Togo Un digne fils d’Aného indigné par le spectacle désolant de « ses parents »

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« Quand Ekpéssosso devient Ekpédada », c’est le titre que donne Ayi Hillah, écrivain et poète, natif du milieu, à son billet publié hier. Dans ce texte, il manifeste son « dégoût » pour le spectacle honteux qu’ont offert les dignitaires du peuple Guin à la face du monde entier jeudi dernier. Lisez plutôt !


Aného – Togo : Quand Ekpéssosso devient Ekpédada

Je lis, çà et là, à l’égard des dignitaires religieux en pays Guin qui essayent de nous faire prendre des immondices pour des joyaux, l’expression d’un dégoût, d’un écœurement sans fin que je partage. Oh oui, mes frères, face au miroir de notre légendaire arrogance, disons-nous la vérité ! Jamais de mémoire d’homme, aucune ethnie n’a fait un pareil effort pour casser sa tradition, la salir à toutes les images de la grandeur et de l’estime, désavouer de manière éhontée tout ce qui est bien, tout ce qui est bon ; son patrimoine.

L’objet de mon propos se résume à un constat. Ékpéssosso, entendez prise de la pierre sacrée, est devenu Ékpédada ; une partie de caillassage où l’on rivalise à qui fera plus de mal à l’autre par sa capacité à détruire, à casser, à blesser. Bref, un affrontement digne de l’époque des cavernes. Affrontement au cours duquel toute la saleté humaine se dresse devant nous comme le fruit de notre inconséquence, de notre incapacité à valoriser ce que nous avons de meilleur, d’unique ; notre tradition vieille de plus de trois siècles. Somme toute, en ces jours de honte profonde, à celui qui, cofondant le chauvinisme à la fierté, me dira qu’il est fier d’être un natif des Lacs, je ne peux répondre que par un sourire fait de douleur. Excusez mes propos si vous les trouvez plus avilissants que le spectacle que je dépeins.

Quoi donc ? L’année dernière, sur ce même sujet me penchant, je parlais d’une tradition à vendre. Eh bien c’est fait ! Elle est désormais vendue. Elle ne nous appartient plus. Adieux à nos rêves d‘enfant ! Aux oubliettes, les grands moments de recueillement et de retrouvailles. Désormais, dans les Lacs, les fleurs sont malades. Seuls, livrés à un vent de déshonneur, nos cocotiers pleurent et nos côtes que l’océan grignote jour après jour tournent le dos à l’avenir dont les parfums incertains par les vagues charriés envahissent nos lieux saints où les gendarmes s’entraînent désormais au tir de gaz lacrymogènes, joli tableau. La pierre Unir de l’année dernière n’a pas su nous unir, hélas !. Nous voici, cette année, à vouloir dire au peuple que deux pierres valent mieux qu’une. Saloperie !

Demain, sur les ruines de ce qui faisait notre fierté, je retournerai, nostalgique comme toujours. Je parlerai au vent frais, je parlerai au sable jaune, je dirai des paroles qu’on croyait sacrées et que les bottes ont su piétiner. Je dirai mon amertume, je maudirai notre ignorance, je blâmerai ma génération, je conterai aux enfants les crimes de nos maîtres d’aujourd’hui ; ceux qu’on voit défiler avec des visages suant les crimes de l’argent. Je leur parlerai de ces gens dont on pourrait dire qu’il serait préférable qu’ils ne fussent pas nés. Dieu sait si j’ai raison…

Enfin, à genoux devant son piédestal désacralisé, je ferai à ma terre le vœu que voici :

— Aného, je reviendrai te voir et marcher sur mes pas, à la recherche de cette joie sans prix qu’on ressentait à l’évocation de ce qui nous rassemblait. Je me déchirerai, s’il le faut, pour me faire entendre des âmes mortes. Oui, je garderai en moi cette possibilité de ne pas taire mes rêves. Pauvre comme un gueux et riche de mes souvenirs, je raconterai aux enfants sur quelles horreurs repose la félicité des nantis ; ceux qui ont bradé notre tradition contre quelques sous hideux.

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