la Recherche scientifique et de l’innovation technologique du Congo.

Au Burkina Faso, après, une visite à l’aéroport international de Ouagadougou, Wilfrid Ouédraogo, secrétaire général du ministère de la Santé a expliqué à SciDev.Net comment fonctionne le dispositif mis en place par les autorités avec le soutien de l’organisation oues-africaine de la santé (OOAS).

« Lorsqu’ils sont dans la queue pour venir accomplir les formalités sanitaires, il y a une camera qui est pointé sur l’ensemble des passagers. Cette camera est paramétrée avec une température corporelle de 38°. La camera est reliée avec un écran qui est dans le box où est l’agent de santé qui doit vérifier leur carnet de vaccination », introduit-il.

Selon son récit, l’alarme visuelle et sonore marque les passagers qui ont une température supérieure ou égale à 38° jusqu’à ce qu’ils arrivent chez l’agent de santé.

A son arrivée, une discussion est ouverte avec lui dans une salle d’attente spécialement aménagée. On vérifie les éléments cliniques, les symptômes, les arguments épidémiologiques, et si l’intéressé a séjourné ou non dans une zone en épidémie.

« Si tous les arguments épidémiologiques sont réunis, nous serons en droit de penser que c’est un cas suspect de grippe lié au coronavirus et il sera conduit en isolement », conclut Wilfrid Ouédraogo.

« En Côte d’Ivoire, le gouvernement n’a pas attendu qu’il y ait un cas suspect avant de mettre en place un dispositif », indique de son côté Joseph Benié Bi Vroh, directeur général de l’Institut national d’hygiène publique (INHP).

« En 2014, il y a eu l’épidémie de la maladie à virus Ebola, avec des pays limitrophes qui étaient atteints. Dès le déclenchement de la présente épidémie de coronavirus en Chine, l’Etat a réactivé le dispositif de sécurisation du pays mis en place à cette occasion-là », explique-t-il.

Lien épidémiologique

Ainsi, « non seulement nous avons isolé le passager suspect qui est arrivé à Abidjan le 25 janvier, mais nous avons également pris contact avec tous les voyageurs qui étaient à bord du même vol, et ils se portent tous bien, ce qui confirme que le suspect n’était pas malade. » Souligne Joseph Benié Bi Vroh.

Ce dernier qui est aussi enseignant-chercheur à l’université d’Abidjan rappelle que les autorités ont mis en place une ligne verte pour signaler les cas suspects. Une mesure qui a également été prise au Cameroun et au Congo.

Les personnes suspectes sont notamment celles qui présentent trois symptômes majeurs : de la fièvre, des difficultés respiratoires et de la toux. Des symptômes qui rejoignent ceux de maladies courantes comme la grippe, la toux, voire le paludisme

D’où la nécessité en plus de ces signes de mettre en évidence un lien épidémiologique. « Ainsi, si quelqu’un qui présente ces trois signes vient de la Chine, alors, il est un cas fortement suspect. S’il ne vient pas de la Chine, il n’est pas suspect », martèle Joseph Benié Bi Vroh.

Pour l’heure, les instituts de recherche du continent sont sur le qui-vive. C’est le cas au Congo où à en croire le ministre Martin Parfait Aimé Coussoud-Mavoungou, « les chercheurs affûtent leurs armes dans le sens où ils prennent les dispositions théoriques et pratiques qui permettront, le cas échéant, de faire le diagnostic virologique ».

Interviewé par SciDev.Net, ce dernier affirme que les chercheurs sont prêts à œuvrer pour faire connaître aux autorités sanitaires tous les aspects pertinents de la maladie au cas où elle viendrait à faire son apparition dans le pays.

Idem au Burkina Faso qui dispose d’un laboratoire national de référence à Bobo-Dioulasso avec un kit de 50 tests qui peuvent identifier le Coronavirus.

« Donc, les acteurs biologistes au niveau de Ouagadougou ont la capacité, s’il y a un cas suspect, de faire des prélèvements avec triple emballage sécurisé et expédier en moins de 24 heures vers le laboratoire national de référence à Bobo-Dioulasso », assure Wilfried Ouédraogo.

References

[1] Par opposition à « acide désoxyribonucléique » (ADN)

This article was originally published on SciDev.Net. Read the original article.

Source : Togoweb.net

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