Togo, Débat sur l’aide publique au développent : Quand Khardiata Lo Ndiaye occulte la corruption et la non reddition de comptes.

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Le Club diplomatique est à sa 6ème édition et vendredi dernier sur le thème « Aide ou partenariat au 21è siècle, entre idées reçues et nouveaux paradigmes ». Si des questions d’ordre général relatives à l’ Aide publique au développement (APD) ont été abordées, nous estimons que l’essentiel n’a pas été dit ou a été occulté. La corruption qui plombe cette aide, sa gestion, l’absence de reddition de comptes et la corrélation entre l’APD et les Accords de partenariats économiques (APE).

Togo, Débat sur l’aide publique au développent : Quand Khardiata Lo Ndiaye occulte la corruption et la non reddition de comptes.

« L’aide publique au développement est souvent perçue comme peu efficace, ses justificatifs parfois douteuses et elle rime pour certains avec gaspillage de l’argent du contribuable », a ainsi planté le décor Khardiata Lo Ndiaye, Représentante résidente et coordonnateur du système des Nations-Unies au Togo. Elle s’est demandé pourquoi la majorité des pays subsahariens se débattent-ils dans un cycle sans fin de maladies, de pauvreté et de dépendance, malgré le fait qu’ils ont reçu plus de 300 milliards de dollars depuis 1970. Mme Lo Ndiaye s’est aussi demandé si les donateurs ne cherchent pas à promouvoir leurs intérêts commerciaux ou géostratégiques, ainsi que les liens historiques privilégiés. Les enjeux de cette aide sont-ils d’abord sécuritaires et économiques, ou s’agit-il d’un impératif moral et humanitaire ? Là se trouve la question.

Si l’aide était perçue comme une obligation morale du « Nord » vers le « Sud » du fait que « pendant toute la période de l’immédiat après-guerre aux années 60, l’aide se positionne comme instrument privilégié pour la reconstruction économique et le développement, en apportant des financements additionnels  par rapport à la faible capacité d’épargne existante dans les pays en développement. Elle joue un rôle actif pour accélérer les investissements et soutenir la croissance… », cette aide est devenue une politique complexe, prise dans un double inconfort paradigmatique, oscillant entre les intérêts des donateurs et ceux des bénéficiaires.  Pour Mme Khardiata Lo Ndiaye, il existe un nouveau paradigme qui s’explique par le passage d’une relation bailleur-receveur à une relation de partenariat avec les Objectifs de développement durable (ODD), le poids des acteurs privés, une société civile affirmée au Nord et émergente au Sud, l’influence de la diaspora par ses transferts, etc. Et d’ajouter qu’il est temps que les pays africains prennent leur propre développement en charge en s’organisant sur leurs propres ressources, au risque de toujours subir des agendas qui ne sont pas les leurs.

Commentaires

L’accès à la salle nous ayant été refusé au motif que nous n’étions pas invité. Nous  nous sommes basé sur les reportages publiés par « Togo-Presse » et certains journaux privés pour rédiger cet article. A tous les niveaux, nous avons constaté que certains aspects liés à  l’APD ont été occultés. Est-ce à dessein ? Difficile d’y répondre.

Si l’aide publique est souvent perçue comme peu efficace, c’est certainement eu égard à la manière dont elle est gérée sans obligation de résultats et à la complaisance de ceux qui incarnent les institutions dans les pays du Sud. « Certes le détournement de l’APD date de plusieurs décennies. Mais depuis qu’on a commencé à envoyer les Africains pour aider les Africains, le phénomène s’est amplifié. La plupart des fonctionnaires internationaux d’origine africaine sont moulés dans des régimes où la bonne gouvernance n’est pas la norme. Ce qui fait qu’ils ont tendance à fermer les yeux sur des cas de détournement dans les pays où ils travaillent. Ils n’hésitent pas à s’associer à des projets n’ayant aucun réel changement sur le quotidien des populations », explique un économiste togolais qui cite le cas du PNUD au Togo.

En effet, s’il est un ministère qui profite démesurément des largesses du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) au Togo, c’est bien celui du Développement à la Base, de l’Artisanat, de la Jeunesse et de l’Emploi des jeunes. PROVONAT reconverti en ANVT, FAIEJ, PSAEG, PRADEB, ANADEB, FNFI et ses ailes marchantes que sont APSEF, AGRISEF, AJSEF, PDC, PDC-L, FADEB et pleins d’autres projets dont les noms se ressemblent sont les initiatives prises par la ministre du Développement à la Base. Dans les divers rapports d’activités dudit ministère, il n’a été fait cas nulle part d’un audit d’une structure externe pour vérifier la conformité des chiffres avancés. Pas de trace des remboursements effectués par les bénéficiaires de crédits alloués, et pourtant, Dieu seul sait que les montants prêtés sont colossaux. Il est vrai que les engagements du PNUD envers ce ministère sont destinés à faire avancer le pays, mais lorsque le PNUD n’exige pas d’audit, on peut aisément douter de la rigueur dans la gestion. Comment alors le pays peut se développer ?

Un autre pan de la thématique occulté est la lutte contre la corruption. L’Afrique en général et le Togo gagneraient à se faire aider dans la lutte contre la corruption. Des études ont montré que l’Afrique et le Togo perdent plus en flux financiers illicites qu’en réception de l’aide publique au développement, et ajouté à ces pertes les envois de la diaspora en argent, le Togo ne se porterait pas plus mal si des mécanismes pourraient lui permettre d’endiguer le fléau des flux illicites sans plus bénéficier de l’APD.

Le dernier point, mais pas des moindres est la corrélation entre l’APD et les Accords de partenariat économique (APE). Mme Lo Ndiaye a parlé d’un passage de relation bailleur-receveur à celle de partenariat avec les ODD. Comment peut-il en être ainsi lorsque l’APD est conditionnée par d’autres préalables ?

Il nous souvient que dans les relations commerciales entre l’Union européenne et les pays de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), des accords commerciaux visant à développer le libre échange entre l’Union européenne et les pays dits ACP (Afrique, Caraïbes et Pacifique) devraient être signés. Les  Caraïbes ont signé l’accord complet depuis 2009 et 13 des 15 Etats de la CEDEAO l’ont également signé. Mais de plus en plus de voix s’élèvent pour dénoncer les conséquences de cet accord qui risque d’enterrer le peu d’économie que les Etats ACP tentent de mettre sur pied. Des chiffres indiquent que de la Convention de Lomé à l’Accord de Cotonou, la part des exportations des pays ACP vers l’UE a décru de 7% en 1975 à 3% en 2009. Mais que se passera-t-il lorsque les barrières douanières seront totalement abattues entre les deux blocs ? Une compensation par une aide au développement est proposée, mais d’un montant très loin des attentes des pays ACP. Or, il apparaît que « l’aide au développement pourrait diminuer en cas de refus des accords APE », faisant ainsi un lien entre des accords « commerciaux » et l’appui au développement, prévient-on.

Octobre prochain est le délai à ne pas franchir. Mme Khardiata Lo Ndiaye ne gagnerait-elle pas à communiquer franchement sur les implications de la non-signature des APE sur l’APD ? De cela, les Togolais ont vraiment besoin. Lorsque la représentante résidente dit que l’APD fait du surplace et qu’elle devient une politique complexe, prise dans un double inconfort paradigmatique, ne suffirait-il pas de dépolitiser les objectifs de cette aide pour qu’elle retrouve le but premier pour lequel elle est accordée ? Quand des considérations politiques conduisent l’utilisation de l’APD, lorsque le ciblage des opérations à mener tient compte de considérations autres qu’humanitaires, sans possibilité de reddition des comptes, il est normal que les donateurs montent au créneau pour se faire entendre.

Les relations incestes n’ont jamais fait prospérer les Etats. Les pays africains disposent de ressources, mais l’un des handicaps majeurs dont souffre le continent est la rigueur dans la gestion. Mme Khardiata Lo Ndiaye gagnerait en crédibilité en appelant un chat un chat.

Source : Godson K., Liberté

27Avril.com