Sous-exploitation du potentiel humain : L’autre inquiétude du Prof. Kako Nubukpo

18

Professeur, ancien ministre, Directeur de l’Economie et du Numérique à l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF), il est plus connu par son discours discourtois contre le Francs CFA et le monopole détenu par la France sur cette monnaie dite « colonialiste ». La pertinence des analyses de Kako Nubukpo sur l’orientation des économies africaines n’est plus à démontrer.

Le Togo, comme nombre de pays francophones d’Afrique subsaharienne, n’est pas exempte de la sous exploitation de ses potentialités. L’ancien ministre togolais de la Prospective et de l’Evaluation des Politiques publiques a de nouveau ruminé cet aspect des choses dans une interview accordée à Togo diaspora news.

Au Togo, par exemple, la population active est dans l’ordre des 60%, sur fond d’un énorme taux de chômage que les campagnes politiques axées sur la promotion de entrepreneuriat peinent à absorber.

Pourquoi se satisfaire des «potentialités» de nos pays, si le premier facteur devant contribuer « aux réalisations concrètes » est sous-exploité ? Le professeur Kako Nubukpo fustige la mauvaise gouvernance :

« Cela fait maintenant quasiment un siècle que nous produisons des techniciens, des ingénieurs et des intellectuels. Malheureusement, tous les investissements que nos Etats ont consacrés à la formation ne sont pas toujours suivis d’effets pour une multiplicité de raisons : les intellectuels préfèrent rester hors d’Afrique, une faible part du potentiel humain utilisé à cause d’un problème de mauvaise gouvernance où il n’y a pas forcément une allocation optimale sur les postes que les diplômés mériterait d’occuper. », a-t-il démontré.

Pour l’homme, les responsables jouent sur des « excuses faciles », où les discours de bonnes intentions habillent la mauvaise foi des uns et des autres. Ils ont du cran devant le matraquage sur la limitation des mandats, mais passifs quand il s’agit de restructurer l’économie des pays en vue d’un vrai décollage économique.

« J’ai toujours pensé que c’était une excuse facile. C’est une réalité historique et nous sommes indépendants depuis 56 ans. Je vais être, à dessein, provocateur : on nous impose aussi la limitation des mandats, des élections libres et transparentes, mais nous n’hésitons pas à bafouer ces principes. En vérité, nous n’avons pas voulu ou su faire la transformation structurelle des économies africaines. En d’autres termes, nous n’avions pas accepté que dans tout processus de développement, il y a des moments difficiles ; étape intermédiaire mais incontournable pour que demain, vous auriez les standards de consommation et de production à partir de l’offre locale. Et s’inscrire ainsi de manière positive dans l’économie internationale à l’instar des asiatiques », a établi l’ancien ministre.

A l’opposé de ces pays d’Afrique francophone à la traîne, « Les pays des Grands Lacs, en particulier le Rwanda ou l’île Maurice » paraissent de bons élèves, selon l’économiste.

Afro-réaliste, Kako NubuKpo cite Carlos Lopez, secrétaire exécutif de la Commission Economique pour l’Afrique selon qui : «Nous avons trop l’habitude de célébrer nos potentialités, il faut plutôt célébrer les réalisations concrètes ».

A. Lemou

icilome.com