Togo, Programme d’action de la réforme de la gestion des finances publiques : Seules 39 mesures sur 304 mises en œuvre !

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Afin de rendre efficientes les reformes dans la gestion des finances publiques du Togo, un Secrétariat permanent a été mis en place. Et si à l’issue de la revue technique du plan d’actions de la réforme de la gestion des finances publiques qui a eu lieu les 13 et 14 septembre 2016 à Lomé, ce département a dit prendre les mesures nécessaires pour associer tous les acteurs au processus, c’est suite aux résultats peu reluisants qui en sont issus. Même si ces résultats ont été édulcorés pour ne pas « verser la figure des ministères par terre », les taux de réalisation sont là pour présenter les faits dans leur crudité.
Le ministre de l’Économie et des Finances Sani Yaya | Photo : RT
 
« Au total, à fin juin 2016, sur les 121 mesures programmées, quatre sont réalisées, cent sept en cours de réalisation et dix n’ont pas connu un début de réalisation, soit un taux de 91,7% des mesures réalisées ou en cours de réalisation. En termes des activités à mettre en œuvre dans les départements ministériels et du Plan d’actions de la réforme de la gestion des finances publiques (PA-RGFP), 257 activités sont réalisées ou sont en cours de réalisation, soit un taux de réalisation de 84,5%. La mise en œuvre des réformes au niveau des activités dans les départements ministériels et du PA-RGFP à fin juin montre que sur les 304 activités programmées, 39 ont été réalisées, 218 sont en cours de réalisation et 47 n’ont pas connu de début de réalisation, selon le bilan officiellement présenté le 15 septembre 2016 », voilà ce qu’a rapporté un journal très au parfum des chiffres de l’économie togolaise. Mais cette façon de procéder cache mal les carences dans la gestion des ministères. Les raisons ? Suivez plutôt.
 
Ce n’est pas parce que des mesures sont en cours de réalisation qu’il faut affirmer qu’au total, le pays a atteint 91,7% des mesures réalisées et en cours de réalisation. C’est du mensonge par extension. En réalité, à fin juin 2016, sur les 121 mesures programmées, 4 sont réalisées, soit un taux de réalisation de 3,3% ! Celles qui ne sont pas réalisées sont de 8,26%. Ce sont les mesures de réformes en cours de réalisation qui, au nombre de 107, atteignent 88,42%. Ainsi, à l’heure du bilan, on ne saurait faire l’amalgame avec les mesures réalisées et celles en cours. L’honnêteté intellectuelle l’exige.
 
S’agissant des départements ministériels et du Plan d’action de la réforme de la gestion des finances publiques (PA-RGFP), on nous saoule avec un taux de réalisation de 84,5% lorsqu’on effectue la fusion des mesures réalisées et celles en cours de réalisation. Les chiffres ne s’accommodent point de mensonge déguisé. Quand on dit que sur 304 activités programmées, 39 ont été réalisées, cela revient à un taux de réalisation de 12,82%. Pour celles en cours, leur taux est de 71,71% et de 15,46% pour les activités dont aucun début de réalisation n’est constaté. Dans le cas plus haut des 121 mesures programmées comme celui des 304, un constat saute aux yeux : les mesures non réalisées dépassent celles réalisées, et c’est sûrement à dessein que celles en cours de réalisation ont été cumulées aux mesures réalisées, pour faire croire que le Togo serait sur la bonne voie. Mais les chiffres disent le contraire. Du moins au vu des résultats issus de la gestion faite par le désormais ex-ministre, Adji Otèth Ayassor.
 
L’objectif de la revue nationale, selon les experts, est de faire ressortir le niveau de réalisation des mesures convenues pour le premier semestre 2016, en lien avec le glissement de la matrice unifiée des réformes validée en avril 2016 pour la période 2016-2018 et les plans de travail et budget annuel (PTBA 2016). A titre informatif, la revue de la gestion des finances publiques s’organise conformément à la stratégie des réformes adoptée par décret le 29 septembre 2010. Cette stratégie prévoit deux revues annuelles et constitue un cadre cohérent au sein duquel ministères et autres institutions élaborent et exécutent leurs propres réformes. Lesquelles réformes sont agrégées en une matrice unifiée et annexée à ladite stratégie.
 
De manière plus explicite, la matrice unifiée des réformes fait référence, d’une part, au PA-RGFP, et d’autre part, aux matrices des réformes des autres départements ministériels. Le suivi de la mise en œuvre des réformes des finances publiques se fait par l’intermédiaire des correspondants thématiques. Ces correspondants thématiques, qui sont les représentants des différents services impliqués dans la mise en œuvre du plan d’actions, produisent des rapports trimestriels et semestriels et les transmettent au Secrétariat permanent. S’agissant des réformes des autres ministères, les rapports sont produits par les points focaux chargés du suivi des réformes. Pour renforcer le suivi des réformes, le Secrétariat permanent est assisté par le comité de suivi des réformes mis en place en juin 2008, renseigne le ministère de l’Economie et des Finances.
 
Le Togo ne serait pas à ses premières évaluations. Le pays, avec l’appui des différents partenaires techniques et financiers, a réalisé plusieurs évaluations dans le cadre de la gestion des finances publiques au Togo, dont PEFA, PEMFAR, DeMPA, PIMA et la revue du système de passation des marchés publics selon la méthodologie OCDE-CAO courant second semestre 2015 et premier semestre 2016.
 
Le nouveau locataire du ministère de l’Economie et des Finances saura-t-il relever les énormes défis qui s’imposent et les trous béants laissés par son prédécesseur ? Si les réformes avaient été exécutées dans les règles de l’art, il n’y aurait plus besoin d’établir un nouveau plan d’actions contenant de nouvelles réformes de la gestion des finances publiques à mettre en place avant la fin de cette année, et ceci, pour la période 2017-2019. On veut croire que le cercle vicieux dans lequel les finances publiques ont longtemps végété sous « l’homme à la rigueur sélective » cèdera la place pour une gestion vertueuse. Ce n’est qu’à ce seul prix que l’actuel ministre verra en le journal un accompagnateur. Et dans la situation actuelle, point de temps de répit.
 
Source : Abbé Faria, Liberté No. 2297 du jeudi 13 octobre 2016
 

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