Togo, Division autour de la fête traditionnelle Adossa-Gadao : Le chef spirituel des musulmans, Malouwouro El-Hadj Issa-Touré Bamoï, interpelle le ministre Agadazi

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Le Togo, dans sa diversité ethnique et culturelle, offre une multitude de rites et fêtes traditionnelles dont Adossa-Gadao, la fête des couteaux célébrée chaque année par le peuple Tem. Cette fête réunit les filles et fils de Tchaoudjo pour commémorer l’anniversaire du Prophète Mahomed célébré au 3è lunaire islamique (Adossa), et pour rendre grâce à Dieu pour avoir permis l’abondance des récoltes (Gadao).

Togo, Division autour de la fête traditionnelle Adossa-Gadao : Le chef spirituel des musulmans, Malouwouro El-Hadj Issa-Touré Bamoï, interpelle le ministre Agadazi

Depuis des années, Adossa qui est une fête Didaourè et Gadao célébrée par le canton de Komah ont été fusionnées et célébrées dans la symbiose, la communion et la cohésion pour le développement harmonieux de la préfecture de Tchaoudjo. Mais depuis quelque trois années, des germes de division sont semées dans cette fête. Au cœur de ce clivage, le ministre de l’Agriculture, de l’Elevage et de l’Hydraulique, Col Ouro-Koura Agadazi qui semble défier l’autorité du Chef spirituel des musulmans et chef quartier Didaourè, Malouwouro El-Hadj Issa-Touré Bamoï.

L’immixtion du ministre dans la gestion de cette fête a sapé l’union et la cohésion qui l’avaient toujours caractérisée. L’année dernière, ce sont deux festivités qui avaient été organisées. La première fête a eu lieu en décembre 2015 et la seconde en janvier 2016. Inéluctablement, on se dirige vers le même scénario cette année. Profitant de la présence du chef spirituel Malouwouro El-Hadj Issa-Touré Bamoï à Lomé, nous l’avons rencontré pour qu’il nous explique l’histoire de cette fête et les incompréhensions qui minent aujourd’hui la cohésion du peuple Tem. Le Chef avait à ses côtés le porte-parole des jeunes de Didaourè, El-Hadj Idrissou Gbadassi.

« Adossa est la fête de Didaourè. C’est au temps de nos aïeux que cette fête existait. Aujourd’hui, j’ai 98 ans. Et avant la naissance de mon père, la fête se célébrait. C’est au cours de l’anniversaire de notre prophète Mohamed qu’on célébrait Adossa. Cet anniversaire est appelé Moloud. Juste le lendemain du Moloud, nous célébrons Adossa à travers des réjouissances populaires. C’est cette fête qui existe chez nous à part la Tabaski et le Ramadan. Même ceux qui sont à l’extérieur du pays connaissent la date d’Adossa et se préparent en conséquence pour revenir fêter. Tout le monde connaît cette date et peut la donner sans hésitation. Personne n’a institué cette date», explique le chef spirituel Malouwouro El-Hadj Issa-Touré Bamoï.

D’après lui, cette date n’est pas fériée. Donc si elle tombe sur un jour ouvrable, le week-end qui suit immédiatement, on organise Adossa pour permettre aux frères et sœurs qui sont dans la fonction publique d’y participer. « On célèbre le Moloud vendredi et le lendemain on organise Adossa, la danse du couteau. C’est une fête traditionnelle chez nous. C’est une fête de Didaourè, mais tout le monde y prend part dans le Tchaoudjo », souligne-t-il.

« Adossa était commémorée jusqu’au temps du chef supérieur Ouro Ayeva Issifou qui avait institué Gadao. Des cadres qui ne sont pas natifs de Tchaoudjo, mais qui ont fréquenté chez nous, peuvent en témoigner. C’est quand Gnassingbé Eyadema a décidé le retour à l’authenticité, qu’on nous ont demandé de délaisser Adossa. Nous avons opposé un refus catégorique. Il y a eu des problèmes en ce moment. Et quand nos pères ont décidé d’aller exposer les faits à feu Gnassingbé Eyadema, ils ont été violentés par le Colonel Lawani au niveau du nouvel échangeur actuel. En ce moment, c’était un poste de douane qui s’y trouvait. Après tout, nous avons célébré Adossa. Ils ont alors décidé qu’on fusionne les deux fêtes. Nous n’avons pas refusé. Nous sommes une même communauté, nous avons donc décidé de jumeler les deux fêtes », relate El-Hadj Idrissou Gbadassi.

En ce temps, reprend le chef spirituel, quand la fête approche, Ayeva envoyait des émissaires auprès de nous pour s’enquérir de la date afin qu’eux aussi puissent se préparer en conséquence. C’est ainsi qu’on célébrait ensemble Adossa Gadao. Quand Ayeva Issifou décéda, eux, ils n’arrivaient plus à fêter Gadao. « Durant 10 ans, ils ne fêtaient plus Gadao. Face à cette situation, ils sont venus me voir pour proposer qu’on unisse les deux fêtes, Adossa et Gadao. Les cadres de Tchaoudjo avaient envoyé chez moi une délégation composée de Moutawakilou Ouro Gbèlè, ingénieur des TP et Yérima, proviseur du lycée technique de Sokodé. Ils m’ont rencontré trois fois. J’ai finalement accepté leur proposition, mais à condition que les deux fêtes se déroulent à la date d’Adossa qui ne dépend d’aucune saison. Ils ont approuvé cette décision. On fêtait Adossa-Gadao sans aucun problème pendant 12 ans », précise le Chef.

Un jour, Alilou Sam-Dja Cissé de la CNDH, Me Kassa Traoré et le ministre Bouraïma Inoussa sont allés voir le chef spirituel pour lui demander de décaler la date de la célébration d’Adossa-Gadao. Au départ, le chef spirituel s’est opposé à la proposition, estimant que c’est la date anniversaire du Prophète et que de ce fait, il ne peut pas la reporter. Après tout, par respect pour la délégation qui est venue le rencontrer, il a décidé de décaler la date. L’année suivante, la date a été également repoussée. « Pour la 3è fois, tout le monde s’y est opposé, y compris la diaspora. C’est en fonction de la date que les membres de la diaspora prennent des congés pour revenir fêter. Quand la date est repoussée, ça les pénalise énormément. Ils sont revenus, on a repoussé la date jusqu’à un mois, certains sont obligés de repartir, ceux qui ont des moyens ont dû payer des pénalités des vols », explique El-Hadj Idrissou Gbadassi.

A en croire le chef spirituel et Idrissou Gbadassi, c’est depuis la nomination du Col Ouro-Koura Agadazi dans le gouvernement que la division s’est installée autour de la fête traditionnelle Adossa-Gadao. Ils ne comprennent pas ce que le ministre vient chercher dans l’histoire des fêtes traditionnelles. : « Le chef du quartier Didaourè a un arrêté qui le confirme, on ne l’a pas élu chef à notre bon vouloir. A part lui, il n’y a aucun autre chef. C’est à lui de décider. Si aujourd’hui le ministre Agadazi ne reconnaît pas son autorité, c’est vraiment dommage. Nous n’avons qu’un seul chef à Didaourè. Si Ouro-Koura Agadazi estime qu’il y a un autre chef, qu’il le prouve avec un arrêté à l’appui et on en tiendra compte. La preuve, quand on voulait fusionner les deux fêtes, c’est chez le chef de Didaourè qu’ils sont venus. Pourquoi aujourd’hui il désobéit au chef ? Nous demandons au ministre de se ressaisir. La fête d’Adossa ne le concerne pas. S’il est porte-parole du gouvernement, ce n’est pas une raison de venir nous imposer des choses. On n’accepte pas », tranche El-Hadj Idrissou Gbadassi.

La date pour la prochaine fête est déjà retenue : les 16 et 17 décembre 2016. Mais les cadres de Tchaoudjo veulent encore la repousser en janvier 2017. Une idée qui ne plaît pas du tout au chef spirituel. « Nous ne sommes pas d’accord. Nous voulons la paix, l’union et la cohésion, nous ne voulons pas la division. Adossa existait depuis nos aïeux avec une date précise qui est l’anniversaire du prophète. Nous ne refusons pas de les associer pour la fête. Qu’ils viennent et on va fêter ensemble », a déclaré Malouwouro El-Hadj Issa-Touré Bamoï.

Les fêtes traditionnelles sont des occasions de retrouvailles où les filles et fils se retrouvent pour réfléchir au développement de leur localité. Mais ce n’est pas le cas à Tchaoudjo à cause de la division semée autour d’Adossa Gadao.

Source :  Médard Amétépé, Liberté No. 2273 du 05 sept. 2016

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