Togo : un pays en mode « pilotage automatique ». Une révoltante déception !

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Tous les espoirs se sont taris, les excuses intolérables, et les justificatifs incohérents. La réalité parle d’elle-même, ce que vivent les togolais, ce qu’observent les étrangers sont loin de refléter un pays normal. Le navire chavire dangereusement, le capitaine semble incapable d’éviter la catastrophe. C’est l’image du Togo depuis le début de cette année 2017.

Togo : un pays en mode « pilotage automatique ». Une révoltante déception !

Tous les secteurs sont infectés par le virus de la contestation, de la grogne, de l’angoisse et de la révolte. Les dirigeants, dans une indifférence désinvolte sont comme enkystés dans une résistance bactérienne à les faire céder le plancher. Les problèmes des togolais sont aujourd’hui colossaux, les solutions ne semblent pas exister et chacun va de sa façon de la gérer. Un pays comme en mode pilotage automatique qui attend la chute fatale.

Le front social en ébullition au Togo.

L’augmentation du prix des produits pétroliers a entrainé de gigantesques mouvements de rue ; ailleurs, la récurrente grève des enseignants et ses conséquences : des élèves qui sont en débrayage dans la rue, dans toutes les villes du Togo, pour exiger les cours non faits. Le Togo, c’est aussi la question de la répartition inéquitable des richesses nationales avec une main basse de la minorité pilleuse de Faure Gnassingbé. Rubrique politique, les réformes sont constamment renvoyés, aucune volonté politique pour les opérer, situation qui alourdi l’atmosphère politique avec en toile de fond, la hantise d’un probable quatrième mandat de Faure Gnassingbé. Le Togo, c’est aussi le malaise dans le secteur de la presse.

Les récentes décisions de la HAAC de suspendre les chaînes privées LCF et City FM et les conséquences des menaces contre la liberté de presse ont fait dégringoler le Togo en matière de liberté. Volet économique, c’est le désastre. Dernière, l’OTR qui a vu son patron Rwandais, Henri GAPERI, soupçonné d’avoir saigné à blanc toute une économie togolaise, qui après avoir été viré est allé comme pour narguer le contribuable présenter un profil provocateur aux côtés du Chef de l’Etat. Du côté du gouvernement, c’est le silence total, à part quelques ministres, plutôt indélicats qui exacerbent la crise, alors que les institutions baignent dans une léthargie implacable. Les conditions sont donc réunies pour attiser une tension sociale qui prend forme, avec la fluidité au niveau de la mobilisation avec les réseaux sociaux. Le mandat social de Faure Gnassingbé ou le troisième quinquennat du Chef de l’État togolais est inévitablement mis à de rudes épreuves avec un pays comme mis en mode pilotage automatique au grand dam d’un mandat social à rude épreuve des résultats inexistants. Du folklore sur toute la ligne.

Le social ! C’est essentiellement autour de ce thème que le Président de la République togolaise Faure Essozimna Gnassingbé a battu campagne lors de la dernière élection présidentielle au Togo. Le fils du général Gnassingbé Eyadéma avait déclaré faire de son 3ème quinquennat, un « mandat social ».

Des programmes et autres projets sociaux ont été lancés par le pouvoir de Lomé dont le plus connu, reste le Programme d’Urgence de Développement Communautaire, (PUDC).

Mais le hic, le mandat dit « social » du Chef de l’État togolais se révèle être un mandat de toutes les contestations sociales et de tragédies. Il y a un an se posait le problème de la réhabilitation des aires protégées à Mango qui a fait plusieurs victimes et une vague d’arrestations. Les principaux frondeurs n’ont été libérés que la semaine dernière. Mais cela n’a pas pour autant fait baisser la tension puisque d’autres faits font monter la pression et les contestations ont pris une dimension effroyable.

Enseignants et élèves dans le désarroi

Bien qu’elles soient antérieures à l’annonce du mandat social de Faure Gnassingbé, les revendications des enseignants n’ont toujours pas connu ne serait-ce qu’un début de solution. Et comme tous les analystes ont pu le constater, le gouvernement togolais, plutôt que de régler la crise, se complaît dans le dilatoire et dans des menaces proférées à l’encontre des enseignants. Des promesses non tenues, des assisses ou dialogues qui ne donnent aucun résultat, des menaces de licenciement des enseignants grévistes de la fonction publique, etc. endurcissent le ton de la contestation. Conséquence logique: les enseignants se braquent et multiplient les mouvements d’humeur. La grève se conforte dans une verticale impasse. Que ce soit la Coordination des syndicats de l’éducation du Togo (CSET) ou la Fédération des syndicats de l’éducation nationale (FESEN), ces deux regroupements d’enseignants, sont déterminés à aller jusqu’au bout de leurs revendications et refusent ouvertement la trêve de deux semaines demandée par le gouvernement togolais. Et là, c’est l’éducation des élèves qui en pâtit.

Ainsi, pour ne pas laisser leur avenir qui déjà se dessine en pointillé, se dégrader, les élèves descendent dans les rues pour réclamer les cours non faits en période de grève.

La semaine dernière, les élèves de Lomé, Tsévié, Afagnan, Atakpamé, Dapaong etc. ont pris d’assaut les rues de ces différentes villes. Les mouvements d’humeur prennent d’ailleurs une allure inquiétante et le risque d’embrasement est grand. Car, d’autres villes comme Tchamba, Siou, Wahala, Korbongou, Amou Oblo, Mango, Tabligbo, etc. sont rentrées dans la danse de la contestation. Des débrayages d’élèves dans la rue qui rappellent de très mauvais souvenirs avec la mort de Anselme et Douti, il y a quatre ans déjà et dont les stigmates restent dans les mémoires des togolais. Ils étaient deux élèves froidement abattus le 15 avril 2013 par les forces de sécurité à Dapaong alors qu’ils manifestaient pacifiquement pour réclamer leurs enseignants. Que gagne-t-on à faire perdurer cette crise au niveau de l’éducation ? La grève des enseignants : à qui profite le crime ? Des questions qui demeurent sans réponses pendant que le gouvernement togolais vient enfoncer le clou le 28 février dernier.

Hausse du carburant, le suicide gouvernemental…

D’une rumeur, l’information devient vite clameur. Les Togolais ont tout simplement constaté au matin du 28 février, l’augmentation des prix des produits pétroliers à la pompe. Irrités, ils ont considéré cette deuxième augmentation à l’intervalle d’un mois comme une injure et une insensibilité du gouvernement à l’état de pauvreté extrême de la population. Une situation qui a engendré un mouvement spontané dans la capitale. Plus jamais Lomé n’a connu une telle manifestation de la colère. Bilan : un mort du nom de Alabi Nadjinoudine, tué par balles par des militaires togolais, plusieurs blessés avec des dégâts matériels. Le décès de ce jeune chauffeur Yorouba a failli basculer le pays dans un véritable chaos.

Plusieurs Organisations des défenses des droits de l’homme et partis politiques ont condamné cette répression qualifiée de « barbare ».

Amnesty International exige de son côté une enquête afin que les responsables de ce crime odieux soient punis.

Une allure économique qui déchante

L’association Veille Economique s’est aussi indignée contre cette augmentation du carburant et dans une analyse, l’expert en économie et finance, Thomas Koumou, président de ladite association, relève les richesses que compte le Togo et qui doivent en principe permettre à ses filles et fils d’être heureux si elles sont bien gérées.

Dans une démonstration, l’économiste dresse un tableau reluisant des richesses minières du Togo : « Pour un pays de 56 000 km² et d’environ 7,5 millions d’habitants, comment peut-on expliquer que ses populations souffrent autant et que les gouvernants puissent malgré les énormes atouts dont dispose le Togo nous dire depuis des décennies que le Togo n’a pas d’argent. Ils sont en plus dans une situation d’inamovibilité à la tête du pays. Substances minérales en réserves par Régions : FER 500 millions de tonnes BASSAR, CHROMITE 50 000 tonnes Monts Ahito et de Farendè, MANGANESE 15 millions de tonnes Nayéga, BAUXITE 1 millions de tonnes Monts agou, PHOSPHATE Plusieurs dizaines de millions de tonnes BASSAR, CALCAIRE 375 millions de tonnes Bassin sédimentaire côtier », peut on lire dans l’analyse de l’économiste Koumou. Il poursuit indiquant que « dans le rapport 2013 de l’ITIE la découverte de ressources minérales prouvées qui ne sont même pas encore exploitées démontre que le Togo souffre d’une mauvaise gouvernance chronique ». L’économiste conclut son analyse avec des remontrances à faire prendre conscience les pilleurs du pays : « ce que l’on arrache à la nature dans la douleur, dans les larmes et par le sang, elle finit toujours quel que soit le souhait des hommes par le récupérer, dans la douleur, dans les larmes et par le sang ».

L’économie togolaise est aux abois. Elle a été malmenée par une gestion impitoyablement corrosive. De l’ancien ministre de l’économie et des finances Adji Otheth Ayassor viré au Commissaire Général de l’office togolais des Recettes, l’économie a été saignée à blanc avec plusieurs soupçons de malversations et détournements restés impunis.

Les douanes et les impôts, principales régies financières du pays sont galvaudées dans une gestion qui a fait fuir les investisseurs. Les auteurs de la manœuvre circulent et cela révolte encore plus les togolais qui veulent en découdre avec l’autorité. C’est l’une des motivations dans la détermination à manifester.

D’autres secteurs névralgiques

La presse togolaise est amère, depuis la fermeture de LCF et City FM par la HAAC. Une décision impopulaire qui a révolté plus d’un restés mobilisés pour la cause de la liberté de presse. C’est ce jour que la chambre administrative de la cour suprême tranche sur le contentieux qui oppose le groupe Sud Média à la HAAC.

Le secteur de la santé est également frappé par des mouvements d’humeur des patients qui vivent dans des conditions insupportables de soins et d’accueil, situation due à l’absence totale des moyens adéquats pour assurer la santé publique. Le CHU de Lomé, le plus grand centre hospitalier est dans un délabrement sans pareil. Les morts se succèdent en toute indifférence.

La question foncière, l’autre nœud gordien. Les expropriations tous azimuts avec les démolitions d’immeubles où habitent des citoyens togolais, les conflits fonciers jugés dans la partialité légendaires des agents de la justice togolaise ne trouvent pas de répondant auprès de l’Etat incarné par le Chef de l’Etat.

Pour l’occasion ce sont les premiers responsables qui sont impliqués dans les conflits et qui s’imposent face aux victimes incapables de compter sur la justice pour se sortir d’affaire.

Le Togo n’a plus de pilote. Le pays est livré aux vautours et aux orties qui le malmènent face à des dirigeants qui ont atteint le seuil de l’incapacité. Lorsqu’on dépasse les bornes, dit-on, il n’ya plus de limite. Les autorités togolaises ont dépassé les bornes de la forfaiture, de la gabegie, de la gestion des crises qui secouent le pays. Il n’y a donc plus de limite.

Les programmes « gouffres » sans lendemain

Les auteurs de la situation actuelle de délabrement du Togo sont ceux et celles qui multiplient des programmes et des projets fantômes qui n’ont d’avenir que dans leurs intérêts à piller le pays. Beaucoup pensent qu’ils le font à dessein, histoire de préparer leur arrière pour succéder in extremis leur mentor au cas où il sera en difficulté de continuer à gouverner.

La principale actrice de l’effondrement sociopolitique et économique du pays se trouve être Victoire DOGBE, la directrice de cabinet du Président et super ministre de tout le développement du Togo (Développement à la base, jeunesse, artisanat, promotion de la jeunesse etc.

Comme si le ribambelle de fonctions ne suffisait pas, dame super ministre s’est mise dans la fabrication des projets et programmes sans lendemain mais qui enrichissent illicitement la ministre et son entourage.

Alors que l’on a clamé avoir résolu le problème de chômage par les multiples boîtes d’outils d’enmplois dénommés ANPE, ANVT, PROVONAT etc., ce sont plus de 350 personnes absorbées par ces programmes fantoches qui lancent des cri de détresse de perte de ce qu’on les initiatuers des ces sigles appellent emplois.

C’est la catastrophe totale. Ailleurs, le plus grand scandale financier présenté comme un gouffre au niveau des experts en développement est le fameux PUDC. Le Programme d’Urgence de Développement Communautaire. Un instrument qui met les institutions compétentes de développement communautaire en touche au profit du PNUD, complice de la dilapidation de 154 milliards de FCFA du contribuable togolais.

Sur le terrain, c’est du saupoudrage. Les projets ne répondent en rien aux attentes et priorités des populations, des projets qui n’ont aucun fondement sociologique, parce que mal conçu, des réalisations qui sont à la limite minées de malversations.

Pire, le FNFI, Fonds National de Finance Inclusive. Cette dérive économique qui n’a de résultat positif que dans la tête et la masturbation intellectuelle de ses initiateurs, un projet dont on force l’adhésion, parce que ayant déçu les bénéficiaires.

Toutes ces anomalies se passent dans la totale indifférence d’un Président de la République qui se laisse flouer par les incantations d’hommes et de femmes peu scrupuleux dans la gestion des biens publics.

Alors que le Togo est miné par une grogne populaire dont ont ne trouve pas de solutions, c’est le moment choisi par Victoire Dogbé en question, actrice principale de l’effondrement du pays pour organiser la ballade à faire croire que ses programmes stériles se portent bien.

Cela s’appelle pour un Etat, naviguer à vue, et pour emprunter la terminologie aéronautique, être en pilotage automatique.

La conséquence de cette manière de gouverner est de se faire surprendre par n’importe quelle évènement et s’embourber dans la surprise. Le Burkina- Faso est une illustration parfaite.

C’est la preuve par deux que visiblement, le mandat social de Faure Gnassingbé passe pour un mandat de toutes les tragédies. Dépité, un internaute togolais poste sur sa page facebook : « Mais monsieur le Président, à vous de nous expliquer votre mandat social ». C’est tout dire.

Source : Richard A., L’Indépendant Express

27Avril.com