Togo : RPT-UNIR, « Le charognard nait avec sa mauvaise réputation »

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Gestion scabreuse, vie chère, pouvoir d’achat érodé, les symptômes d’une faillite socio-économique au Togo. Plus le temps avance, plus les masques tombent. 50 ans de règne, c’est grand, mais pas assez au régime en place pour faire son miracle. Peut-être si miracle il y a, il est caché dans un pouvoir à vie qui se passerait de père en fils. Ce pouvoir à vie, ils l’ont aussi, mais le miracle se fait toujours prier. Est-ce par incompétence ou mauvaise foi ?

Togo : RPT-UNIR, « Le charognard nait avec sa mauvaise réputation »

Les Togolais, faute du mieux, ont « fait d’une mauvaise fortune, bon cœur » dans l’espoir que, là où le père a échoué, le fils fera un miracle. Mais plus ce dernier et sa suite gagnent du temps au trône, plus les difficultés plombent le pays à l’image d’un outil informatique frappé par l’âge et les mauvaises clés. Le Togo est planté de virus difficiles à formater. La plus grande chance de cette bande de terre est qu’elle est un pays et non un établissement commercial. Si le Togo était un établissement commercial, il devait déjà faire un dépôt de bilan et fermer la porte pour faillite. Mais les dirigeants se disent que l’Etat est une continuité et que les futures générations paieront les dettes. Les infrastructures se construisent sur le budget des générations à venir. La jeunesse est liquidée par le désespoir et une inflation exponentielle en contraste avec l’érosion continue du pouvoir d’achat.

La gestion publique à crédit

La vie chère, la perte du pouvoir d’achat, la fronde sociale, tout est réuni pour qu’un jour à l’autre la République devienne ingouvernable. Mais pour le moment, le prince et sa bande jouent à la résistance. Le corps médical et le corps enseignant, pour ne pas dire tous les fonctionnaires togolais, réclament vainement une meilleure condition de vie et de travail. Les fonctionnaires sont sur le pied de guerre en face d’une autorité qui ne comprend que le langage de la manière forte, de la corruption, une autorité trop compromise pour trouver un argument devant les revendications toutes légitimes des agents de l’État.

Le pays est otage des hommes d’affaires aux commandes

Entre gestion de la chose publique et affaires personnelles, ils mélangent les genres. Les individus s’enrichissent, l’économie nationale plonge et s’embourbe tous les jours. La masse monétaire est forte mais l’argent ne circule pas et la population devient consciente de l’arnaque. Ses exigences sont de plus en plus grandes, le mécontentement est visible vis-à-vis des gouvernants. Jusqu’où vont-elles résister devant ce mal-être des Togolais? Entre l’opulence des uns et la misère des autres, le fossé est trop ouvert pour que le fonctionnaire accepte être le bouc émissaire d’une gestion hussarde de la République.

Dans un environnement social où, les revenus, s’ils ne sont pas en chute, sont constants, les acteurs de la vie économique et sociale prennent conscience du droit des peuples. L’inflation neutralise le pouvoir d’achats ; la vie chère, la vie chère, la vie chère, on ne le dira jamais assez. Elle est incontournable du moment où les revenus ne sont pas indexés sur l’évolution de l’inflation ou la hausse du niveau des prix. Aussi bien que le pouvoir d’achat de la monnaie, le pouvoir d’achat des revenus est au bas de l’échelle. Le niveau général des prix augmente pendant que le pouvoir d’achat de la monnaie baisse. Du coup, la conséquence directe est que, d’après des études sociologiques sérieuses faites par ‘’Visions Solidaires’’, « la hausse des prix entraîne une baisse du pouvoir d’achat, la baisse des prix, une hausse du pouvoir d’achat pendant que la stabilité des prix maintient le pouvoir d’achat ».

Au Togo, on est face au premier aspect

« La hausse des prix entraîne une baisse du pouvoir d’achat ». Les mêmes études sociologiques démontrent que « le pouvoir d’achat des revenus est la capacité pour un revenu de permettre à son détenteur de se procurer les biens et services disponibles sur le marché. Le pouvoir d’achat des revenus est d’autant plus élevé que les revenus augmentent plus vite que les prix ». Au Togo, c’est bien le contraire, le revenu est stable mais les prix flambent.

La vie chère s’exprime dans une hausse de prix des principaux produits du panier de la ménagère alors que les revenus sont stables. La vie chère, elle n’est pas une spécificité togolaise quand on sait que partout, les commerçants, tentés par le gain, sont beaucoup orientés vers l’augmentation des prix de leurs produits. Sauf que, ailleurs, quand cette tendance s’affiche, l’Etat intervient pour mettre de l’ordre et protéger le consommateur. Mais au Togo, puisque c’est bien du Togo qu’il est question, non seulement l’Etat ne fait rien pour contrôler les prix au nom d’une certaine politique internationale de la libre concurrence à laquelle le pays a adhéré, mais aussi les besoins de première nécessité, même ceux dont la commercialisation est surveillée par l’Etat, ne font pas exception vis-à-vis de la flambée des prix.

En effet, à la lecture de la loi, une gamme de produits est sous contrôle de l’Etat, c’est le cas des produits pétroliers, de l’énergie, de l’eau et autres dérivés des minerais

A défaut d’augmenter le niveau de vie des Togolais, faute de moyens, à défaut d’exercer un contrôle sur la fixation des prix, au nom d’une certaine libre concurrence, l’Etat peut avoir une emprise sur les prix de ces produits dont la commercialisation est sous contrôle afin de compenser l’érosion du pouvoir d’achat du consommateur, du fait de la stagnation des revenus. Eh las, les dépenses de consommation dues à l’augmentation des prix des produits de première nécessité s’accroissent aussi bien pour les produits sous contrôle de l’Etat que les autres produits à commercialisation totalement libérale. Mieux, dans un passé récent, le parlement majoritaire RPT-UNIR a trouvé des arguments pour laisser le gouvernement obliger un concurrent de taille, dont la présence devait faciliter la vie aux consommateurs par rapport au ciment, d’homologuer ses prix au prix des producteurs togolais de ciment.

Avant la relative baisse des prix des produits pétroliers, leur baisse d’il y a deux ou trois ans a entrainé la flambée des prix des produits de première nécessité. Cette hausse qui touche tous les secteurs d’activité, à commencer par les transports, n’a pas repris son niveau d’entant quand les prix des produits pétroliers sont revenus à de meilleurs sentiments tout récemment. Il faut rappeler que le prix du litre d’essence super a connu une augmentation de 11% passant de 505 F en 2006 à 560 F en 2010 et entrainant une hausse des prix des transports intra urbains et inter urbains (de l’ordre de 15 à 50%). D’une façon précise, avec les produits pétroliers, d’environ 245 F au début des années 90, le prix du litre super est passé à 265 F en 2004, puis après à 505 F jusqu’à la dernière augmentation où il a longtemps stagné à 655 F avant de retomber sans incidence sur les autres prix. A titre d’exemple, les courses à moto de courte distance qui coutaient 100 F sont actuellement à 150 voire 200F.

La dégradation du pouvoir d’achat de la monnaie et des revenus est en tendance continue, les acteurs publics ne contrôlent rien. A s’en tenir aux chiffres récents qui touchent la gestion de Gnassingbé II, et à la lumière des chiffres tirés des publications de la Direction de l’Economie et de la Direction des Statistiques du Togo ainsi que des Institutions de la Zone franc, « Entre 2000 et 2010, l’augmentation des prix serait d’environ 33%. Ce qui entraînerait une réduction du pouvoir d’achat de près de 24% car 1000 F de l’année 2000 ne valaient que 752 F en juillet 2010, soit une baisse du pouvoir d’achat de 25% » et plus loin, « si l’on considère 1993, l’année d’avant la dévaluation du franc CFA, comme année de référence, entre 1993 et 2010, la hausse cumulée des prix serait de 110% et 1,33% soit 146%. Ce qui correspondrait à une dégradation de 594 F du pouvoir d’achat, 1000 F de juillet 2010 ne valant que 406 F de 1993 ».

Au-delà de cette tendance générale, sur le plan alimentaire, l’année 2008 n’a pas allégé le fardeau sur le consommateur togolais, au contraire

Ceci s’est le plus constaté depuis la crise alimentaire de 2008, une crise amplifiée depuis le mois de juillet 2010 suite à l’augmentation du prix des produits pétroliers, la situation va de mal en pire. Toujours dans la rubrique des produits sous contrôle de l’Etat, en 1996, la tonne de ciment CIMTOGO se négociait à 32.300 FCFA soit 1615 le paquet. Ensuite elle passera à 64.000 FCFA pour arriver à 81.000 FCFA de nos jours. Pendant ce laps de temps, de combien le salaire du Togolais a évolué ? Pour les autres produits de première nécessité, toujours de 2006 à nos jours, la boîte de sucre Saint Louis est passée de 500 FCFA à 800 F puis à 1000 CFA soit 60% à 100% de hausse.

Le litre d’huile alimentaire d’arachide qui était à 500 FCFA connaîtra une augmentation d’environ 70%, donc 850 FCFA en 2008-2010 pour être présentement à plus de 1000 FCFA.

L’huile rouge de palme est désormais vendue à 1500 FCFA contre 700 FCFA en 2006, soit 114% de hausse.

Le sac de riz de 25 kg est cédé actuellement dans les marchés du Togo à 18000 FCFA au lieu de 11500 FCFA en 2006, soit 48% de hausse. Le pain de savon ordinaire qui était vendu à 100 ou 125 FCFA est passé à 200 F puis à 250 F actuellement, soit une hausse de 60 à 100%.

Bref, aussi bien les produits contrôlés par l’autorité publique que les autres produits, n’échappent pas à la loi de la flambée

La dégradation du pouvoir d’achat est continuelle, le panier de la ménagère avec, les travailleurs triment sous les effets immédiats sur les dépenses et les conditions de vie. Les revenus du travail ne sont plus à la hauteur des besoins. Le déplacement, l’éducation des enfants, l’alimentation, la santé, tout est affecté, accouchant du coup d’un changement du genre de vie des Togolais. La cherté de la vie et la dégradation du pouvoir d’achat ont des implications négatives sur la vie des togolais.

Aujourd’hui, la plupart des ménages vivent dans la précarité

Ils seraient non seulement des pauvres mais aussi des exclus et des marginalisés qui ne peuvent satisfaire leurs besoins fondamentaux. Les besoins de base tels que l’alimentation, le logement, le transport et l’habillement; les besoins sociaux à l’image de la santé et de l’éducation; les besoins publics comme l’eau, l’électricité, le téléphone, ces trois besoins dont les prix sont encore manipulables par les autorités, n’échappent malheureusement pas à la loi de la jungle où le plus fort vit du plus faible. Il ne nous appartient pas de vous dire que le FMI a, dans un rapport confirmé que le Togo a une des communications, non seulement des plus inaccessibles, mais aussi des plus chères au monde. Ce n’est pas à nous de vous dire que le Togolais paie trop cher pour l’électricité, moins encore que les centres de santé publique, en faillite, explorent la voie de la privatisation.

Une frange de Togolais ne peut pas, non seulement manger à sa faim, mais aussi, se déplacer. Tout ceci a un prix sur les habitudes. Les travailleurs, des banlieues lointaines aux grandes villes, principalement à Lomé, pour les déplacements de leur domicile sur leurs lieux de travail et vice versa, « sont obligés de sauter une ou deux correspondances, devenant des champions forcés de la marche ». Même le sous-secteur des taxi-motos, qui était devenu une bouée de sauvetage pour les diplômés chômeurs, est en panne de clientèle. Il est vrai, l’autorité a fait un effort louable avec le SMIG qui est passé au Togo de 18.000 à 35000 F CFA même s’il est à 80000 au Gabon, mais d’après nos investigations, les études concluent que les dépenses minimales sont estimées à 160.000 FCFA pour un ménage à faible revenu de 5 personnes. Avec une incidence de la pauvreté de 61% depuis 2006, on n’a l’impression que l’être humain n’est plus au centre des politiques économiques et sociales.

Bonjour l’abandon des classes pour les élèves, le travail des enfants, la traversée risquée des océans vers l’Europe et le plus ancien des ‘‘job’’, la prostitution.

La politique sociale est ainsi en faillite, la gestion des biens publics avec

La plupart des départements juteux sous le contrôle de l’Etat coulent, mêmes le partenariat avec les institutions internationales n’a pas la vie facile. C’est ainsi que, pas plus tard qu’hier mercredi 30 Novembre 2016, la banque mondiale mettait fin à un de ses projets phares au Togo. Un atelier de validation du document qui devait mettre fin au projet se tient à ONOMA HOTEL. La banque déplore une perte de 60 milliards de CFA d’investissement, 368 millions gaspillés dans des études sans suite et 1000 emplois de perdus pour les chômeurs togolais. Le point focal du projet à la présidence de la République, tenez vous bien, n’est autre que Mey Gnassingbé. Parmi les premiers à être nommés à la présidence dès l’arrivée du prince aux commandes, éclaboussé par des scandales, le mec n’a pas fini de faire parler de lui. Si malgré les piètres prestations, les diplômes de son demi-frère président jouissent du bénéfice du doute, étant donné que, du fait de son caractère longtemps effacé, son cursus scolaire restera longtemps une énigme à résoudre, ce garçon de Mey Gnassingbé que tous les Togolais ont vu grandir ici sous la canne de feu son père, où est-ce qu’il a fait ses études pour non seulement être un chargé de mission à la présidence, mais aussi et surtout, un point focal d’un si grand projet de la banque mondiale ? Peut-être, nous dira-t-on, lui aussi a son Master des meilleures universités américaines, qui se ressemblent s’assemblent. Voilà de quoi ça accouche : la banque mondiale conclut que les autorités publiques n’ont pas été à la hauteur de ce projet qui visait l’appui aux reformes du climat des investissements, l’appui au développement des compétences entrepreneuriales et au développement des zones franches.

Les réformes économiques telles que la mise en place de l’OTR, n’échappent pas aux viles habitudes de la maison

Puisqu’au nom de la baïonnette, ils imposent tout, le régime a imposé même ce qui devait se négocier. L’OTR qui devait être une trouvaille pour relancer l’économie, a pris du plomb dans l’aile par ce qu’on a voulu l’imposer comme on imposait une décision politique à un adversaire. Ici ce sont des partenaires économiques que l’on a en face et non des adversaires politiques à qui le lion impose l’histoire de la chasse. Il fallait négocier avec eux, savoir ce qui est faisable pour qu’il ait de la place pour le poussin et l’épervier sur les quais. Mais c’est à coup de matraques et de gaz que des dispositions ont été imposées. Toutefois, « si on peut forcer un chien à se coucher, on ne peut pas le forcer à fermer les yeux ». Alors les opérateurs ont pris acte de la nouvelle réforme, mais ils ont tout simplement préférer chercher un partenaire plus compréhensif. Le port devient vide, les chiffres de la douane et des impôts, nous vous le disions la semaine passée, plongent.

La politique de grands chantiers est devenue la politique des grosses dettes

La dette, la dette, encore la dette, tout ce que l’Etat touche devient une dette à payer pour les populations. Aucun pays ne se construit sans les dettes, nous répondra-t-on, oui. Le plus grand héritage laissé par les grands chantiers, ce sont les grosses dettes. Il y a seulement quelques semaines, après plusieurs entreprises qui sont obligées de quitter les sites faute de moyens pour payer les décomptes, c’est COLAS qui vient de déserter la route Aného-Tabligbo. Les indiscrétions parlent de plus de 90 milliards à payer à ce géant des BTP. C ‘est vrai, tout pays s’endette, sauf qu’au Togo, en termes de biens publics, la bonne gestion est devenue une exception et la mauvaise, une règle. Ils sont les mêmes, camarades de classe, si vraiment ils ont fréquenté, cousins, familles politiques et autres. Assis sur l’impunité, ils s’échangent les biens et services, se couvrent dans le mal et drainent la République vers des jours incertains. Après 50 ans de père en fils, voilà de quoi ça accouche, la faillite sociale et économique pour tous les Togolais, des plus proches du régime aux plus éloignés, personnes n’est épargné. On dirait que certains sont nés pour échouer. Puisqu’ils ne savent pas où ils vont, même un vent favorable ne leur profite pas. Une sagesse malienne dira tout simplement que « le charognard nait avec sa mauvaise réputation ».

Source : Abi-Alfa, Le Rendez-vous N° 289 de ce jeudi 01 décembre 2016

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