Togo : Quand le budget Sani Yaya frise le ridicule !

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A quel scenario le gouvernement va-t-il soumettre le peuple togolais juste après que l’euphorie du sommet sera passée ? Sous d’autres cieux on en est aux derniers réglages pour apprêter la loi de finances gestion 2017. D’autres ont déjà déposé ce projet sur la table des députés. Mais quelle sera la physionomie du prochain budget au Togo lorsqu’on sait qu’au Benin voisin, un nouveau cap vient d’être franchi? Les députés se contenteront-ils d’avaliser des chiffres sans mettre en demeure le gouvernement ? Courront-ils pour donner le quitus à une loi qui ne pousse pas loin les frontières de l’excellence ? Le débat, c’est dans quelques jours et semaines.

Togo : Quand le budget Sani Yaya frise le ridicule !

Demeurer apathique lorsque dans les Etats voisins, l’heure est à la mobilisation des ressources et à l’assignation d’objectifs aux structures chargées de renflouer les caisses de l’Etat, ressemblerait fortement à un blanc seing accordé au gouvernement dont la mission est de faire avancer tout pays.

Il ne saurait être question de faire l’omerta sur le bond que se préparent à effectuer les finances du Benin, au moment où au 228, le temps est toujours aux chants et danses folkloriques. On apprend de source parlementaire que  le projet de loi de finances relatif au budget de l’Etat béninois, exercice 2017 transmis vendredi dernier à l’Assemblée nationale par le gouvernement, s’élève à 2 010,586 milliards de FCFA. « Ce projet de budget qui est le premier conçu sous le magistère de Patrice Talon est en nette hausse par rapport à celui en cours d’exécution qui est de 1.423,487 milliards de FCFA, soit un taux d’accroissement de 41,24 % pour une augmentation de 587,099 milliards de FCFA. Les crédits ouverts à ce budget en termes de dépenses sont fixés à 1 697,986 milliards de FCFA contre 1 140,346 milliards en 2016, en augmentation de 557,640 milliards de FCFA, soit de 48,90%. Quant aux ressources, elles s’élèvent à 1007,725 milliards de FCFA contre 948,519 milliards de FCFA en 2016, soit une augmentation de 59,206 milliards de FCFA, correspondant à un taux d’augmentation de 6,24%. Il en découle un déficit budgétaire global de 12,3% dû essentiellement à l’importance des dépenses en capital », rapporte APA.

Deux constats se font jour : d’abord, le temps de dépôt. Lorsqu’on sait que le vote doit intervenir avant le 31 décembre prochain et que l’exécutif prend les devants, il n’y a pas de raison que les parlementaires ne disposent pas suffisamment de temps pour apporter leurs contributions, si tant est que le but ultime recherché est le progrès de l’Etat du Benin. Ensuite, le bond effectué est assez qualitatif. De 1.423,487 milliards en 2016, le prochain budget franchit la barre des 2.000 milliards pour atteindre 2.010,586 milliards. En termes de pourcentage, c’est plus de 41% d’augmentation sur une année civile. De quoi faire pâlir de grandes démocraties. Et lorsqu’on entend Pascal Koupaki déclarer  à l’issue du conseil des ministres qu’« il s’agira notamment d’engager la transformation structurelle de l’économie béninoise afin d’améliorer progressivement et de manière significative les conditions de vie des Béninois », on comprend aisément que la nouvelle équipe gouvernementale est vraiment pour la rupture. Et pourtant les régies financières de ce pays restent séparées les unes des autres, notamment les douanes et les impôts.

Avec les ressources dont dispose le Togo, il ne devrait pas y avoir de comparaison possible avec son voisin béninois, tant les atouts existent et ne demandent qu’à être exploités avec parcimonie. Mais les choses étant ce qu’elles sont, il apparaît aujourd’hui que le Togo reste l’un des pays ayant un budget famélique dans les espaces UEMOA et CEDEAO. On pourrait se demander ce que les autorités font des recettes des phosphates, du clinker et autres produits miniers. L’Office togolais des recettes était censé booster les recettes budgétaires, mais depuis, la fumée blanche tarde à apparaître. Aujourd’hui, avec ce projet de budget déposé sur la table des députés béninois, c’est un pied de nez que fait ce pays au Togo qui, l’année dernière, disposait d’un budget de 962,8 milliards de FCFA. Et avec la mauvaise habitude qui tend à devenir la norme, il n’est pas impossible qu’une loi de règlement vienne réduire encore ce chiffre. Ainsi, entre 2016 au Togo et 2017 au Benin, c’est une question de multiplication du budget de l’un par deux pour obtenir celui de l’autre, « toutes choses étant égales par ailleurs ».

Si le gouvernement du Benin a pris soin de se conformer aux textes de loi, c’est certainement pour éviter de recourir au douzième provisoire du budget de l’année en cours. « …Si le projet de loi de finance n’a pu être déposé en temps utile pour être voté et promulgué avant le début de l’exercice, le Premier ministre demande, d’urgence, à l’Assemblée, l’autorisation de rependre le budget de l’année précédente pour douzièmes provisoires », dispose l’article 91 de la Constitution togolaise. En ces périodes où toutes les attentions sont tournées vers une rencontre qui ne durera pas éternellement, le Premier ministre reviendra-t-il devant les élus du peuple pour leur servir le discours habituel et leur demander d’avaliser un projet sans études approfondies ?

Il est vrai qu’un nouveau locataire conduit les affaires économiques, mais s’il est un ministre qui doit exiger de ses collègues la célérité dans l’élaboration des budgets ministériels, c’est bien le chef du gouvernement. Après l’euphorie du sommet, commencera la session budgétaire et là, ce n’est plus dans l’intérêt d’un parti ou homme que les élus du peuple devront étudier la prochaine loi des finances. Et si les 45 jours minimum prescrits ne sont pas respectés, il devient une obligation constitutionnelle de faire prendre une ordonnance pour exécuter le douzième provisoire de celui en cours. La Constitution le veut ainsi. Le boum du budget du Togo passera forcément par la mobilisation efficiente des recettes, la lutte effective contre la corruption, la transparence dans l’attribution des marchés publics, la suppression des avenants qui tendent à devenir la norme.

Source : Abbé Faria, Liberté No. 2297 du jeudi 13 octobre 2016   

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