Voyage dans les revêtements muraux avec Laurent Amétoenyenou

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Voyage dans les revêtements muraux avec Laurent Amétoenyenou

Des murs intérieurs recouverts de papiers peints sur lesquels l’on peut retrouver divers dessins d’arts (voir photos), une sorte de « peinture écologique en design », comme nous le dit l’artiste lui-même. Il faut avouer que c’est joli à voir, surtout dans les grands salons et dans certaines chambres d’hôtels actuellement à Lomé. Et justement, c’est dans le hall d’un hôtel partenaire que Laurent Kodjovi Ametoenyenou nous a reçus pour nous parler de son métier, une activité particulière, à la fois simple et complexe, à en croire notre interlocuteur. Nous n’avons pas eu la chance de le voir à l’œuvre, mais nous avons tout au moins eu le plaisir de toucher du doigt l’art qu’il laisse dans ce bâtiment.

Le revêtement mural par les papiers peints est une réponse, selon Laurent Ametoenyenou, à la lutte pour la protection de l’environnement. « Le revêtement par le papier peint est une couverture et en même temps une décoration de l’intérieur. Le papier peint ne contient pas de produits chimiques comme on les retrouve dans les peintures. Ce qui fait que quand on les pose sur les murs de la chambre, on ne risque pas d’avoir des désagréments qu’on a lorsqu’il s’agit des peintures », a indiqué Laurent Ametoenyenou. Pour lui, c’est sa manière de contribuer aussi à protéger l’écosystème en vulgarisant cette « peinture écologique ».

Laurent Kossi Ametoenyenou n’est pas arrivé dans ce métier par hasard. Passionné des émissions-débats sur des chaînes de télévision internationales, il a toujours été attiré par les plateaux et les murs de ces chaînes , peints et décorés de manière extraordinaire. « Je me suis toujours demandé comment les Blancs arrivent à faire des peintures avec des dessins comme ça sur les murs. Ça m’a toujours fasciné », dit-il. Il n’a pas attendu longtemps pour satisfaire sa curiosité. « C’est mon frère qui était revenu de l’Europe en 2010, qui m’a finalement révélé le secret. Il m’a montré des photos qu’il a prises en Europe, et derrière lui sur la photo, je voyais sur des murs une sorte de décoration, un peu comme je le voyais sur les plateaux et les murs des télévisons comme TV5 dans leurs émissions-débats. Il m’a expliqué que les Blancs n’utilisent plus de la peinture pour leur mur, à cause des produits chimiques et toxiques qu’elle contient. Ils se servent plutôt des papiers peints pour revêtir les murs de leurs chambres et salons, ce qui sert en même temps de décoration », nous confie-t-il. Mais jusque-là, Laurent Ametoenyenou est encore loin de savoir ce qu’est un papier peint. « Papier peint ? », avait-il demandé à son frère. « Mon frère a souri un peu avant de m’expliquer ce que c’est. Il m’a même promis de me les envoyer dès son retour en Europe. Il a tenu sa promesse, et c’est là qu’a commencé mon aventure dans ce métier », souligne-t-il. C’est d’ailleurs ce « frère de l’Europe » qui approvisionne Laurent en matériels. « Le papier n’est pas vendu ici, on l’achète depuis l’Europe, aux Etats-Unis, en Chine, par exemple. C’est mon frère en Europe qui m’envoie les papiers, ce qui me revient un peu moins cher par rapport au prix normal », révèle-t-il. Et d’ajouter, comme pour nous convaincre de la passion qu’il a pour ce qu’il fait : « Vous êtes obligé d’aérer votre chambre deux ou trois jours avant d’y dormir, lorsque vous avez mis de la peinture sur le mur. Mais avec le papier peint, point n’est besoin de le faire. Avec les papiers peints, les murs ne dégagent plus de la chaleur avec ses odeurs toxiques dans la chambre ».

Le revêtement mural avec les papiers peints est un travail méticuleux qui requiert de l’art. D’abord, il faut rendre le mur lisse, en enlevant les grains de sable qui sont visibles à sa surface à l’aide du couteau. Ensuite, Laurent Ametoenyenou utilise une colle spéciale qui est de l’eau mélangée avec de la pomme de terre naturelle. « Il n’y a aucun produit chimique ni toxique dedans. C’est naturel. Nous n’utilisons pas de la colle qu’on vend au marché. L’eau mélangée avec de la pomme de terre naturelle revient sous forme d’amidon. C’est ce que nous mettons derrière le papier peint avant de coller ça au mur. Ensuite nous coupons le papier en haut pour que cela soit bien adapté au plafond, et en bas pour que ça soit au même niveau que le carreau », dit-il. Ce n’est pas fini. Là où le génie artistique fait parler de lui dans ce travail, c’est lorsqu’il faut faire en sorte que les dessins sur les papiers soient uniformes sur le mur et fassent ressortir l’aspect attrayant de la décoration. Un détail très important à noter, c’est qu’il existe des papiers peints anti-incendie, des papiers peints anti-chaleur et des papiers peints anti-fraîcheur.

Il faut dire que cela fait trois ans que Laurent Ametoenyenou fait ce métier, après l’avoir appris chez son frère. Marié et père de famille, il vit de ce qu’il fait. « Je ne me plains pas », déclare-t-il. Le rouleau du papier peint fait 5,30 mètres carrés. Laurent fait le mètre à 2500 F CFA. Donc si notre artiste utilise un rouleau pour une chambre (il faut noter qu’une chambre peut prendre souvent plus qu’un rouleau), il revient avec 13 250 F CFA. Par exemple, dans l’hôtel où Laurent nous a reçus, il a décoré 6 chambres, à raison de 120 000 F CFA la chambre. Une belle affaire pour notre interlocuteur.

Laurent travaille pour plusieurs catégories de clients. « J’ai travaillé pour de nombreuses personnalités haut placées du pays. Je suis aussi en collaboration avec des architectes, banalement je travaille avec tout le monde. Comme le papier peint n’est pas tellement connu à Lomé, je vais chez les gens, de bureau en bureau, d’hôtel en hôtel, de maison en maison, pour leur expliquer ses avantages. Je fais une chambre à 120 000 », affirme-t-il. Ayant un bureau à Lomé qui s’appelle « My Home design », Laurent Ametoenyenou a recruté des jeunes qui travaillent avec lui sur les chantiers. Une sorte d’entrepreneuriat privé qu’il fait bénéficier à sa génération.

Le début n’a pas été facile pour Laurent qui a dû persévérer et garder confiance en lui-même pour pouvoir y arriver et s’imposer aujourd’hui. « J’avais fait ça pendant trois mois, je n’ai eu personne. Mais à force de garder la foi, en croyant bien à la qualité de ce que je fais, j’ai continué. Le premier marché que j’ai pris, je ne l’ai pas fait assez vite, mais après ça, je n’ai plus eu de difficulté. Je peux le faire en une journée. C’est ici même (Ndlr, l’hôtel dans lequel il nous a reçus) que j’ai fait le premier essai, et au lieu d’une journée, j’ai fait deux jours », témoigne-t-il. Le revêtement mural avec le papier peint, contrairement à la peinture, peut être facilement enlevé du mur, sans l’endommager. On peut également laver le mur peint avec de l’eau et du savon. « Vous pouvez l’enlever facilement. Avant d’enlever et pour conserver le papier, vous allez pendre un fer à repasser, vous repassez le papier et là, vous prenez en bas, et vous pouvez enlever facilement. N’importe qui peut enlever le papier. Il suffit seulement de respecter la procédure que je viens de décrire. Et ça ne va pas aussi endommager le mur, il reste intact », conseille-t-il.

A l’en croire, ce type de décoration n’est pas encore répandu à Lomé. Et rares sont ceux qui font ce métier. « Sans vous mentir, je ne suis jamais allé chez quelqu’un ou un client qui a mentionné qu’il a déjà vu ça quelque part à Lomé. Non non, je n’ai jamais entendu ça. Mais je ne sais pas si je suis le seul sur le terrain. Je n’ai pas de concurrent pour le moment. En tout cas, c’est ce que je crois », reconnaît-il.

Il faut peut-être le signaler, Laurent Kossi Ametoenyenou a été enseignant dans une école privée. Mais il n’a pas pu échapper aux difficultés afférentes à ce métier. Il a préféré embrasser la décoration murale avec du papier peint. Un métier qui lui permet aujourd’hui de s’épanouir. On pourrait dire que Laurent Kossi Ametoenyenou a « trouvé son chemin ».

Kokou Mitimi

icilome.com