Togo, Braquage du 28 septembre 2014 à l’aéroport de Lomé : Secrets dévoilés d’un vol public.

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Vidéosurveillance coupée, Un journaliste a filmé les malfrats

Aéroport International Gnassingbé Eyadema de Lomé, un dimanche de septembre. Les spectateurs du « film » au programme ce matin-là continuent de réclamer la suite. De même, tous ceux qui en ont entendu plus tard parler, peinent encore à croire que les autorités en charge de la sécurité au Togo leur envoient ainsi le message du genre « imaginez la suite » de ce qu’il est convenu d’appeler « Braquage du 28 septembre 2014 à l’aéroport de Lomé ».

Togo, Braquage du 28 septembre 2014 à l’aéroport de Lomé : Secrets dévoilés d’un vol public.

Revoilà donc septembre, le mois d’une triste commémoration. Alors que les enquêtes tardent à livrer les conclusions de ce dossier qui depuis ses premières heures intéresse à plus d’un titre notre Rédaction, PANORAMA revient ainsi interpeller tout bon sens pouvant aider au jaillissement de la lumière dans cette affaire des  « caméras aveugles » dans la « Faureteresse » qui dirige le Togo.

Deux années se sont écoulées mais cette rocambolesque prestation dominicale offerte aux togolais, au nez et à la barbe des forces de sécurité présentes sur les lieux, laisse toujours dans les esprits avisés plusieurs traces d’un hold-up ayant tout sauf d’ordinaire. Un camion convoyeur de fonds a été attaqué sur le parking de l’aéroport avec des armes automatiques, semant tristesse et désolation au sein des paisibles citoyens des quartiers environnants.

Les braqueurs venaient ainsi de s’accaparer de près de Trois Milliards de francs CFA -l’argent des commerçants-, au terme de plus d’un quart d’heure de coup de feux. Pertes en vies humaines, blessés et dégâts matériels seront au compteur du bilan affreux, dressé à la Télévision nationale (TVT), au soir de l’événement dont nombre d’analystes ne cessent de trouver les complices et commanditaires dans la maison du Prince au Pouvoir.

Togo, Braquage du 28 septembre 2014 à l’aéroport de Lomé : Secrets dévoilés d’un vol public.

Si les malfrats, à visage découvert, armés de Kalachnikov et ayant utilisé des motos dans leur fuite, ont réussi à aveugler les caméras dudit aéroport, ils n’avaient malheureusement pas eu la chance d’échapper à la vigilance de notre journaliste qui était comme par enchantement dans les environs ce jour-là. Diable, ce journaliste qui a pu filmer une partie de la funeste opération ! Il sera d’ailleurs vivement inquiété par la suite, sa sécurité sérieusement menacée par des individus jusqu’alors difficilement identifiables, au point où il a dû prendre la poudre d’escampette. Il en est de même pour l’un de ses collègues avec qui il était en passe de publier un documentaire télévisé avec en toile de fond ledit braquage, d’autres plus antérieurs et l’absence de la vidéosurveillance aux divers endroits stratégiques de la capitale. Nos parutions prochaines consacreront bien entendu des colonnes aux conditions de réalisation ainsi que les tentatives d’étouffer dans l’œuf, un documentaire dont la publication serait tant redoutée par certains milieux qui en auraient eu de fuites.

Braquage maison : mode d’emploi

Reconnu pour être champion des déclarations pompeuses et des enquêtes ouvertes jamais fermées, le ministre de la Sécurité et de la Protection Civile fait une brève apparition dans la soirée de ce dimanche sur les écrans de la télévision nationale, se perdant dans des démonstrations a peine convaincantes ; une sortie médiatique qui n’avait de mérite que de confirmer ce que beaucoup savent déjà : « Des commerçants qui s’apprêtaient à partir ont été attaqués par trois individus armés de kalachnikov. Deux se sont introduits dans le parking et l’autre s’est positionné sur le boulevard de la paix en couverture. C’est un acte de banditisme que nous vivons depuis un certain moment et nous devons tout mettre en œuvre pour mettre hors d’état de nuire ces individus sans foi ni loi. Nous déplorons deux (2) morts, cinq (5) blessés et une somme importante d’argent emporté par les braqueurs », fit Yark Damehame, le Colonel-Ministre qui a communiqué à l’opinion des numéros verts, demandant ainsi à la population de dénoncer ces personnes qui, selon lui,  »se cachent sûrement quelque part ».

Togo, Braquage du 28 septembre 2014 à l’aéroport de Lomé : Secrets dévoilés d’un vol public.

Cependant, si la curieuse impuissance flagrante des hommes en treillis, pourtant visibles de jour comme de nuit dans ce coin stratégique de la capitale, ne cesse d’interpeller l’intelligence de tout observateur, nos investigations -toujours en cours- révèlent, de sources judiciaires, que le système de vidéosurveillance des lieux n’a pas fonctionné durant la matinée de ce jour-spectacle. Qui l’aurait coupé ?

Question à laquelle les confidences du coopérant militaire européen avec qui nous échangions sur le sujet, n’ont pu malheureusement répondre : « Au cours de l’instruction, sur insistance et plusieurs relances des magistrats pour avoir accès aux enregistrements de cette journée, ces derniers ont dû se rendre à l’évidence que les caméras ont tourné à vide ! Elles montrent des images noires durant plusieurs heures de cette matinée (…). Seules des images de la soirée ont été visibles », lâche ce Spécialiste des Opérations de la sécurité aéroportuaire, qui a requis l’anonymat, avant de conclure dans un scepticisme : « Cette opération de vol bénéficiant de contours bien trop sensibles, je n’en imagine pas un aboutissement des enquêtes. Même s’il y en aura, elles ne porteront guère les critères d’une enquête sérieuse », affirme-t-il sous le discret micro du journaliste.

Les sérieux doutes de notre éminent interlocuteur quant aux éventuels résultats de ces enquêtes, déjà mal parties, sont bien la confirmation de l’habitude du Pouvoir de Lomé à ne faire aboutir des enquêtes que lorsque les conclusions de ces dernières leurs sont favorables. Cet état de choses semble donner raison aux diverses plumes qui avaient déjà indexé certains officiers de l’Armée togolaise d’être les commanditaires proches ou lointains de coup diurne du 28 septembre 2014.

Regard d’un Juriste averti…

Ayant réussi à obtenir la libération des quatre personnes de nationalité nigériane arbitrairement arrêtées par la Police et placées en détention, l’universitaire et Avocat Zeus Ajavon a animé une conférence de presse à Lomé, au cours de laquelle il affirme publiquement : « J’ai démontré par A+B que ces gens n’ont rien à avoir avec le braquage de l’aéroport… Les coupables sont ailleurs ».

Selon l’éminent juriste, ces Nigérians qui avaient été présentés comme les auteurs dudit braquage et condamnés dans un simulacre de procès, sont simplement victimes de la  « stratégie du Pouvoir de Lomé à couvrir les vrais auteurs des crimes », rappelant le fait qu’au Togo, souvent, les enquêtes dont les résultats n’arrangent pas le pouvoir ne sont jamais terminées, et si elles le sont, les  éléments versés au dossier n’ont de valeur que celui qui les a fournis.

Togo, Braquage du 28 septembre 2014 à l’aéroport de Lomé : Secrets dévoilés d’un vol public.

Aussi, Me Zeus Ajavon avait-il estimé que les vrais auteurs sont protégés par le régime en place. Et pour cause, l’aéroport est un endroit stratégique et l’un des plus protégés du pays : « A l’aéroport de Lomé, il y a plusieurs corps de l’armée (la base aérienne, la sûreté aéroportuaire, plus de trois commissariats de police à moins de dix minutes des lieux,  une compagnie de la gendarmerie sans compter les unités chargées de la surveillance), mais les gens ont tiré une demi-heure durant, sans leurs interventions ni ripostes », a souligné l’avocat.

L’autre fait révélateur de la protection dont bénéficient les vrais auteurs de ce braquage est que les images des caméras de surveillance n’ont jamais été exploitées par la Police ; et cela, Me Ajavon en parle en ces termes : « Deuxième chose suspecte, il y a des tas de caméras de surveillance installées à l’ aéroport. Les malfrats ont opéré à visages découverts. Ils ont emprunté le boulevard du Haho et ont tiré encore au carrefour de Hédzranawoé où sont installées trois grandes banques, elles aussi équipées de caméras de surveillance. Mais les vidéos n’ont pas été versées au dossier », s’est-il désolé, avant d’évoquer un autre élément : « Il doit y avoir des empreintes digitales, les motos qui ont servi de moyens de locomotion aux braqueurs sans gants de protection ayant été retrouvées ainsi que la maison à partir de laquelle ils auraient planifié le crime ».

Togo, Braquage du 28 septembre 2014 à l’aéroport de Lomé : Secrets dévoilés d’un vol public.

Tous ces éléments ont évidemment contribué à la libération de ces  « innocents nigérians », même s’ils sont toujours sous contrôle judiciaire.

Les autorités togolaises ainsi que leurs services des renseignements donnent l’impression d’avoir démissionné devant un réseau de  »voleurs privilégiés » qui opèrent impunément, semant terreur et désolation, emportant de colossales sommes d’argent, dans le Togo d’un Faure Gnassingbé qui a pourtant la réputation d’un pays hautement surveillé, et où les communications téléphoniques des citoyens sont, pour un oui ou pour un non, mises sur écoute.

Source : Panorama 375 du 28 septembre 2016

27Avril.com