Togo Elections locales au second plan : Diversion réussie ou abandon de l’opposition ?

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Mise en œuvre du processus de la décentralisation, organisations des élections locales, voilà des sujets qui ont amené une frange de l’opposition à battre le pavé il y a quelques mois. La société civile aussi a semblé prendre le problème à bras le corps. Alors que les dernières élections locales au Togo remontent à 1987, l’engament de tous pour l’application de l’article 141 de la Constitution semblent être relégué en arrière-plan.


20 Mars 2016, un document dit « confidentiel » rendu public par les journaux, fait sursauter la classe politique de l’opposition. Cette dernière découvre à travers les lignes du document qu’un travail aurait été établi par un comité dit « technique » quant à la mise en oeuvre effective de la décentralisation au Togo.

C’est la rencontre quelques jours plus tard entre Faure Gnassingbé et les Chef traditionnels à Lomé II qui jettera de l’huile sur le feu. On estime que le gouvernement devrait en priorité consulter les partis politiques, les principaux concernés par les élections locales.

Du côté de CAP 2015, le déchaînement est total. On dénonce une préparation « unilatérale, tronquée et biaisée de la décentralisation ». Du travail du comité technique au projet de loi du gouvernement sur la création de 4 nouvelles préfectures, notamment celle d’Agoè Nyivé, l’ANC et les partis partenaires manifestent leur désapprobation du processus à travers une série de manifestations.

La société civile n’en sera pas du reste. De CACIT (Collectif des Association Contre l’impunité au Togo) à la Plateforme Citoyenne Justice et Vérité, les organisations de la société civile essaient à leur tour de placer leur mot, appelant les différentes parties à la concertation et au consensus.

Rien ne bougera au gouvernement qui rejettera toutes les propositions et amendements de l’opposition aux projets de lois introduits à l’Assemblée nationale.

« Avant d’établir la feuille de route de la décentralisation, nous avons regroupé les délégués de partis politiques. Plus d’une centaine ! On a estimé que la meilleure solution et la plus simple était que le débat se déroule à l’Assemblée nationale là où sont rassemblés les formations dont les représentants ont été élus par le peuple. C’est aussi un gage d’efficacité et de rapidité », soutenait le ministre Payadowa Boukpessi.

Ce, après que Florent Manganawè, toujours du parti UNIR ait déclaré que l’APG qui préconisait fermement la concertation et le consensus en matière de décentralisation est devenu « caduc ».

Dans une ferveur où l’opposition, par clairvoyance, ne dissociait pas « Décentralisation » et « élections locales », le ministre Payadowa Boukpessi estime que « La décentralisation, c’est elle qui conduit aux élections locales. La décentralisation crée les communes, transferts de compétences, l’aménagement des infrastructures avant le scrutin ».

C’est plutôt la caducité déclarée de l’APG par Florent Manganawé qui viendra plomber le débat autour de la décentralisation. Dorénavant, on ne parlera que de l’APG avec accent sur les Réformes politiques ; Limitation des mandats présidentiels, scrutin uninominal à deux tours…

L’atelier sur les réformes à l’initiation du HCRRUN de Mme Awa-Nana Daboya viendra enterrer complètement le débat sur la décentralisation.
D’aucuns diront aujourd’hui qu’en parlant des réformes constitutionnelles et institutionnelles, la décentralisation est prise en compte. Il faut aussi reconnaître que c’est un vaste domaine, qui mérite un travail et une connaissance approfondie.

Pourvu que les uns et les autres continuent un travail et un contrôle en sourdine, afin que personne ne soit surpris et qu’on ne s’estime pas lésé lorsque la machine électorale sera lancée (du moins si elle ne l’est pas encore, puisqu’il faut s’attendre à tout avec le régime cinquantenaire en perte de vitesse).

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