Togo, Justice corrompue : Tentative d’emprisonnement d’un plaignant. Le juge du 3ème Cabinet d’instruction cité dans une affaire d’escroquerie

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Les populations ne sont toujours pas à l’abri des dérapages des acteurs du système judiciaire au Togo. Souvent conscients du fait que peu s’y retrouvent en ce qui concerne les procédures judiciaires, certains magistrats prennent des décisions en violation de la législation. C’est ce qui se passe dans le cadre d’une affaire d’escroquerie où le juge du 3ème Cabinet d’instruction jouerait des rôles troubles.

Togo, Justice corrompue : Tentative d’emprisonnement d’un plaignant. Le juge du 3ème Cabinet d’instruction cité dans une affaire d’escroquerie

Tout commence au Ghana lorsque trois ressortissants nigérians, Dr Abayome Cole, Alhassan Mohammed et Mickael Sunday proposent à un homme d’affaires ghanéen d’investir dans un projet de vente de pétrole brut. Pour lui faire miroiter la rentabilité de l’affaire qu’ils lui proposent, ces Nigérians annoncent que la marchandise en question était déjà dans un navire à destination du Port autonome de Lomé. Selon les documents de plainte dont nous avons eu copie, trente-huit mille (38 000) dollars US, soit vingt millions (20 000 000) de francs CFA ont été déboursés par l’homme d’affaires ghanéen. Le montant total des sommes escroquées dépasserait la centaine de millions de francs CFA.

Quelques jours après, l’homme d’affaires ghanéen s’est rendu compte que les papiers dont le permis d’accostage fournis par les Nigérians étaient tous faux. Il tente alors de rentrer en possession des fonds déboursés, mais c’est sans compter avec la roublardise des arnaqueurs. Pour lui faire croire qu’ils sont disposés à lui rembourser les trente-huit mille (38 000) dollars, ils l’invitent à Lomé. L’homme d’affaires ghanéen a passé plusieurs mois dans un hôtel de la place et a fini par s’endetter. Selon les reconnaissances de dettes, il doit un million trente-cinq mille (1 035 000) francs CFA à l’hôtel.

Mais son séjour à Lomé sera écourté lorsque ses créanciers le rattrapent. En effet, l’homme d’affaires ghanéen a contracté des prêts pour pouvoir investir dans le business que lui ont proposé les Nigérians. Dans l’incapacité de retrouver son argent et rembourser ses créanciers, il a été arrêté et est actuellement en détention à Accra au Ghana. Il a donc décidé à son tour de saisir la justice, mais étant en détention, il a confié l’affaire à un de ses amis togolais en lui donnant procuration pour ce dossier. C’est donc lui qui devient le plaignant.

L’affaire a été portée en justice suite à une plainte pour escroquerie. Le dossier a été confié au juge du 3ème Cabinet d’instruction du Tribunal de première instance de première classe de Lomé. Les « escrocs » ont été interpellés et ont reconnu les faits. L’un d’eux, Dr Abayome Cole a été envoyé en prison. Ils ont alors promis de rembourser la somme escroquée. Mais au fil des mois, le plaignant constate que les « escrocs » entretiennent des relations floues avec le juge d’instruction. Plusieurs montants avaient été versés par les Nigérians, mais le plaignant n’a pas été informé par son avocat dont la complicité ne souffre d’aucun doute. Lorsque le plaignant s’est approché de son avocat dont nous taisons le nom pour le moment, ce dernier lui a recommandé d’aller voir le juge qui le renvoie à son tour vers l’avocat. « Les Nigérians qui ont escroqué mon frère ont rencontré le juge d’instruction et notre avocat en aparté. Ils avaient donc entrepris le versement des sommes d’argent à l’avocat, mais ce dernier ne nous tenait pas informés jusqu’au jour où le plaignant a été informé par les escrocs. L’avocat avait déjà reçu plusieurs millions et a donné une partie au juge », relate une source.

Si notre source est aujourd’hui convaincue que l’avocat et le juge d’instruction ont été corrompus, c’est parce que des faits portent à le croire. Nous citerons seulement le fait que le détenu Dr Abayome Cole ait été libéré sans que le plaignant ne soit informé. Dans ce désordre, la femme du plaignant a été contactée par la partie adverse et l’avocat lui aurait fait croire que la procuration donnée par son mari était fausse. Des manipulations dont le but est de bloquer le dossier.

Le flou s’étant installé, le plaignant a décidé de poursuivre celui qui entre-temps a été relâché par le juge du 3ème Cabinet d’instruction. Il saisit ainsi le procureur de la République qui lui délivre un soit transmis conformément à la lettre-plainte n°6524 du 22 août 2016 pour que le chef de la « bande d’escrocs », Mickael Sunday soit arrêté. Mais à plusieurs reprises, ce dernier a réussi à sortir des mailles de la Police. Il fait alors intervenir son frère qui contacte le plaignant et obtient un rendez-vous au cours duquel il demande que la plainte soit retirée. « Il est venu supplier le plaignant de retirer les plaintes. Mais nous ne savions pas que c’était une façon pour eux de préparer un mauvais coup », poursuit la source. Et pour cause, le petit frère de Mickael Sunday est revenu à la charge le lendemain pour une nouvelle rencontre avec le plaignant. Il engage alors la conversation, proposant de retourner voir le juge du 3ème cabinet d’instruction. Dans sa colère, le plaignant déclare ne plus faire confiance au juge et dit douter de son intégrité dans cette affaire d’escroquerie. De tels propos, on en entend des milliers tous les jours.

Ce que le plaignant ignorait, c’est que leur conversation a été enregistrée par le frère du sieur Sunday Mickael. L’élément sonore a été joué au juge qui s’en est servi comme preuve pour ordonner l’arrestation du plaignant. « Le frère de Sunday est retourné voir le juge après sa dispute avec le plaignant. Il est alors revenu au lieu de la rencontre avec des gendarmes dans le but de procéder à son arrestation. Je suis certains que c’est une façon pour le juge et les escrocs de le piéger », s’indigne la source. Selon les informations que nous avons reçues, le juge du 3ème cabinet estime que par ses propos, le plaignant l’a outragé. Une drôle façon de vouloir faire arrêter une personne pour « outrage à magistrature », puisque de tels aveux ne sauraient constituer des preuves et sont donc irrecevables en cas de procès.

Nous n’avons pas réussi à rencontrer le juge du 3ème Cabinet d’instruction pour qu’il nous explique les raisons qui l’ont poussé à délivré un mandat d’arrêt contre le plaignant sur la base d’un élément sonore irrégulièrement obtenu. Sur la porte de son cabinet il est écrit : «En congé ». Nous reviendrons sur d’autres aspects de cette affaire qui révèle encore une fois les abus dont se rendent responsables les magistrats.

Source : G.A, Liberté N°2273 du Jeudi 08 Septembre 2016.

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