Togo, Reddition de compte avec les budgets : Donner les vrais chiffres à périodes données comme en Côte d’Ivoire, une exigence

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L’excédent budgétaire, ce ne sont pas des pourcentages, mais des chiffres concrets

Des hommes qui veulent travailler n’ont pas besoin de fouet pour se donner à fond. L’ardeur ne dépend pas de la tête de la hiérarchie, ni de la provenance des agents. C’est une question d’éthique et de bon sens. Les Togolais assisteront-ils à un énième collectif budgétaire ? Pour l’instant, seule l’organisation du sommet sur la sécurité maritime semble préoccuper les autorités. Pendant ce temps chez nos voisins éburnéens, le gouvernement dit avoir mobilisé plus que la totalité du budget du semestre en cours. De quoi faire pâlir d’envie les adeptes de la rigueur dans la gestion de la chose publique.

Togo, Reddition de compte avec les budgets :  Donner les vrais chiffres à périodes données comme en Côte d’Ivoire, une exigence

La Côte d’Ivoire ou terre d’Eburnie vient de mobiliser plus que la totalité du budget de l’année en cours, à en croire APA. « Le gouvernement ivoirien a mobilisé 2 666,9 milliards de FCFA pour une prévision de 2407,5 milliards, soit un taux de réalisation de 110,8%, a appris APA, mercredi, de source officielle dans la capitale économique ivoirienne », lit-on. L’information a été donnée dans une communication adoptée en Conseil des ministres au titre du ministère auprès du Premier ministre, chargé du Budget et du portefeuille de l’Etat, en liaison avec le ministère auprès du Premier Ministre, chargé de l’Economie et des Finances. « L’exécution du Budget au premier semestre 2016 est caractérisée par des efforts importants de recouvrement des ressources pour assurer le financement des projets de développement et de lutte contre la pauvreté mis en œuvre par le gouvernement », a annoncé le porte-parole du gouvernement à la suite du conseil des ministres.

Dans son communiqué, le Conseil a indiqué que les dépenses exécutées à fin juin 2016 s’élèvent à 2.490,7 milliards pour un objectif de 2.603 milliards, soit un taux d’exécution de 95,7%. Les dépenses d’investissement exécutées par les ministères et institutions se sont élevées à 704,4 milliards à fin juin 2016, ce qui correspond à un taux d’exécution de 38,3% par rapport aux dotations budgétaires annuelles (contre 48% à fin juin 2015). Et ce n’est pas fini. En Côte d’Ivoire, il existe des dépenses pro-pauvres. Celles-ci se sont établies fin juin 2016 à 922,2 milliards pour un objectif de 887,7 milliards, soit un taux d’exécution de 103,9%. «Au terme du premier semestre 2016, il apparaît que la mobilisation des recettes budgétaires est supérieure aux projections tandis que les dépenses ont été contenues dans les niveaux prévus, ce qui permet de dégager un solde budgétaire excédentaire et confirme la bonne maitrise de la gestion budgétaire mise en œuvre par le gouvernement », s’est félicité le porte-parole.

Il faut savoir reconnaître que le lièvre court plus vite que soit, même quand on n’aime pas sa viande. Alassane Dramane Ouattara n’est pas un saint, loin s’en faut. Mais l’honnêteté intellectuelle oblige à reconnaître que son équipe gouvernementale fait de l’économie, et de la bonne économie. Peut-on en dire de même au Togo ?

Les années se suivent et se ressemblent. En décembre, le gouvernement accuse exprès un retard tel qu’il est impossible aux députés d’éplucher tous les pans du budget à voter, et c’est à la hussarde que le vote se déroule. Mais en cours d’année, comme il est de coutume depuis au moins quatre exercices consécutifs, plus précisément courant octobre-novembre, le gouvernement pond un exposé des motifs pour justifier le réaménagement à la baisse du budget en cours. Des situations révélatrices de l’impréparation qui a toujours entouré la confection des lois de finances au Togo.

La semaine dernière, comme pour paraître sans vraiment être, c’est l’Office togolais des recettes (OTR) qui a « mis les petits plats dans les grands » et produit des taux qui, à l’en croire, indiqueraient une augmentation de plus de 32% des recettes au cours des premiers semestres entre 2014 et 2016. Oubliant qu’avec les recettes des impôts et des douanes, c’est du concret qui ne se contente pas seulement de taux, histoire de permettre à tout contribuable de faire ses calculs à lui s’il le désire.

Depuis le lancement de l’OTR en 2014, les citoyens attendent toujours le moment où, à la fin d’un semestre, un état général des recettes à tous les niveaux sera présenté aux députés afin de mériter la transparence zéro à la corruption dont l’Office tente de s’affubler. L’OTR est composé des impôts, des douanes et droits indirects, et des services généraux. Quels sont les états de ces composantes selon les semestres, depuis son lancement ?

Celui qui n’a que trop fait de mal à l’économie togolaise s’en est allé après un débarquement identique à celui de la Normandie, c’est-à-dire au forceps. Le nouveau locataire saura-t-il redresser la barre qui ne s’est que trop courbée ? S’il est un aspect qui, en même temps qu’il plaide en sa faveur, pourra lui être préjudiciable, c’est bien le fait qu’il ait été exclusivement ministre du Budget avant d’être parachuté à la tête des Finances du Togo. Faire en sorte que, malgré un sommet imposé sur la sécurité maritime, le budget soit apprêté pour étude 45 jours au moins avant la fin de l’exercice en cours sera tout à son honneur. Mais manquer à ce devoir au nom de on ne sait quelle priorité, serait un mauvais signe qui ferait dire à certains, en matière de diligence du budget : « on a vendu le voleur pour s’acheter le sorcier » (on a déshabillé Pierre pour habiller Paul).

Si comparaison n’est pas raison, il demeure toutefois vrai que chercher à copier ce qui est louable chez son voisin, est une preuve d’intelligence ; et refuser de tendre vers le bien est synonyme d’arriération mentale.

Source : Abbé Faria, Liberté

27Avril.com