Togo : A chacun son retour triomphal

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« II y a plus de gloire à faire des actions utiles qu’à participer aux actions les plus éclatantes » – Simon de Bignicourt

En délicatesse avec Yawovi Agboyibo qui se présente comme le « Président Fondateur » du Comité d’Action pour le Renouveau (CAR), Dodji Apevon, président national du parti, a été éjecté par les présidents des fédérations lors d’une rencontre organisée le 22 octobre 2016 à Lomé. Un comité ad hoc a été mis en place avec pour mission d’organiser dans un délai de 60 jours, un congrès extraordinaire en vue du renouvellement des membres des organes nationaux « tombés dans un vide statutaire ».

Togo : A chacun son retour triomphal

Dodji Apévon qui a toujours dénoncé des « manigances » de Yawovi Agboyibo, tente de retourner la situation en sa faveur. De retour de voyage hier, il a organisé une démonstration de force à l’aéroport de Lomé où il a été accueilli par une foule de militants et de sympathisants en liesse qui l’ont porté en triomphe. Une scène qui n’est pas sans rappeler les « retours triomphaux » comme on en a connu au Togo.

De Gnassingbé Eyadema à son fils Faure en passant par Gilchrist Olympio ou Jean-Pierre Fabre, chaque homme politique togolais a eu à organiser son « retour triomphal ». C’est Gnassingbé père qui avait donné le la en 1974 à la suite du fameux attentat de Sarakawa pour célébrer sa victoire sur les impérialistes. Tout de blanc vêtu, le « miraculé de Sarakawa » a été ovationné par la population de Lama-Kara à Lomé. « L’accueil de la capitale, le 2 février 1974, fut haut en couleur, indescriptible. Pour l’accueillir, les Loméens, ivres de joie, étaient grimpés sur les toits, sur les arbres. Les femmes pleuraient. Les rues étaient noires de monde ; des enfants agitaient des drapeaux : Vive Eyadema ! La foule était si grande qu’on eût cru que tout le pays se fut assemblé pour voir l’entrée du Rédempteur à Jérusalem. La liesse du peuple a dépassé toute mesure », raconte Me Siméon Kwami Ocansey dans son livre « Si Eyadéma m’était conté ».

Ces moments de gloire, Gilchrist Olympio aussi en avait connu. Opposant farouche à Gnassingbé Eyadema, chaque retour de l’enfant prodige au pays est ponctué d’un accueil délirant. Une marée humaine et hystérique l’accompagnait de la frontière du Ghana jusqu’à son domicile. Son retour paralysait toute la ville de Lomé. Beaucoup d’eau a coulé sous le pont. Aujourd’hui l’opposant historique n’est que l’ombre de lui-même.

En décembre 2012, Faure Gnassingbé emboita le pas à son père en organisant à son tour son « retour triomphal ». Alors qu’il était en visite d’Etat en Israël, de folles rumeurs annonçant son décès s’étaient répandues comme une trainée de poudre dans tout le pays. Pour démontrer aux Togolais et à ses détracteurs qu’il est bien vivant et pète la grande forme, à son retour, il a été accueilli par une foule de militants et de curieux qui s’est massée le long de l’itinéraire jusqu’à son domicile. Il a alors marché pendant de longues minutes, de l’aéroport vers le marché de Hedzranawoé, ovationné par la foule.

Le leader de l’Alliance nationale pour le changement (ANC) Jean-Pierre Fabre n’est pas en reste. En juillet 2015, Jean-Pierre Fabre qui revenait d’une tournée européenne, a été accueilli par une foule de militants. S’est ébranlé un long cortège de conducteurs de taxi-moto et de militants de l’aéroport de Lomé jusqu’à son domicile à Kodjoviakopé. « Vous voyez, c’est un accueil digne d’un président de la République. Allez dire à ceux qui ont pris ce pays en otage que le vrai président est de retour », s’était même permis un militant.

Du côté des opposants, ces « retours triomphaux » ne sont que des « coups médiatiques » qui n’apportent malheureusement aucune plus value à la lutte démocratique…

Source : Médard Amétépé, Liberté

27Avril.com