Togo, Ministère des Transports et commande des bus SOTRAL : Un financement de plus de 3,4 milliards FCFA pour quelle retro commission ?

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Si l’homme n’avait pas d’antécédent, on ne reviendrait pas sur son passé. Après le scandale de la voie Lomé-Vogan-Anfoin dans lequel les ministres Ninsao Gnofam et Adji Otèth Ayassor ont été abondamment cités pour une affaire de retro commission, nous sommes retournés dans les archives pour comprendre pourquoi c’est récemment que le mode opératoire de ceux qui ont en charge la gestion de la chose publique se fait jour. Cas de Ninsao Gnofam au temps où il était ministre de la Fonction Publique en 2009 et lorsqu’il était ministre des Transports en 2011.

Togo, Ministère des Transports et commande des bus SOTRAL : Un financement de plus de 3,4 milliards FCFA  pour quelle retro commission ?

Si aujourd’hui le peuple en général et les riverains en particulier n’ont pas encore réceptionné la voie Lomé-Vogan-Anfoin, c’est à cause de la rapacité de certains Togolais qui se croient au-dessus des lois et contre lesquels Faure Gnassingbé ne fait pas grand-chose. « La société a utilisé une partie de l’argent pour s’équiper », avait justifié Ninsao Gnofam devant des députés médusés, mais qui n’ont rien fait pour obtenir un audit à ce jour. Et pourtant, ce sont plus de 26 milliards de FCFA, soit la totalité de la valeur du marché, qui ont été décaissés avec la bénédiction des deux ministres. 14 mois au-delà de la date de livraison, le chantier n’a pas encore progressé de moitié, et le ministre des Travaux Publics s’est même permis de promettre l’achèvement du chantier avant fin décembre 2016. Attendons de voir. Quand nous avons revisité le passé de ce ministre, on s’est rendu compte qu’il n’est pas à son premier coup d’essai.

Courant 2009, alors qu’il était ministre de la Fonction Publique, un appel d’offres a été lancé par ledit ministère pour l’acquisition de matériel roulant. La société CFAO, a été déclarée attributaire. Bien que les sources aient choisi de taire la valeur du marché, il nous a été révélé que le ministre Ninsao Gnofam s’était personnellement déplacé pour se rendre au siège de la société, non pas pour féliciter le responsable, mais pour obtenir « sa part du gâteau ». Et devant les employés éberlués, on a vu le ministre descendre de voiture et venir choisir lui-même un véhicule flambant neuf en guise de « compensation ». L’affaire s’est passée au second semestre de 2009. L’Etat lance des marchés et le ministre passe récupérer les compensations. Une forme policée de retro commission.

En 2011, l’Etat togolais a acquis 65 bus CHARMOTOR de fabrication chinoise. « A en croire le ministre, près de 2 milliards 738 millions de FCFA seront déboursés par l’Etat pour l’acquisition et la mise en circulation d’une soixantaine d’autocars d’une capacité variant entre 60 à 80 places chacun. Ces bus, précise le ministre, sont d’abord destinés à desservir sept lignes de la capitale, une quinzaine seront affectés aux Universités de Lomé et de Kara. Il a annoncé aussi que quelques nouveaux autocars viendront en renfort à la Société des Transports de Lomé (SOTRAL) qui n’arrive plus à couvrir toutes les lignes dont elle avait la charge du fait des pannes graves et répétées de ses bus. Selon le ministre, le projet sera une solution aux récurrents problèmes de déplacement de populations dans les villes et une réponse à l’augmentation des prix des produits pétroliers », avait écrit l’agence chinoise Xinhua le 27 août 2011. Mais le montant a ensuite varié. « Le gouvernement entend aller vite. Un financement de 3,4 milliards de Fcfa a été obtenu de plusieurs établissements financiers togolais pour l’acquisition de plusieurs dizaines d’autobus. Le ministre des Transports, Ninsao Gnofam (photo), s’envole mardi pour Beijing afin de réceptionner une partie de la commande. Des bus américains (Champion Bus Inc) fabriqués sous licence chinoise », croit savoir le 8 novembre 2011 le site du gouvernement republicoftogo. Dans l’un ou l’autre cas, il apparaît que c’est Ninsao Gnofam lui-même qui a fait le déplacement pour réceptionner le matériel roulant. Comment cette commande a été attribuée à la société chinoise ?

En juillet 2013, le cabinet Audit & Conseils Réunis (A & CR) a procédé à l’audit du ministère des Transports portant sur l’année 2011. Deux appels d’offres ouverts d’une valeur totale de 62.810.933 FCFA ont été audités et aucun appel d’offres restreint ni marché gré à gré. Or, il nous souvient que c’est cette année-là que la commande de la soixantaine de bus a été passée et la réception a été faite début février 2012. « Qui a bu, boira », dit le proverbe. Si en 2009, alors qu’il était à la Fonction Publique, Ninsao Gnofam a pu se rendre à CFAO-Togo pour choisir en guise de compensation une voiture sur le dos d’une commande de l’Etat togolais, si en 2015 la société Ceco a été incapable d’achever les travaux de la fameuse voie pour cause de « retro commission », et que le même ministre s’est empressé de prendre la défense de la société, il n’y a pas de raison qu’il déroge à sa ligne de conduite en 2011 alors qu’il a personnellement pris la tête du convoi qui s’était rendu en Chine pour prendre livraison de la commande. La pratique du ministre était assez rôdée et n’eut été le grain de sable qui s’est glissé dans les rouages avec la voie Lomé-Vogan-Anfoin, personne n’aurait connaissance de ses pratiques.

L’économie togolaise est exsangue, la dette du pays n’a de cesse de croître, des citoyens sont mis sur le carreau sans que l’Etat puisse les dédommager alors qu’ils ont loyalement servi leur patrie. La faute au manque de ressources. Mais si certains peuvent prendre un vilain plaisir à siphonner les finances au nom de leur poste, Faure Gnassingbé a intérêt à passer des paroles aux actes. « Une minorité accapare les richesses du pays », c’est bien beau de faire le constat, mais « il est temps que chacun rende compte » serait encore mieux.

Source : Abbé Faria, Liberté

27Avril.com

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