Togo, Les à-côtés d’un sommet : «KLASSOUteries», surfacturation, réserves des pays, « Illutrous guests» d’Adégnon, Faure à l’envers…

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C’est enfin fini, le fameux sommet de Faure Gnassingbé sur la sécurité en mer. Après le brouhaha, voici venu le moment de regarder de près les détails de l’organisation de l’investiture, que dis-je, du sommet de Gnassingbé fils.

Togo, Les à-côtés d’un sommet : «KLASSOUteries», surfacturation, réserves des pays, « Illutrous guests» d’Adégnon, Faure à l’envers…

Les «Klassouteries», pour commencer

L’un des faits marquants du fameux sommet est incontestablement le passage de son excellence M. le Premier Ministre Sélom Komi Klassou sur les télévisions Vox Africa, Equinoxe Tv, UBiznews, etc. Il a ouvert le bal d’une série d’entretiens coréalisés par ces confrères qui ont installé à cet effet un plateau à l’Hôtel Radison Blu. C’était un véritable moment de vérité pour celui que les Togolais ont commencé par nommer l’ « Homme de la veste ». Face aux caméras, ce n’était plus un discours rédigé par ses conseillers ou le Secrétariat du gouvernement, truffé de mille « Faure Gnassingbé » qu’il fallait lire. Mais, pour une fois, le Chef du Gouvernement avait l’occasion de prouver ou de défendre son double-titre.

En tant que responsable de la mise en œuvre de l’action gouvernementale, mais, et surtout, en tant qu’universitaire. Après une heure et demi d’échanges, le résultat est tout simplement catastrophique. Les bourdonnements des Togolais, très vexés, dès la fin du plateau sur les réseaux sociaux, n’en sont qu’un indicateur. Beaucoup de Togolais ont dit avoir eu honte de la prestation de Klassou dont les capacités (sic) sont désormais étalées aux yeux du monde.

Togo, Les à-côtés d’un sommet : «KLASSOUteries», surfacturation, réserves des pays, « Illutrous guests» d’Adégnon, Faure à l’envers…

Face à ses intervieweurs, Premier ministre s’est contenté de raconter des histoires à peine compréhensibles, dans un langage qu’on pourrait difficilement attribuer à un universitaire, totalement incapable de prouver la maitrise des sujets. Incapable par exemple de définir le Hccrun, ni de se rappeler « Doing business », donnant l’air de découvrir certaines sur le Togo statistiques avec les journalistes…Inutile de revenir sur les accords grammaticaux et/ou conjugaisons ratées.

Après avoir passé une heure d’horloge à convaincre ses vis-à-vis de ses compétences, sur la question de ses actions à Wacem, il se contentera de dire qu’il est plus propre que les journalistes qui ont écrit sur lui avertissant en ces termes : « Le jour où Klassou va ouvrir sa bouche… », comme il ne l’avait pas ouverte assez au cours de l’entretien pour montrer son niveau de compétence et de responsabilité.

Ce n’était finalement pas une si mauvaise idée, ce plateau des confrères. Car il nous a permis, à nous Togolais, de découvrir le réel niveau de ceux qui nous dirigent. Ils se contentent généralement de lire des discours bourrés de phrases laudatrices envers le « Prince », évitant au maximum les médias locaux et les interviews spontanées, se mettant ainsi à l’abri des situations de contradictions sérieuses.

Le cas Klassou en est une preuve. Avec la prestation ridicule qu’il a faite la dernière fois, on imagine comment il s’y prend face aux médias, à l’extérieur du pays, quand cela lui arrive de représenter le Togo dans des conférences internationales. On comprend d’ailleurs pourquoi son patron Faure Gnassingbé évite (lui aussi) les micros des journalistes. Et s’il se satisfait d’un tel Premier ministre, violemment dénoncé pour incompétence, il y a quelques mois, par les médias proches même du pouvoir, on peut comprendre son niveau d’exigence ou de rigueur vis-à-vis de ses collaborateurs.

Parlant de l’environnement autour de Faure Gnassingbé, il y a justement beaucoup de choses à dire. On a parfois l’impression qu’à la tête du Togo, ceux qui sont préposés à servir la population se trompent de mission pour se servir eux-mêmes.

Qui a surfacturé l’acquisition du matériel de reportage ?

Qui a surfacturé l’acquisition du matériel de reportage dans le cadre du fameux sommet tenu la semaine dernière au Togo ? En tout cas, ce sommet sera celui de tous les excès. Selon les informations parvenues à notre Rédaction, le prix d’un matériel de reportage acquis au profit d’un média national est au centre d’un scandale au sein de l’organisation. Pour un matériel qui devrait coûter 15 millions, la facture aurait été établie à 50 millions. Lorsque l’un des responsables de l’organisation a fini par découvrir le « deal », l’accusé a tenté de rejeter le tort sur le premier responsable du média bénéficiaire de l’acquisition. Ce dernier a vite fait de se décharger de cette accusation qui cherche toujours son vrai destinataire. Si le cas de ce matériel est aujourd’hui sur le tapis, on imagine combien de surfacturations, qui ne seront peut-être jamais découvertes ni sanctionnées, ont été réalisées dans le cadre de ce projet. Nous y reviendrons.

Faure à l’envers sur Twitter

Faure sur le réseau social Twitter, l’apprentissage commence à trop durer. Le samedi dernier, en plein sommet, plusieurs internautes ont découvert, avec surprise, sur le compte officiel de la Présidence de la République (@PrésidenceTg), à 11h26, la publication d’une image de Faure Gnassingbé, totalement à l’envers, alors même qu’il prononçait son discours à l’ouverture du sommet. Cette image a été capturée par des internautes et partagée sur les réseaux sociaux. Ici aussi, l’amateurisme togolais était dans tout son état. Certes, certains vont justifier cette bourde par une « erreur humaine ». Soit ! Mais voilà, samedi, plusieurs délégations présidentielles postaient directement des images de leurs présidents en direct sur Twitter, à partir du sommet. Aucune n’a commis cette bourde ou une de similaire, si ce n’est la togolaise.

Pis, ce n’est pas la première fois que le compte Twitter de Faure Gnassingbé est au centre d’un scandale. Un premier compte sur le même réseau avait existé avant d’être finalement fermé par les titulaires parce que plusieurs fois décrié et tourné en dérision. Son animation était très peu professionnelle et le ton des messages était plutôt puéril. Jeune Afrique avait même consacré un article à cette « togolaiserie ». Depuis la création d’un nouveau compte, beaucoup ont parié que cette fois, la gestion ait été confiée à des « professionnels ». La publication d’image à l’envers samedi fait une fois encore douter de la capacité de l’entourage de Faure Gnassingbé à réaliser des prestations acceptables sur certaines questions où ailleurs le « sans faute » est devenu classique.

Naturellement, l’erreur est humaine, mais « perseverarediabolicum». La multiplication des déchets dans la gestion des affaires d’Etat est inadmissible. On pourrait excuser des impairs sur des comptes privés des individus. Mais les affaires d’Etat ne peuvent continuer par être gérées avec autant de légèreté, ce qui risquerait de faire croire au monde qu’au Togo, « si leurs dirigeants sont ainsi, c’est qu’ils sont tous pareils ». Parlant de légèreté, il n’y a pas qu’à la Présidence qu’on en retrouve visiblement.

Hello, « Illustrious Adégnon » !

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Le Contre-Amiral Fogan Adégnon, patron de la ville de Lomé n’a pas voulu être du reste dans cette affaire de sommet. Il a voulu frapper fort ! Il a donc commandé des visuels géants qui ont été affichés sur des panneaux en ville. Le message est élégant : « Lomé souhaite à ses illustres hôtes un agréable séjour ». L’administration municipale de Lomé a voulu être complète en traduisant le texte en anglais. C’est là que le bât va blesser. Puisqu’on découvrira que, visiblement, la Mairie a dû solliciter le moteur de recherche Google pour traduire ce petit texte. A croire que personne n’y est capable de traduire ce petit texte en anglais. Il a fallu aller sur Internet chercher elle. Conséquence, la traduction n’est pas forcément parfaite. Plusieurs observateurs estiment que la formule « Distinguished guets » aurait pu être plus appréciée que « illutrious… », pardon, « illustrious guests » proposée par Google. Justement, la Mairie a eu du mal, même pour recopier le mot « illustrious ». Il y a un « S » qui a gravement manqué dans le rendu final des affiches. Il a fallu qu’àprès affichage, plusieurs personnes se rendent compte de la gaffe, prennent les panneaux en photos et les tournent en dérision pour que, à la dernière minute, le fameux «illutrious» soit corrigé sur les panneaux. Et qu’il retrouve son « s » perdu. Comme quoi, durant tout le processus de conception, de production, de correction, et l’affichage, personne à la Mairie n’a pu remarquer l’absence du fameux « s ». On le voit bien, même la simple copie a été pénible pour Fogan Adégnon, Aho Suzanne et compagnie. Le sommet de Lomé aura en tout cas permis de découvrir certaines dimensions de ceux qui nous ont habitués avec leur arrogance, sans être forcément à la hauteur des charges à eux confiées.

Les 22 réserves dont on ne parle pas

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Naturellement, les canaux de propagande du pouvoir depuis samedi applaudissent à rompre les phalanges l’ « adoption de la charte de Lomé ». On célèbre une adoption et quelques signatures sans évoquer les réserves de la vingtaine de pays. Selon Jeune Afrique, vingt-deux (22) pays africains, y compris certains dont les présidents étaient à Lomé, se sont abstenus de signer la fameuse charte. On cite :

  • l’Algérie,
  • le Botwana,
  • le Cameroun,
  • le Djibouti,
  • l’Erythrée,
  • l’Egypte,
  • la Gambie,
  • la Guinée Bissau,
  • la Guinéee Equatoriale,
  • le Lesotho,
  • le Malawi,
  • l’Ile Maurice,
  • le Mozambique,
  • la Namibie,
  • le Sénégal,
  • l’Afrique du Sud,
  • le Soudan du Sud,
  • le Swaziland,
  • l’Ouganda,
  • la Zambie,
  • le Zimbabwe (président en exercice de l’OUA au début du processus dudit sommet) et
  • le Maroc.

Ceux qui glosent sur les médias autour de ce fameux accord devraient aussi avoir l’humilité de parler de tous ces pays qui, pour plusieurs raisons, ont décidé de ne pas apporter leur caution au document. Vingt-deux pays sur la cinquantaine, ce n’est pas rien. Il ne s’agit pas de se réjouir qu’autant de pays n’aient pas paraphé le document qui porte le nom de Lomé. Mais bien de dire toute la vérité autour du sommet afin de pouvoir expliquer le pourquoi de ces abstentions. On apprend même que la fronde serait menée par le Cameroun qui, visiblement, ne supporte pas que les recommandations d’un sommet similaire tenu en 2013 sur son territoire n’aient pas encore connu de mise en œuvre avant que ne surgisse le Togo qui, avec ses milliards, tente de lui ravir le leadership.

Quoi qu’il en soit, il ne faut espérer aucun miracle à la suite de la signature de cette charte. La dernière version paraphée par certains, samedi, l’a été, sous réserve de nouvelles modifications à apporter. Comme on le voit, on est encore loin du consensus. Et la route de sa mise en vigueur est encore très longue. On le sait, Faure Gnassingbé et les siens se foutront du reste. Ils ont fait ce qui comptait pour eux : faire venir des délégations à Lomé, les faire manger, boire, dormir, visiter des coins aménagés du pays…pour leur laisser une bonne impression de leur pouvoir. Et ils ont trouvé une thématique qui pourrait leur servir d’alibi : la sécurité maritime. Lomé a atteint son objectif. En attendant d’autres sommets, peut-être Israël-Afrique, Francophonie et autres, après ce premier sommet de Faure Gnassingbé, c’est le moment de la descente. Et au sol, attendent grèves, pressions politiques pour la décentralisation, exigence des réformes en générale, etc.

Source : Mensah K., L’Alternative No. 563 du 18 Octobre 2016

27Avril.com