Togo, Opération Entonnoir contre le « Boudè » : Une stratégie mal pensée aux aboutissants excessivement néfastes…

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Les policiers de l’« Opération entonnoir » sont impliqués dans plusieurs violences depuis quelques temps. Le paroxysme semble avoir été atteint cette semaine avec des pertes en vies humaines et des dégâts matériels. Aujourd’hui, la question de la raison d’être moins, encore de l’efficacité de cette opération revient sur la table.

Togo, Opération Entonnoir contre le « Boudè » :  Une stratégie mal pensée aux aboutissants excessivement néfastes…

C’était prévisible depuis quelques temps. Le zèle des policiers de l’Opération « Entonnoir », une opération mise en place pour lutter contre le commerce et le trafic du carburant illicite appelé communément « boudè », cause d’énormes préjudices aux populations

Il y a deux semaines, c’est à Dapaong, dans l’extrême nord du pays qu’une opération de rafle des trafiquants du carburant frelaté a tourné au vinaigre. Les policiers n’ont pas hésité à utiliser de la violence pour réprimer les populations. Ce qui a suscité un tôlée dans l’opinion nationale. Mais rien ne semble plus arrêter les policiers.

Ce week-end, un homme a été tué à Atakpamé lors d’une opération du même genre. Selon les témoignages, l’homme qui aurait refusé d’obtempérer aux injonctions des policiers s’est vu écraser par un pickup et trainé sur une centaine de mètres. La tension était devenue vive dans la ville. Une voiture des forces de l’ordre a été même saccagée. Quelques heures plus tôt , des policiers qui pourchassaient une voiture soupçonnée de transporter du carburant illicite a fini sa course dans les caniveaux, en bas de la grande voie de contournement de Lomé. L’accident a fait deux morts, tous deux des policiers. Tous ces incidents sont venus s’ajouter à la longue liste des bavures commises par la police dans le cadre de cette opération « Entonnoir ».

Il est judicieux de se rappeler les bavures orchestrées lors de l’exécution de cette opération dans la préfecture de Bassar (400km au nord-ouest de Lomé) en 2014 qui a fait des morts et blessés par balles. De même, plusieurs incidents malheureux de cette opération ont été enregistrés à Kara (400km Nord de Lomé), à Kanté (450km Nord-est de Lomé) et dans bien d’autres contrées du pays. S’agissant d’un bilan très récent, en septembre 2016, Sieur Agbanti Gbandi a été assassiné à Agoenyivé (Banlieue Centre-nord de Lomé) laissant une veuve et des orphelins. Dans le mois de Janvier 2017, Sieur Kokou a également perdu la vie lors de la même Opération à Aného dans la préfecture des Lacs à 30km de Lomé la capitale laissant également une famille derrière lui sans oublier les nombreuses victimes de tortures dans les quartiers Vakpossito et Adidogomé (Banlieues Nord-ouest) de Lomé et les nombreux dégâts du matériel roulant des forces de l’ordre et de sécurité qui ont coûté très cher au contribuable », a énuméré l’Association des victimes de la torture au Togo (ASVITTO) dans un communiqué rendu public pour dénoncer les violences exercées sur les populations dans le cadre de la lutte contre le trafic de carburant illicite.

Changer de méthode

Au vu des conséquences néfastes qu’elle engendre, l’opération « Entonnoir » n’est plus clairement la méthode à adopter pour mettre un terme à ce commerce. En effet, depuis le début de cette opération, ces résultats sont loin d’être satisfaisants. A part les saisies de quelques bidons d’essence, les populations n’ont jamais été dissuadées. Ce qui amène à dire qu’il faut changer de méthode. Et aujourd’hui, la seule méthode qui puisse vraiment impacter ce commerce est la formalisation de ce secteur comme il se fait dans les pays voisins, une alternative d’ailleurs recommandée à plusieurs reprises par votre journal Fraternité et soutenue par plusieurs leaders d’opinion. Sans oublier la baisse significative des prix du carburant. Pour preuve, lors des dernières baisses consécutives de la Noël 2015 à toute l’année 2016, plusieurs commerçants de carburant frelaté ont disparu des trottoirs. Et ce commerce a repris vie avec  les hausses des prix de janvier et février dernier.

Les autorités doivent voir la réalité en face et prendre les mesures qu’il faut en ce sens que les conséquences de ces incidents à répétition pourraient surprendre tous.

Source : Le Canard

Titre : 27avril.com

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