Togo Règlement d’une opération d’achat de terrain à Agoè : Un montant de 846 millions de Faure Gnassingbé pour l’acquisition d’un terrain s’évapore dans les couloirs de la justice

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Des 846 millions de nos francs, prix auquel ils ont vendu le terrain de leur défunt père, les héritiers de feu Akli Gatiglo disent n’avoir reçu que 10 millions. Face à eux, un Gnassingbé (Faure ? Lala ?) comme acquéreur. Entre les deux parties, des juristes, notaires, juges…comme intermédiaires. Où sont passés les 846 autres millions ?


C’est une affaire de grande gloutonnerie, comme on en connaît tous les jours au Togo. Sauf que cette fois-ci, le montant est important et les acteurs sont des hommes et femmes publics.

L’affaire porte sur un domaine d’environ trois hectares situé en face du centre de loisir Fil’O Park à Agoènyivé. Appartenant à feu Akli Gatiglo, ce domaine avait longtemps été baillé à Marox et à la Brasserie qui en avaient fait une résidence pour leurs cadres. Seulement, depuis quelques années, les occupants du site n’arrivaient plus à honorer leur engagement et les héritiers ont décidé de mettre le domaine en vente. Plusieurs hommes d’affaires se sont bousculés pour s’offrir ce vaste domaine rattrapé depuis longtemps par l’urbanisation et qui, au fil des années, a pris de la valeur. Ce sera finalement un Gnassingbé qui va se rendre nouveau propriétaire des lieux. Plusieurs sources croient savoir que c’est Faure Gnassingbé lui-même qui s’est offert le site. Pour la notaire, Mme GnakouTagba, qui a assuré la transaction, l’acquéreur est Lala Gnassingbé, par ailleurs frère et homme à tout faire de Faure. Il nous revient que plusieurs témoins ont aperçu plus d’une fois une intime de Faure Gnassingbé, originaire de la région des Savanes, sur le site.

Selon les informations, le domaine a été vendu au prix de 846 millions de nos francs. Contactée par notre Rédaction, Me Gnakou Tagba, par ailleurs épouse du Directeur Général de Togo Télécom, a confirmé le montant de la transaction. Le domaine a changé de propriétaire depuis 2014. Mais, les 45 ayants-droit attendent de rentrer dans leurs dus. « C’est seulement en fin d’année dernière qu’on nous a remis un montant de 10 millions de francs pour les fêtes », nous a déclaré au téléphone Afatchawo Gatiglo, un des héritiers, chef traditionnel de son état. Où est passé le reste du montant de la transaction ? Mystère !

Si la notaire conteste le chiffre des 10 millions, elle refuse de révéler le montant qu’elle a transmis à la famille, en tant que notaire de l’acquéreur Gnassingbé. « Je n’ai pas cela (le montant remis à la famille) en tête. Mais ce qu’ils ont dit là, c’est faux. Si on dit que c’est 10 (ndlr millions) là, c’est complètement à côté de la plaque. Eux-mêmes ils ont fait des dépenses dedans. J’ai remis le reste au mandataire », nous a-t-elle déclaré au téléphone. « L’affaire est en cours, je ne peux rien ajouter pour le moment », s’est-elle contentée de conclure, après moult hésitations et malgré notre insistance.

L’affaire a été révélée par notre confrère Le rendez-Vous. Dans ses investigations, la Rédaction a pu contacter le mandataire de la famille, en prison. En effet, lui et un autre prétendu juriste des affaires ont été appréhendés et jetés en prison, dans cette affaire. « Mais le cerveau de ce braquage, Me Tagba Gnakou qui a, soit fait preuve de légèreté ou de mauvaise foi en remettant l’argent à ceux qui n’en ont pas droit, n’est pas inquiété. Selon nos investigations, le juge a voulu l’interpeller, mais un de ses supérieurs, celui-là qui a remis les 10 millions aux héritiers, probablement complice de cet acte criminel, a refusé », lit-on dans Le Rendez-vous du 30 août dernier.

Après un recoupement de plusieurs sources, on apprend qu’une bonne partie des 846 millions s’est volatilisée dans la nature. Le juriste détenu à la prison civile de Lomé (et récemment libéré) se serait octroyé plus de 200 millions comme frais de prestation et un pseudo géomètre, en fuite, lui, plus de 100 millions. Plusieurs autres personnes ont participé au partage du gâteau, sur le dos des pauvres héritiers qui, visiblement, sont perdus dans les couloirs de la justice, entre des acteurs habitués à la rapine. Nos recoupements nous ont également permis de savoir que le fameux magistrat qui aurait tenté d’empêcher l’interpellation du notaire est le même qui s’est contenté de demander aux familles d’aller prendre 10 millions pour les fêtes de fin d’année, comme si ces ayants-droit réclamaient de l’aumône.

Ce sulfureux magistrat, procureur d’une Cour dont le président est récemment déchu, a été souvent cité dans d’innombrables dossiers pourris de litiges fonciers dans lesquels il se retrouve en connivence avec des miliciens et gros bras qui sèment la terreur dans les quartiers nord de la ville. Nous reviendrons ultérieurement sur son cas, avec des détails, sur comment avec les réseaux mafieux, ils dépossèdent les pauvres citoyens de leurs terrains et se rendent maître des lieux, sans vergogne, usant de trafics d’influences avec son titre de magistrat. Avec une carrière truffée d’indélicatesse, ce magistrat en question se retrouve, cette fois encore, dans un dossier lié au foncier.

Les acteurs de la justice au Togo constituent majoritairement une bande de corrompus. C’est peu de le dire. Adossés à leurs protecteurs politiques, ils se livrent à tous les excès, au détriment des pauvres justiciables. Notre justice est devenue un repaire de ripoux, qui, totalement dépourvus de conscience professionnelle et de notion de justice, usent de leurs titres pour enfoncer les justiciables, en se mettant du côté des plus forts et des plus riches. Les milliards investis dans le projet de modernisation de la justice et l’amélioration des conditions salariales des magistrats par exemple n’ont pas permis de faire prendre conscience à ceux qui, au sein de ce corps, font vivre des horreurs aux concitoyens et jettent malheureusement du discrédit sur leurs autres collègues qui essaient de leurs côtés d’être exemplaires.

Après avoir pris goût à « bouffer l’argent » des pauvres justiciables, voilà des acteurs de notre justice qui vont jusqu’à dilapider une somme d’argent venant de Faure Gnassingbé. Comme quoi, ces hommes et femmes ont perdu toute décence et sont prêts à sauter sur n’importe quel gâteau, d’où qu’il vienne, même si c’est du premier magistrat du Togo et, soit dit en passant, grand manipulateur de cette justice. Inquiétant ! Si au Togo actuel, des gens ont l’outrecuidance de dilapider de l’argent venant des fils Gnassingbé, devant quelle autre affaire pourraient-ils s’arrêter ?

Voilà de pauvres héritiers qui décident de céder définitivement un bien acquis par héritage et qui ne peuvent pas compter sur un minimum d’honnêteté des acteurs de la justice afin de leur restituer simplement de l’argent reçu chez un acquéreur. Parce que des coupeurs de route de la République (sic), aux appétits voraces sont passés par là. En tout cas, au sein de la collectivité, l’idée de se retourner directement vers Faure Gnassingbé et de l’attaquer en justice pour non-paiement des frais liés à l’opération de vente fait son chemin. Nous y reviendrons !

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