Agbéyomé candidat: les Togolais n’ont encore dit leur dernier mot !

«Chaque pays a ses réalités». Au RPT, c’est presque une devise. Plus récitée que l’hymne national. Huit millions d’âmes doivent s’y soumettre. De gré ou de force. L’État, naturellement, s’est déconnecté du peuple qui ne trouve plus en lui des garanties d’assurance, de sécurité et de confiance: les Togolais veulent aller vivre ailleurs. Leur terre, mise en faillite, piétinée sourdement. Les ravages sont immenses, la déconfiture rance.

 Les voir en face donne des frissons. Quelle solution peuvent apporter les élections sous un régime comme celui-ci? Le Togo a besoin d’être réparé. D’où, Transition-Constituante-Refondation. Cette triade est reprise par un candidat : Agbeyome Kodjo. Sa formule est frappante, même accrochante. Il se trouve qu’elle est la voie, l’unique.

Dans notre cas, peu importe celui qui nous y conduit. Sans ce passage réparateur, libérateur, tout sera peine perdue, nos errements vont se poursuivre. L’histoire des élections, au Togo, écrase tout espoir. Certes! Mais, un peuple, quelques immenses soient ses souffrances, reste un peuple: Imprévisible. En cela, nonobstant les bêlements indignés qu’on entend, l’avenir, au Togo, n’appartient pas à UNIR.

« Le Togo a ses réalités » tient lieu d’un héritage politique immuable, d’une vision prophétique inattaquable. Il sert de chapelet dans les casernes et récité comme « Notre Père qui est aux cieux » dans les esprits incapables de jugement, périphériques à la moyenne. Au sommet de l’Etat, « Le Togo a ses réalités » est plus fort que «la terre de nos aieux», l’hymne national. C’est une idéologie. Plutôt une échappatoire soigneusement entretenue, comme si on ne veut pas que le Togo ressemble à aucun autre pays sur terre. Elle est souvent utilisée comme une mise en garde.

Parfois même une menace: les Togolais, sous son emprise, se doivent de choisir entre la dictature et le chaos. Et, le pauvre peuple, par peur des lendemains sombres s’y accommode. La nation s’obscurcit, se recroqueville dans ses peurs morbides, se calfeutre dans la recherche du pain quotidien. L’État togolais est devenu une pénible exception en Afrique. Son ADN déglingue et dégénère jour après jour, les agrégats de son équilibre dynamité avec Inouïe insouciance, sans états d’âme. Conséquences partout palpables, LES TOGOLAIS SOUFFRENT.

Inutile de demander comment va cet État togolais? Pas un seul officiel pour nous le dire avec exactitude. Avons-nous une fois vu ce président, devant la presse de son pays, présenter un bilan des affaires publiques? Attendons de le suivre pendant les prochains débats télévisés; c’est sans doute qu’il nous livrera des chiffres étranges à faire perdre à Pythaghore ou, plus près, à Jules Henri Poincare, leur génie de mathématiciens. Finalement, le Togo est par excellence le pays où personne ne rend compte; même ceux qui assassinent en plein jours.

« Chaque pays a ses réalités ». Le principe est sacré. S’imposent alors quelques questions douloureuses qui expliquent, pour peu qu’on leur trouve les bonnes réponses, l’état dans lequel les Togolais se trouvent. Pourquoi à chaque élection présidentielle, certains Togolais doivent souffrir des douleurs les plus atroces dans leur chair ou, simplement, perdre la vie? Pourquoi pour une élection, certains doivent voir tous leurs biens voler en éclats si ce ne sont leurs côtes et fémurs brisés, moulinés en petites pièces c’est-a-dire handicapés à vie? Pourquoi tant de violences, tant de haine et tant d’animosités contre certaines catégories bien ciblées de citoyens à l’approche de chaque présidentielle? Pourquoi certains pensent que le Togo ne peut pas être sans la famille Gnassingbe?

Au nom de quel principe? Doit-on comprendre, lorsqu’on s’essaye a une genèse franche et sincère de notre démocratie, que l’élection présidentielle, elle, doit être sans une réelle compétition et synonyme de tous les horreurs?

A chaque échéance en tout cas, les miliciens se pavanent avec armes blanches et à feux; au nez et à la barbe de l’autorité; le danger de mort rode en boucle, jamais loin des villes et campagnes, de certaines populations prises pour cibles. Il fallait inventer une dynamique. Pour parer au plus pressé. En tenant compte des expériences passées, le prélat émérite Kpodzro, à son corps défendant selon certains, inspiré par le saint Esprit selon d’autres, a dû engager une dynamique dont en principe l’initiative revenait à l’opposition. Cette dernière aurait dû agir avec diligence et promptitude, tous les égos tus, par devoirs de vérite et de compassion envers notre peuple et de ses martyrs. La nature a horreur du vide!

Agbéyomé n’est pas le fruit d’un malencontreux hasard mais le résultat logique du manque de rigueur et de inconséquence de ceux qui se sont donné pour mission d’incarner le courant du futur. Agbeyome Kodjo, c’est le produit direct des lassants atermoiements de nos opposants traditionnels perdus dans de petits calculs de perdants.

Pendant qu’ils traînent des pieds et/ou se font la guerre, beaucoup de Togolais crèvent la dalle se demandant, à chaque lever du soleil, si l’avenir parviendra à s’affranchir de leurs douloureuses parenthèses? Parce que pour le RPT « le Togo a ses réalités », son opposition finit par suivre elle aussi la même ligne, donnant l’impression de ne jamais chercher à faire comme les autres oppositions du continent. L’histoire, elle, inarrêtable, continue de dérouler ces laides séquences, de prolonger les attentes, les souffrances.

Comment tout cela va t-il finir? C’est cela la vraie question que se pose le Togolais de tous les jours. Les Souvenirs sont lancinants. L’avenir, lui aussi, lancinant. L’élection du 22 février va-t-elle redresser la courbe du plongeon? Agbeyome Kodjo peut-il, comme il le promet, amener les Togolais au faite du mont Kilimanjaro, à réaliser leur rêve d’alternance, l’étape cruciale qui ouvre la voie à la refondation pour le Togo? Le doute est permis parce qu’il existe.

 Néanmoins, il faut mettre un bémol pour ne pas trop déterrer les cadavres supposés du candidat ou agiter trop fort ses crimes, imaginés ou réels. Notre état de désespérance est assez avance pour nous enseigner qu’il ne faut rien conclure des seuls cas, des seuls faits. La vérité a ses heures et la période, à notre sens, semble inappropriée si l’on considère que les Togolais sont en lutte contre une des plus violentes et méprisables dictatures du monde.

Et puis, le bénéfice du doute existe. Quand on n’est pas très sûr, quand le passé incite à ne pas trop y croire, n’est-il pas préférable de l’exercer? L’idée, ici, n’est pas de soutenir ou pas le prélat et le candidat issue de son initiative, mais d’éviter de faire comme le sot qui chasse l’épervier parti avec la poule en lui lançant les œufs que celle-ci a laissés derrière.

Le prélat a peut-être cette faiblesse(?) de ne pas savoir ménager la chèvre et le chou. Mais il sait rester avec les désespérés et partager leurs peines. En cas d’injustice l’homme d’Église ne doit-il pas être du côté des opprimés? Pourquoi refuse-t-on de lui voir cette qualité? Pendant que Kpodzro crie haro sur l’oppresseur et ses sbires, ses pairs de l’église catholique, eux, se contentent, hypocritement, de déclarations alambiquées, maniérées, mettant dos à dos les criminels et leurs victimes? A vrai dire, l’objectif visé par certains critiques n’est pas très clair lorsqu’ils ont l’air de laisser le criminel pour le témoin présent sur les lieux au moment des faits. Où, veut-on en venir? Faire croire que le président actuel est l’homme de notre situation? Trêve d’agitations puériles!

Notre peuple, connaissant les tenants et aboutissants, saura quoi faire du jour ou des lendemains du fameux 22 février. A moins d’être dans la logique «si c’est Untel, vaut mieux que Gnassingbé reste», a moins d’avoir une solution toute prête sur un plateau d’argent, il faut se garder de trop poursuivre à boulets rouges la dynamique Kpodzro; le prélat n’a fait qu’entreprendre ce qu’il croit bon pour son peuple de fidèles, pour le peuple tout court du Togo qui souffre. Il faut, les temps le recommandent, se montrer capable de ne pas dépasser les bornes car, à ce point, l’alternance venant de n’importe lequel des candidats déclarés de l’opposition est prenable.

Trêve de flèches venimeuses inutiles, de cris de charretiers, à hue et à dia, sur tel ou tel candidat en qui certains Togolais veulent placer leur espoir. Notre condition actuelle l’exige, tout est à prendre, pourvu que cela débouche sur l’alternance souhaitée par tous. Après, on verra car, les Togolais n’ont pas encore dit leur dernier mot.

Kodjo Epou

Source : Togoweb.net

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