Priorité mal placée et folie des grandeurs de Faure : Malgré la non-contribution de l’UA, le Togo finance le sommet sur la sécurité maritime. Un machin budgétivore non prioritaire et à issue douteuse !

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Cette fois-ci sera-t-elle la bonne ? Déjà reportée par deux fois de suite pour des raisons que seuls les organisateurs auront sur la conscience, la tenue du sommet sur la sûreté, la sécurité maritime et le développement en Afrique se prépare comme si avec son organisation, la situation socioéconomique du Togo connaîtrait un léger mieux.

Priorité mal placée et folie des grandeurs de Faure : Malgré la non-contribution de l’UA, le Togo finance le sommet sur la sécurité maritime. Un machin budgétivore non prioritaire et à issue douteuse !

Alors que les informations distillées par le gouvernement font penser que c’est sur le budget exclusif de l’Etat togolais que sera financée cette rencontre. Les clignotants que renvoient les secteurs sociaux et économiques sont loin d’être rassurants. Mais c’est à croire que pour le chef de l’Etat, seul compte le prestige personnel qu’il compte tirer de ce rassemblement dont le nombre de participants a déjà baissé de 2/5.

Les citoyens seront-ils interdits de marche jusqu’à la fin du prochain sommet sur la sécurité maritime ? Le confinement des employés de l’hôtel de la Paix mercredi dernier dans l’enceinte du ministère du Tourisme montre bien que plus la date approche, moins les autorités sont enclines à respecter la liberté de manifestation. Sur 190 employés auxquels l’Etat togolais doit un peu plus d’un milliard de FCFA comme dette sociale, 61 ont déjà trépassé sans avoir été réglés. Apparemment les caisses de l’Etat ne permettent pas ce décaissement.

Il n’est plus possible aujourd’hui aux Togolais de se faire faire des analyses d’électrocardiogramme, de fibroscopie, de scanner et d’autres encore sans se rendre dans des cliniques privées, les centres de référence du pays étant incapables de réparer ses appareils, faute de fonds disponibles.

Depuis quelques années, les recettes du pays n’ont pas permis aux structures de protection sociale de constater la bonne volonté de l’Etat togolais à honorer ses engagements vis-à-vis de la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) et de la Caisse de retraite du Togo (CRT). On parle d’une dette de plus de 50 milliards de FCFA.

Il y a quelques semaines, des enseignants regroupés au sein d’une association ont brandi la menace d’une grève à la rentrée prochaine à cause du refus de l’Etat togolais de leur verser leurs droits. Or, la date de cette rentrée est virtuellement fixée au 26 septembre prochain. La probabilité est très forte que les autorités, dans le but de ne pas enregistrer de mouvements sociaux, surtout de la part des enseignants, décident de prolonger les vacances jusqu’après le sommet. A moins qu’elles se décident à régulariser la situation des enseignants.

C’est dans ce cumul de désintérêt de l’Etat à l’endroit des secteurs sociaux que se prépare un sommet dit « de sûreté, de sécurité maritime et de développement de l’Afrique ». Et les autorités ne font pas dans la dentelle pour assurer le plein succès à la rencontre.

Déjà reporté le 17 septembre 2015 par un communiqué selon lequel « le conseil des ministres a décidé, après le constat de l’état d’avancement des travaux à divers niveaux, de reporter la rencontre internationale sur la sécurité maritime à une date ultérieure. L’objectif de ce report est de mieux préparer la rencontre pour atteindre les objectifs poursuivis », les Togolais ont assisté à son deuxième report dont la décision serait prise à l’issue de la conférence des chefs d’Etat de l’Union Africaine (UA) tenue à Adis Abeba en Ethiopie le dimanche 31 janvier 2016. Deux reports issus de deux instances qui démontrent à suffisance que le nom de l’UA servirait de faire-valoir. Une autre preuve supplémentaire si besoin est, demeure les explications de l’ancien ministre Adji Otèth Ayassor devant les députés lors de la présentation du collectif budgétaire sur la loi de finances gestion 2015. « Le principe au niveau de l’Union africaine est que lorsqu’un pays organise un sommet de ce genre qui ne rentre pas dans le programme d’action de l’institution continentale, il en supporte seul les charges ». En français facile, c’est le Togo seul, pays « en bonne voie de surendettement » avec un ratio de 61,9% du PIB selon le FMI, qui fera face aux charges induites par l’organisation du sommet !

Pour quelle ardoise ? Telle est la question qui doit interpeller les Togolais. Combien coûtera ce sommet, et pour quelles retombées économiques ?

Pour endormir le peuple, il a été avancé dans un premier temps un budget de 500 millions FCFA. Mais très vite, on a découvert que l’addition sera plus salée. La note a été multipliée par onze, certainement après que les autorités se seraient entendu clarifier la situation par l’UA. Désormais, il est question de 5,5 milliards de FCFA. Et ce n’est pas fini. Des informations très crédibles avancent une note beaucoup plus douloureuse, soit 13 milliards de FCFA pour un sommet de cinq jours. « Qui ne dit mot consent », prévient l’adage. Les autorités en charge de l’organisation (billets d’avion, hébergement, déplacement, transport, per diem) ont la liberté, voire l’obligation de communiquer sur la note réelle que coûtera cette rencontre, au risque de voir chaque citoyen supputer là-dessus. Surtout que le taux de participation fait du yoyo.

En effet, avant que le pays ne soit couvert de la première « honte diplomatique » en septembre 2015, il était annoncé « plus de 5000 officiels des 54 pays d’Afrique ». Et la ministre Cina Lawson avait blagué les propriétaires d’hôtels par des visites à faire croire à des retombées jamais espérées. Mais la semaine dernière, le site du gouvernement a procédé à un double exercice par « du mensonge dans la vérité ». « L’Union africaine et le gouvernement togolais organisent le 15 octobre prochain à Lomé un sommet sur la sécurité maritime. Sont attendus des dizaines de chefs d’Etat et près de 3.000 participants ». Le mensonge est que ce n’est pas l’UA qui organise la rencontre ; et la vérité se trouve dans les « près de 3000 participants ». Pour qui connaît ce site du gouvernement, « plus de 2000 participants » serait identique à « près de 3000 participants ». Mais une chose est désormais évidente, le sommet tant attendu n’attirera pas autant de monde que celui annoncé au départ. Au moins les 2/5 ne viendront pas.

S’il est une vérité qui pourrait plomber la rencontre de Lomé, c’est bien l’information relayée le 27 avril 2016 par RFI sous le titre : « Les actes de piraterie maritime de plus en plus sporadiques ». Le sommet se tiendrait dans un pays pétrolier qu’on ne trouverait pas grand-chose à redire. Le Bureau maritime international (BMI) a relevé en guise de résultats « 37 actes de pirateries et vols sur les bateaux dans le monde entier depuis le début de l’année contre 54 à la même époque en 2015 ; beaucoup moins de prises d’otages qu’au début de la décennie : le BMI en a dénombré trois, mais deux d’entre elles se sont déroulées dans le Golfe de Guinée, en face des côtes nigérianes et ivoiriennes. Quarante-quatre marins ont été capturés depuis le début de l’année. Dans la ligne de mire des pirates, l’industrie pétrolière : bateaux siphonnés mais aussi attaque de navires d’assistance, ou de transports logistiques. A ce stade, aucun pétrolier détourné dans la zone Asie-Pacifique depuis quatre mois. L’inquiétude demeure toutefois aux Philippines, avec trois attaques menées récemment et une prise d’otage, ayant perturbé le commerce du charbon entre l’Indonésie et les Philippines. Le BMI incite à la plus grande prudence entre le sud des Philippines et l’est de la Malaisie. Le groupe Abu Ayaf ayant fait allégeance à l’organisation de l’Etat islamique est soupçonné de détenir 18 marins indonésiens et malaisiens ». L’absence de l’UA dans l’organisation de ce sommet s’expliquerait donc. Que cherche le Togo, pays non-pétrolier, en acceptant puiser dans ses maigres ressources pour faire tenir une pareille rencontre sur son sol ?

L’orthodoxie budgétaire sera une fois encore bafouée juste pour l’honneur d’un seul homme, pendant que des citoyens dont beaucoup décèdent, attendent que l’Etat togolais honore ses engagements à leur endroit. La dette du Togo – préfinancements non compris – est prévue pour atteindre au moins 63% l’année prochaine, selon les prévisions du FMI. La rentrée prochaine est loin d’être garantie à cause des impayés aux enseignants. Le pays est au ralenti pour cause de sommet sur la sûreté, la sécurité maritime et le développement. On parie à 200% que pour la énième fois, le projet de budget ne sera pas sur la table des députés, 45 jours avant la fin de l’année, toujours au nom de ce sommet. Aujourd’hui, l’Etat autorise les opérateurs de téléphonie d’aller au 4G, juste pour faire paraître le Togo sous ses meilleurs atours. Autant de scènes et d’actes parachutés rien que pour un sommet dont le plein succès est loin d’être garanti. Pour quelles retombées économiques ?

Source : Abbé Faria, Liberté

Titre : 27avril.com

27Avril.com