Togo : DIASPORA ET PROGRÈS ÉCONOMIQUE / Privilégier l’entrepreneuriat

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Togo : DIASPORA ET PROGRÈS ÉCONOMIQUE / Privilégier l’entrepreneuriat
Dr Yves Ekoué AMAÏZO

Directeur, Collectif pour la Vérité des Urnes (CVU-TOGO-DIASPORA)

Contribution au 4e Congrès du Conseil Mondial de la Diaspora Togolaise (CMDT), Paris 1

26 novembre 2016 2016

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Plus personne n’ose contester le rôle bénéfique de la Diaspora africaine tant dans le pays d’accueil que dans les pays d’origine. La Diaspora, cette « sixième région » de l’Afrique comme l’a définit la Commission de l’Union africaine, peine malgré tout à trouver une véritable représentation au niveau national et régionale sur le continent. La Banque mondiale a estimée qu’en 2015, plus de 35,2 milliards de dollars des Etats-Unis (USD) ont été transférés par les Diasporas du monde des pays d’accueil vers les pays d’origine. 6 % de cette somme, soit 134,4 milliards USD serait le montant transféré par la Diaspora Africaine officiellement, une somme en augmentation de 3,4 % par rapport à 2014. Les citoyens togolais de l’extérieur ont transféré vers le Togo 397 millions d’USD, une somme qui a stagnée par rapport à 2014.

1. LE CMDT : UN PONT ENTRE DIVERSITE ET UNITE DES CITOYENS TOGOLAIS

Les dénis de recensement, les entraves et autres complications inutiles pour obtenir parfois des pièces administratives comme la carte d’identité, le certificat de nationalité, le passeport ou la carte d’électeur ne sont que quelques-unes des techniques utilisées pour que le dysfonctionnement des pays en développement ne se commue en véritables instruments de blocage de l’essor de la Diaspora africaine.

En l’espèce, lorsque la Diaspora togolaise est courtisée pour transférer une partie substantielle de son épargne vers le pays et qu’en contrepartie, elle se voit refuser le droit d’exister comme citoyen à part entière du fait du refus anti-démocratique des autorités publiques de recenser plus de 2 millions de Togolais et Togolaises vivant à l’étranger, il y a donc bien un problème. Et ne serait-ce que pour cette raison, l’existence même du Conseil Mondial de la Diaspora Togolaise (CMDT) est justifiée. En effet, les Togolais et Togolaises de la Diaspora, commencent graduellement à prendre conscience de :

1.1   la nécessité de s’organiser dans la proximité dans les pays d’accueil ;

1.2   l’importance de préserver des liens privilégiés avec ceux restés au pays ;

1.3   l’urgence de s’organiser pour créer de la valeur ajoutée et donc de la richesse à des fins de solidarité, de sociabilité et de développement ; et surtout

1.4   de l’importance d’avoir une coordination mondiale pour qu’aucun citoyen togolais ne se sente isolé.

C’est d’ailleurs en écho à la devise du CMDT, « Le Togo, notre Bien commun à tous ! » qu’un numéro de téléphone a été mis en place pour permettre à chacun des citoyens togolais de la Diaspora, où qu’il ou elle se trouve, de pouvoir trouver une écoute et parfois une solution à des problèmes communs à plusieurs concitoyens. Aussi, retenez bien le numéro vert du CMDT qui a pour ambition de s’assurer qu’« Aucun Citoyen togolais de la Diaspora ne doit se sentir seul ou abandonné ».

  • +33 (0)7 81 42 89 07.

Le CMDT n’est donc pas une structure de proximité, ethnicisée, politisée, ou encore ne focalisant que sur la socialisation des citoyens togolais. Le CMDT est donc un médiateur qui revendique son indépendance. Ses prises de vue ne sont ni liées aux partis politiques, ni à des obédiences ésotériques ou autres. Il s’agit de citoyen togolais de la 6e région qui souhaite, en toute diversité, valoriser ce qui permet de faire progresser les Togolais et Togolaises et donc le pays.

Aussi, toute autonomie suppose que les membres sont responsables de contribuer à cette indépendance. Aussi, la cotisation exigée pour être membre de CMDT, soit 52 Euro par an (environ 1 Euro par semaine) ne devrait plus servir d’alibi pour ne pas participer aux activités constructives du CMDT. Il importe aussi de se faire inscrire dans la banque de compétences et de savoir-faire 2.

2. CMDT ET DIASPORA TOGOLAISE : DEFENDRE L’INTERET GENERAL

La diversité, les expertises, les talents des citoyens togolais résidant à l’extérieur du Togo ne sont pas suffisamment exploités pour venir en soutien aux activités de progrès et de création de richesses au pays. La responsabilité sociale envers ceux que l’on a quittés, parfois depuis des décennies, ne peut continuer à servir d’alibi pour transférer de l’argent principalement pour la consommation quotidienne, la santé, l’éducation et/ou la construction d’une maison quand il ne s’agit pas de parer à un imprévu, notamment les deuils. La récurrence du transfert de l’argent de la Diaspora togolaise vers des activités non génératrices de richesses, ni de développement du contenu technologique et entrepreneurial local, commence à peser sur les chances de progrès économiques rapides de ce pays. Bien sûr, la part de la corruption et le coût important des transactions en général, de la performance logistique et des coûts des facteurs (énergie, eau, transport, accès à l’information, à la téléphonie et à l’internet) demeurent élevés, freinant ainsi les initiatives de la Diaspora mais aussi des populations restées au pays.

Le CMDT tente aussi de faire le pont entre la génération actuelle et celle de demain. Les générations futures commencent à questionner le rôle exact des « anciens » et « autres grands frères et grandes sœurs » sur leur capacité à leur réserver un Togo libre et prospère. Aussi, toute action concrète mais intégrant une stratégie globale de développement doit reposer d’abord sur l’éducation, la maîtrise d’un métier, un savoir-faire et surtout la capacité à transformer ce savoir en une forme ou une autre de structure entrepreneuriale afin de dégager de la valeur ajoutée, des marges et surtout créer des richesses à des fins de partage sur une base humaine. Aussi, le CMDT est bel et bien mobilisé et reste engagé pour défendre le bien commun que constitue le Togo, mais aussi l’ensemble des citoyens togolais, sans distinction de régions, de sexes, d’ethnies ou encore de religions. Il s’agit donc bien de défendre l’intérêt général. Et c’est bien là le problème !

C’est que la défense de l’intérêt général s’oppose souvent à la défense des intérêts particuliers. Alors si tout le monde continue à vouloir s’accaparer le « gâteau TOGO » sans créer de richesses supplémentaires à partager sur une base humaine, alors l’avenir du Togo et des générations futures risque d’être bien morose, et ce n’est qu’un euphémisme.

3. CMDT INFLUENCE LA DIASPORA : PROMOTION DU « COLLECTIF »

La mission première de la Diaspora  en général, celle du Togo en particulier, est d’abord et avant tout de se fixer comme priorité des priorités, de développer les capacités et capabilités de création de valeurs ajoutées additionnelles à des fins de partage plus humain. Si cet objectif est dévié par les uns ou les autres, si cette objectif est considéré comme une atteinte à ceux qui s’accapare le gâteau économique sans d’ailleurs s’atteler à le démultiplier, alors le choc culturel que va constituer la rencontre entre la Diaspora et ceux qui sont restés au pays risque de se creuser au point de ne plus pouvoir s’entendre.

Or, pour qu’il y ait progrès économique, il faut un minimum de :

3.1   cohésion ;

3.2   d’organisation commune ; et

3.3   de discipline communément acceptée et respectée ;

3.4   un projet générateur de richesses et d’emplois.

Pourtant, à y regarder de près, le progrès économique du Togo est souvent retardé justement par l’absence d’unité des Togolais et Togolaises sur ces trois points. Alors les talents, l’expertise et autres apports de la Diaspora finissent par demeurer des potentialités, quand il ne s’agit pas d’illusions. Le problème est que cet état de fait crée la déresponsabilisation, le dénigrement systématique des uns et des autres qui reposent d’ailleurs souvent sur « radio trottoir », c’est-à-dire sur les « on dit », devenus grâce aux nouvelles technologies de l’information, « ce qui circule sur l’Internet » ou le « whatsapp, togolisé, wazap !!! »…

La première raison de cette situation paradoxale trouve son origine dans le fait que les réussites et les succès de la Diaspora africaine en général, togolaise en particulière, demeurent, encore trop souvent, au niveau des individus et moins au niveau du collectif. CMDT ayant opté pour le collectif n’a pas manqué de faire face à cette difficulté. Il aurait suffi de la mise en place d’une structure paritaire où siègerait à égalité des responsables togolais locaux et des responsables de la Diaspora togolaise pour que la plupart des problèmes et opportunités du Togo se discutent en toute convivialité et débouchent sur des projets créateurs de valeurs ajoutées et d’emplois. Une forme de palabre intelligente !

4. DIASPORA TOGOLAISE : UN ENGAGEMENT À CONSOLIDER

L’indifférence et la négation d’une grande partie de la Diaspora togolaise par l’absence de recensement n’ont pas permis d’avancer sur le terrain de la réconciliation entre une Diaspora indépendante et une certaine Diaspora alignée. En toute vérité, ces deux parties de la Diaspora ne représentent globalement que 30 % de l’ensemble de la Diaspora. La grande majorité formant les 70 % de la Diaspora togolaise est classée parmi ce qu’il conviendrait d’appeler la « Diaspora silencieuse ». Elle peut d’ailleurs par son silence devenir complice de son propre malheur, à force de se considérer comme « apolitique » ou ne s’occupant pour l’essentiel qu’à promouvoir des activités de socialisation plus ou moins festives, culturelles et très peu entrepreneuriales.

La seconde raison est liée à une difficulté pour cette Diaspora togolaise à s’organiser sur une base collective pour atteindre des objectifs de développement. Pour ce faire, les projets doivent reposer sur un minimum de rigueur, d’efficacité afin de faciliter la mobilisation de ressources financières. Car c’est bien là que le bât blesse. Concevoir des projets sans s’assurer que l’on pourra les financer est une gageure qui empêche la résilience. Aussi, chaque citoyen togolais, de la Diaspora ou pas, doit s’évertuer à ne plus opter systématiquement pour venir grossir le flux migratoires sans lendemains, mais doit opter de changer sa « mentalité » en passant du mode assistanat à celui de créateur de valeurs et de richesses. Autrement dit, le citoyen togolais doit supprimer de son vocabulaire, au moins dès qu’il ou elle envisage de contribuer au progrès économique, que ce soit au Togo ou dans le pays d’accueil, le mot « cadeau ».  Le mot est tellement populaire qu’il a son propre verbe à savoir : cadeauter qui se conjugue souvent à la 2e personne du singulier ou du pluriel. Tu me cadeautes ou vous me cadeautez

A ce jeu, celui qui « cadeaute » pourrait venir de l’extérieur et donner des miettes pour récolter en retour des terres, des ports, les services des eaux, de l’électricité… Et cela, ce sont des choix économiques. Et si l’on se penche sur la gestion et les recettes engrangées par rapport aux dépenses engagées, le solde n’est pas toujours positif pour le Togo. Autrement dit, le choix de certains projets, du fait d’interférences non désirables (la corruption pour ceux aiment le langage direct), finissent par augmenter l’endettement du Togo sans aucun progrès notable, et souvent sans rentabilité pour la collectivité. C’est en définitive le citoyen togolais qui va payer en dernier ressort, sous la forme d’absence des services et de biens publics.  Alors dans ces conditions, le Togo peut-il demeurer un bien public commun ?

5. POUR PROGRESSER, UNE AUTOCRITIQUE DE CHAQUE CITOYEN TOGOLAIS

Celui qui reçoit le dit « cadeau » ne se soucie même pas de la peine et de la sueur, quand il ne s’agit pas de sacrifices qu’a dû concéder son « parent » de la Diaspora. Malheureusement, le Togolais ou Togolaise de l’extérieur, souhaitant témoigner que « tout va bien », édulcore la réalité de son existence.  La réalité est qu’une bonne partie est au chômage ; et une autre a peur de perdre son poste. Ils sont bien peu nombreux à s’engager dans l’entrepreneuriat afin de créer des richesses ou encore à identifier des technologies ou du savoir-faire ou à apprendre un métier pour exploitation dans le pays d’origine.

Car le cadeau, c’est aussi souvent le transfert d’argent de la Diaspora. Certains estiment d’ailleurs que si la Diaspora togolaise n’envoyaient pas autant d’argent, les populations locales concernées seraient devenues plus proactives…

En réalité, ces transferts d’argent empêchent cette même Diaspora togolaise d’épargner pour se lancer dans l’entrepreneuriat et donc de générer de la richesse de manière éthique et responsable. Certains dirigeants politiques l’ont bien compris et ont choisi le populisme en promettant la « lune » quitte à envoyer les forces dites de l’ordre pour mieux empêcher l’unité entre les citoyens luttant pour la vérité des urnes, la démocratie, la liberté d’expression et le progrès économique. Le décalage entre les paroles et les actes des dirigeants politiques, mais aussi de certains membres de la « dite » opposition togolaise ne trompent plus personne. Il y a un problème. Ce « tam-tam de la bouche » ne crée pas de richesses et surtout ne permet pas l’émergence d’une fraternité économique.

Aussi, il importe d’avoir un environnement des affaires prévisible et fondé sur des règles claires afin d’encourager les initiatives, les talents, les entrepreneurs et les investisseurs de la Diaspora africaine à créer des opportunités de création de richesse tant dans le secteur de l’agriculture, de l’industrie, du commerce et des services. Bien sûr, si cela pouvait se faire sur la base d’un partenariat « gagnant-gagnant » avec des investisseurs étrangers mettant l’éthique en priorité, le Togo pourra devenir un espace de création d’emplois décents. Les flux migratoires pourraient alors s’inverser. L’envoi de fonds sous forme de transfert d’argent ira plus volontiers vers les secteurs productifs.

D’ici à 2040, c’est l’Afrique qui aura le nombre plus important en main-d’œuvre. Cette ressource humaine sera plus importante que la Chine ou l’Inde mais pourrait ne pas offrir un dividende démographique si la formation, le savoir-faire, et les contenus technologiques ne sont pas maîtrisées par un nombre suffisamment important de la population africaine. Le Togo ne fera pas exception à cette menace, surtout que la pression de la sécurité alimentaire, la sécurité sanitaire et l’absence de préservation de l’environnement pourraient aggraver le tableau.

La valorisation de l’intérêt général et l’amélioration des biens communs passent par une autocritique de chaque citoyen togolais, et plus particulièrement chaque membre de la Diaspora togolaise. Il suffit de répondre à ces cinq questions :

5.1   Concrètement, qu’est-ce que j’ai fait pour le Togo au cours des 5 dernières années passées ? La réponse doit pouvoir être mesurable et les résultats doivent encore être tangibles sur le terrain ?

5.2   Est-ce qu’en tant que Togolais de la Diaspora, je suis affilié à une structure de la Diaspora, que ce soit au dans le pays d’accueil, ou même au niveau du CMDT ?

5.3   Combien de fois, je lis des informations sur ce qui se passe au Togo, si possible auprès de médias ou sites crédibles. Est-ce que l’indifférence et même la déresponsabilisation, voire le fatalisme n’ont pas pris le dessus sur moi ?

5.4   Est-ce que j’envisage, avec un groupe d’amis, de parents ou autres de transférer une technologie, un savoir-faire, ma personne vers le Togo pour réduire la pénibilité du travail, plus particulièrement pour les femmes, les enfants et les handicapés ? Si oui, quel est le budget et la date de démarrage avec la contrepartie locale ?

5.5   Enfin, puis-je encore accepter que les autorités togolaises continuent en 2017 et au-delà, de refuser de me recenser, de m’accorder le droit de vote, de ne pas intervenir de manière intempestives dans les procédures administratives permettant le développement de l’entrepreneuriat, en choisissant parfois de taxer arbitrairement les structures productives non alignés ou indépendantes et oublier de prélever la taxe chez ceux des affidés d’un système fermé et peu créateur d’emplois décents et de pouvoir d’achat ;

Cette autocritique ne serait pas complet si le citoyen togolais oubliait de cotiser pour permettre à au moins une association de la Diaspora de défendre ses intérêts, tant dans le pays d’accueil que dans son pays d’origine.

Quelles que soient les réponses, il faudra que les mentalités changent. Et c’est en se changeant que l’on peut espérer changer le groupe. La gouvernance de l’alignement, de la non-transparence et du refus des méthodes participatives fondées sur le refus de libre-expression sont autant de freins au progrès économique au Togo, de la Diaspora africaine en particulier. Dans la pratique, les conséquences de ces non-dits sont palpables au sein de la Diaspora togolaise. La suspicion, la peur, mais la délation sans preuves, et la ventrologie, cette science qui fait passer les priorités du ventre et du bas-ventre avant l’intérêt commun des Togolais et Togolaises, ont contribué à une division et non plus à une diversité de la Diaspora togolaise en quatre grandes catégories d’individus parmi les citoyens togolais vivant en dehors de leur pays :

  • ceux (celles) qui sont ont choisi  de s’aligner définitivement et sans regrets sur un système d’accaparement des richesses existantes et non renouvelables et moins de création de richesses ;
  • ceux (celles) qui s’alignent temporairement avec ou sans regrets ;
  • ceux (celles) qui refusent de s’aligner en affichant un certain « apolitisme », voire une indifférence et une déresponsabilisation ; et
  • ceux (Celles) qui refusent de s’aligner en affichant des alternatives de manière déterminée.

Quelles que soient les postures vraies ou fausses, les opportunistes et les adeptes du nomadisme politique sont légions  au Togo. En effet, l’alignement peut aussi devenir un alignement pour des raisons alimentaires, ou sécuritaires. Mais, le principe de l’alignement n’est-il pas justement de tenir « l’aligné(e) » sous sa dépendance, voire sous son contrôle partiel ou total. Chacun jugera ! Mais au demeurant, que chacun se pose la question de savoir s’il ou elle est un adepte de la politique de l’alignement ? Ne suis-je pas un « aligné » qui s’ignore surtout qu’un « aligné » peut en cacher un « autre » qui se découvre ?

6. LES MOYENNES STATISTIQUES CACHENT LES PAUVRES ET L’ENDETTEMENT DU TOGO

On ne peut se contenter de lire les statistiques des grandes institutions financières comme le Fonds monétaire international qui fournit régulièrement des moyennes statistiques. Ces moyennes ont tendance à servir de paravent aux Autorités publiques togolaises pour cacher la réalité sur le terrain. Pourtant, en agrégeant et recoupant les statistiques, il est possible avec une marge d’erreur de moins de 2 % à 3 % d’affirmer qu’il y a en novembre 2016, près de 62 % de pauvres au Togo et que la gestion des deux derniers mandats des tenants du pouvoir a porté l’endettement du Togo à 77 % bien au-dessus de ce qu’autorisent les institutions sous-régionales qui tentent tant bien que mal, à discipliner les Etats autour d’une convergence, base d’un futur collectif monétaire, fiscal, commercial, culturel et économique comprenant tous les secteurs.

En Afrique subsaharienne, la population en âge de travailler devrait presque tripler durant les 35 prochaines années, de 480 millions à 1,3 milliard 3. Il faut s’attendre à l’intensification des pressions et des flux migratoires. Les pays occidentaux (OCDE, Organisation pour la Coopération et le Développement Economiques) devraient assister à un vieillissement de leur population, procèderont à des entrées sélectifs dans le flux migratoires d’Afrique comme d’ailleurs.

En guise de comparaison, il est proposé de comparer le Togo avec quelques pays pour témoigner des progrès ou des rétrogressions liées à une bonne ou à une mauvaise gouvernance. En réalité, les progressions en termes économiques au Togo doivent systématiquement être comparées aux pays voisins et à la moyenne de l’Afrique subsaharienne. Le premier constat est que le Togo est quasi-systématiquement en dessous de la moyenne des pays de sa sous-région qu’est l’Union Economique et Monétaire de l’Ouest Africain, mais en revanche à partir de 2015, le Togo est positionnée au-dessus de la moyenne de la CEDEAO 4 et de l’Afrique subsaharienne, voir Tableau 1.

TABLEAU 1 : CROISSANCE DE LA RICHESSE (PRODUIT INTERIEUR BRUT REEL), 2004-2017
Pays/Régions 2004-08 2010 2015 2016 2017
Bénin 4,2 2,1 5 4,6 5,4
Ghana 6,2 7,9 3,9 3,3 7,4
Togo 2,4 4,1 5,4 5,3 5,0
UEMOA* 3,6 4,4 6,3 6,3 6,5
CEDEAO** 6,8 9,7 3,1 0,2 2,4
Afrique subsaharienne 6,6 7,0 3,4 1,4 2,9
*Union Economique et Monétaire de l’Ouest Africain, 8 pays (voir www.uemoa.int/)**Communauté économique et de développement des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO

Source : FMI (2016). Afrique subsaharienne. Une croissance à plusieurs vitesses. PER. ASS. Octobre 2016. FMI : Washington D. C.

Il importe de lire le prochain tableau sous l’angle de la croissance de la richesse par habitant. Bien qu’il s’agisse de moyenne, les progrès économiques au Togo passant de -0,7 % de croissance économique par habitant entre 2004-08 à 2,5 % en 2016 n’est pas palpable au niveau des populations. Mieux que le Ghana, le Bénin, la moyenne de la CEDEAO de l’Afrique subsaharienne en 2016, le Togo peine à se propulser au-dessus de la moyenne de la sous-région francophone qu’est l’UEMOA avec 3,4 %, voir le Tableau 2.

TABLEAU 2 : CROISSANCE DE LA RICHESSE PAR HABITANT (PRODUIT INTERIEUR BRUT REEL PAR HABITANT), 2004-2017
Pays/Régions 2004-08 2010 2015 2016 2017
Bénin 1 -0.8 2,4 2,1 2,9
Ghana 3,6 5,2 1,3 0,8 4,7
Togo -0,7 1,3 2,6 2,5 2,2
UEMOA* 0,7 1,5 3,4 3,4 3,6
CEDEAO** 3,9 6,8 0,4 -2,5 -0,4
Afrique subsaharienne 4,1 4,5 0,9 -0,9 0,5
*Union Economique et Monétaire de l’Ouest Africain, 8 pays (voir www.uemoa.int/)**Communauté économique et de développement des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO

Source : FMI (2016). Afrique subsaharienne. Une croissance à plusieurs vitesses. PER. ASS. Octobre 2016. FMI : Washington D. C.

Lorsqu’on s’intéresse aux exportations et aux importations du Togo, on s’attendrait à voir des comptes équilibrés. Il n’en est rien. Au contraire, c’est le pays qui présente un solde de la balance commerciale la plus déficitaire avec -16,4 % du PIB de déficit par rapport à ses voisins le Ghana (‑7,2 % du PIB) et le Bénin (-11,2 % du PIB). Mais les différences sont significatives avec l’UEMOA et la CEDEAO et l’Afrique subsaharienne. Donc le Togo a une gouvernance qui n’a pas suivi la courbe d’amélioration moyenne enregistrée par les pays membres de la CEDEAO, voir Tableau 3. La convergence qui permettrait d’aller vers des politiques commerciales d’intégration régionales risque d’être retardées du fait justement des difficultés du Togo à équilibrer sa balance commerciale.

TABLEAU 3 : SOLDE DE LA BALANCE COMMERCIALE DES MARCHANDISES, en % du PIB, 2004-2017
Pays/Régions 2004-08 2010 2015 2016 2017
Bénin -10,7 -10,2 -11,5 -11,2 -12,2
Ghana -14,9 -9,2 -8,2 -7,2 -5,8
Togo -14,2 -14,3 -16,2 -16,4 -16,7
UEMOA* -2,0 -1,9 -1,7 -1,4 -1,4
CEDEAO** 9,2 5,2 -2,2 -2,3 -1,4
Afrique subsaharienne 6,1 4,7 -2,9 -2,9 -2,1
*Union Economique et Monétaire de l’Ouest Africain, 8 pays (voir www.uemoa.int/)**Communauté économique et de développement des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO

Source : FMI (2016). Afrique subsaharienne. Une croissance à plusieurs vitesses. PER. ASS. Octobre 2016. FMI : Washington D. C.

Il ne faut donc pas s’étonner que le solde extérieur courant de -8,0 % du PIB en 2016 reste relativement élevé et paradoxalement est inférieur au solde moyen du Togo entre 2004 et 2008, avec ‑8,8 %.

7. LES INVESTISSEURS ETRANGERS DIRECTS ÉVITENT LE TOGO

Alors, est-ce qu’il faut compter sur les investisseurs étrangers pour soutenir le Togo dans sa quête d’émergence économique et de prospérité partagée ? La réponse est mitigée car il y a quelques investisseurs étrangers directs, mais si l’on observe l’évolution, il y a une tendance générale à fuir le pays (des taux négatifs depuis 2015) pour toutes sortes de raisons dont la manque de prévisibilité de l’environnement des affaires et les décisions caméléons des autorités publiques sur le plan de la fiscalité ou du non-renouvellement des autorisations de séjour. Rappelons tout de même qu’entre 2010-2011 après des élections contestées et non conformes à la vérité des urnes, le désinvestissement a été palpable avec –14,3 % en 2011. Paradoxalement en 2016, le Togo est l’un des rares pays à ne pas retrouver le niveau d’arrivée au Togo d’investisseurs étrangers directs des années 2004-2008, voir Tableau 4.

TABLEAU 4 : Investissement étrangers directs, net, en % du PIB, 2004-2017
Pays/Régions 2004-08 2010 2015 2016 2017
Bénin 2,1 2,8 3,9 3,9 4,2
Ghana 2,9 7,9 7,9 6,7 6,5
Togo 3,1 1,5 -3,5 -0,5 -0,1
UEMOA* 1,9 3,1 2,1 2,8 3,1
CEDEAO** 2,2 2,2 1,1 1,5 1,8
Afrique subsaharienne 2,1 2,7 1,9 1,5 2,1
*Union Economique et Monétaire de l’Ouest Africain, 8 pays (voir www.uemoa.int/)**Communauté économique et de développement des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO

Source : FMI (2016). Afrique subsaharienne. Une croissance à plusieurs vitesses. PER. ASS. Octobre 2016. FMI : Washington D. C.

Alors faut-il croire qu’une partie de la solution viendra des transferts d’argent de la Diaspora togolaise ? Rien n’est moins sûr !

8. TRANSFERT D’ARGENT DE LA DIASPORA TOGOLAISE

Togo : DIASPORA ET PROGRÈS ÉCONOMIQUE / Privilégier l’entrepreneuriatLes transferts d’argent vers les pays d’Afrique subsaharienne connaissent une nette augmentation malgré des ponctions importantes opérées par les sociétés financières de transfert d’argent. En 2014 et selon la Banque mondiale, près de 120 millions d’Africains dans les pays d’origine auraient réceptionné les 60 milliards USD envoyés par 30 millions d’Africains de la Diaspora, installés dans les pays d’accueil. Dans la zone franc qui est une zone euro de facto, les transferts d’argent auraient dû être gratuits sur la base d’un virement ou d’un transfert bancaire. Au lieu de se battre pour cela, les autorités africaines se contentent de parler d’une hypothétique fin du Franc CFA sans d’ailleurs proposer une solution crédible en retour.

Mais pour le Togo, il faut reconnaître que le rôle des transferts d’argent de la Diaspora y est prépondérant.

En effet, face à un taux de pauvreté en augmentation malgré les statistiques affichant des moyennes, la réalité est que pour parer à cette pauvreté, les envois d’argent n’ont fait que progresser, ce officiellement. Il faut d’ailleurs considérer que ce qui circule en informel pourrait simplement être le double de la réalité. En 2015, le niveau des transferts d’argent de la Diaspora togolaise est resté inchangée avec 397,36 million d’USD transférés. Le Bénin affichait 304,25 million d’USD alors que le Ghana battait des records avec 4 982,44 million d’USD grâce à l’arrivée des Afro-Américains et l’octroi du visa Diaspora dès lors que l’on est d’ascendance africaine 5. C’est donc bien le transfert d’argent de la Diaspora qui tire l’économie togolaise vers le haut et non l’investissement étranger direct (IED) ou encore l’aide publique au développement (APD), voir Graphique. Il faut noter d’ailleurs que les transferts d’argent de la Diaspora vers les populations se font sans aucune conditionnalité particulière, ce qui n’est pas le cas tant pour les IED que l’APD.

Malheureusement, les fonds de la Diaspora n’arrivent pas encore à contribuer de manière substantielle au développement des économies locales. Ces fonds servent en priorité à la survie et à des règlements de problèmes liées à l’alimentation, à la santé, à l’éducation ou au social. Comment transformer ces fonds à court terme en fonds d’investissement ? Les banques doivent  alors nécessairement avoir un rôle à jour comme intermédiation, voire comme un moyen de bancarisation d’un nombre important d’Africains.

Pour ce faire, il faudra rémunérer l’épargne de long terme mieux qu’il ne l’est actuellement et offrir des opportunités et facilités d’investissement dans le pays d’origine, ce avec des garanties faciles à mobiliser et doublées d’une sécurisation des solutions offertes. Les institutions locales d’épargne et d’investissement sérieuses pourraient devenir à terme, des moyens de canalisation les fonds de la Diaspora tout en leur offrant des facilités de crédit pour inciter cette même Diaspora à s’intéresser aux transferts de technologies, de savoir-faire et/ou à procéder à des investissements. Même avec des transferts de fonds modiques au départ et dans tous les secteurs, les membres de la Diaspora doivent penser plus en termes d’entrepreneuriat et d’autonomie que de se projeter comme simple « gestionnaire ». Mais, l’arrogance doit rester au vestiaire et l’humilité servir de vecteurs de cohésion et de diffusion du savoir. Des procédures permettant de rendre des comptes aux populations et d’assoir la transparence devront rapidement venir structurer toutes ces démarches vers plus de lisibilité pour faciliter la création de valeurs avec les transferts des fonds de la Diaspora togolaise.

9. GUICHET UNIQUE DE LA MIGRATION : COULOIRS DE MIGRATION ET POLE D’IMMIGRATION

En 2013, plus de 20 millions d’Africains vivaient à l’extérieur de leur pays d’origine. Avec les problèmes de chômage, de manque de liberté d’entreprendre, mais surtout par manque d’opportunités, l’essentiel de cette migration s’explique par des raisons économiques, les conflits armés et les déplacements de population pour occuper leur sol. En réalité et selon la Banque mondiale, les migrations des Africains au sud du Sahara se font en Afrique. Sur les 20 millions de ressortissants d’Afrique subsaharienne qui vivaient à l’extérieur de leur pays d’origine en 2013, 13 millions sont restés en Afrique. Contrairement aux idées reçues en Occident, il y a des incitations à la baisse des salaires. La course vers le bas des salaires et le paiement des droits sociaux ont conduit, certains chefs d’entreprises (en Occident comme en Afrique) à ne recruter que du personnel issus de l’immigration et sans droits. Il faut prendre en considération un double phénomène :

  • Les couloirs de migration en Afrique avec la Côte d’Ivoire et le Nigeria comme des points d’arrivée en Afrique de l’Ouest ; et
  • Les pôles d’immigration du fait de la taille et de l’importance des opportunités offertes, avec là encore la Côte d’Ivoire, le Nigeria donnés en exemple.

Une partie importante de ces migrations en Afrique ont été facilitées par la diffusion du passeport unique dans la sous-région. Mais, certains pays comme le Nigeria qui rencontrent d’importantes difficultés budgétaires, commencent à réfléchir à mettre en place une « taxe » sur l’envoi des fonds des migrants vers leur pays d’origine. Aussi, les dirigeants africains n’arrivent pas à faire une autocritique sérieuse qui leurs permettraient de peser le pour ou le contre sur l’efficacité des dépenses publiques et de la qualité des affectations des fonds levées à partir des taxes, notamment sur les secteurs productifs ou créateurs de valeur ajoutée. La question mérite d’être posée : taxer l’argent de la Diaspora ou l’inciter à réinvestir, à entreprendre et ainsi permettre une gestion plus efficiente de ces fonds par ceux-là même qui cherchent à soutenir le progrès économique tant dans leur pays d’accueil, que dans leur pays d’origine ? Il est toujours préférable que ce soit un marché libre, qui sanctionne la bonne gouvernance et non l’Etat africain.

Rappelons tout de même que selon les statistiques de 2013-2015 de la Banque mondiale, le Togo figure parmi les 10 premiers pays africains au sud du Sahara recevant le plus de transferts d’argent, voir Tableau 6. En poursuivant la comparaison, le Togo occupe la 8e place, le Bénin, la 14e place et la 17e place. Le Togo et le Bénin par exemple sont tributaires de la bonne santé macro-économique et micro-économique du Nigeria. Compte tenu de la récession économique en cours au Nigéria, l’impact sur ces deux pays risquent d’être décalés et les montants des sommes transférés pourraient stagner, voir régresser. Les conséquences au Togo pourraient faire encore grimper le niveau de pauvreté, d’inégalité et d’instabilité dans le pays. Ce n’est pas ce qui permettra d’augmenter sereinement le nombre d’entrepreneurs et d’investisseurs provenant de la Diaspora togolaise.

Classement Pays Flux entrant dans pays d’origine au sud du Sahara 2013-2015, en % du PIB Dont la part provenant des pays au sud du Sahara, 2013-2015, en % du PIB
 1 Libéria 25 10
 2 Gambie 20 18
 3 Lesotho 19 0,01
 4 Comores 18 1
 5 Sénégal 10 3
 6 Cap Vert 9,5 1
 7 Sao Tomé  et Principe 8 3
 8 Togo 7 5
 9 Mali 6 4
 10 Guinée Bissau 4 1
Source : FMI (2016). Afrique subsaharienne. Une croissance à plusieurs vitesses. PER. ASS. Octobre 2016. FMI : Washington D. C., p. 27.

10. CONCLUSION : PROGRÈS ÉCONOMIQUE AVEC LA DIASPORA TOGOLAISE

Les formes de l’alignement et la neutralité coupable d’une partie de la Diaspora togolaise constituent souvent la première étape de la déresponsabilisation et de l’indifférence. Sans une masse critique de Togolais et togolaises pour penser, avoir une vision et de l’éthique, pour s’engager à réaliser un projet en Afrique, les contributions de la Diaspora risque d’être marginale.

Pour soutenir le progrès économique au Togo, il y a besoin d’individus qui offrent des expertises, des alternatives et surtout apportent l’essentiel des technologies fondant la productivité. Il faudra aussi donner des gages d’exemplarité par des facilités fiscales par exemple. Ce sont des conditions objectives pour faire éclore et prospérer l’entreprise en général, celle de la Diaspora en particulier.

Une organisation comme le CMDT propose une banque d’expertise. Mais outre l’expertise ou le métier, c’est bien la capacité d’organisation et une obligation de l’efficacité avec un management opérationnel et efficace qui seront prédominants pour soutenir le développement du Togo et le bien-être des populations togolaises.

Une discipline de groupe avec les « bonnes personnes » au  « bon poste » et surtout un environnement où la vérité des urnes fonctionne ne peuvent nuire au progrès économique. YEA.

26 novembre 2016

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