TOGO : Major Kouloum : Après les otages, les enseignants

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L’on croyait qu’il s’est converti, confessé ses péchés et imploré la grâce et la miséricorde divine sur sa vie. Ce ne fut en réalité qu’un rêve, une illusion. Définitivement, Major N’ma Bilizim Kouloum n’est disposé à aider dame Awa Nana Daboya dans son hypothétique mission de réconcilier les Togolais. « Dans une dictature, les vieilles habitudes ont la vie dure », dit-on souvent.

Major Kouloum en donne bien la preuve. Après qu’il ait été cité comme meneur de jeu dans les différents crimes ou multiples exactions commis par le passé sur les militants et sympathisants de l’opposition, l’homme revient cette fois-ci proférer des menaces à l’encontre des enseignants grévistes dans la préfecture de l’Ogou. Une nouvelle sortie qui vient compléter ses dérives dans les prises d’otages, les questions de la gestion de la transhumance et plusieurs autres crimes et délits commis dans la région des plateaux convertie en son royaume.

« Chassez le naturel, il revient au galop ». Jamais cette locution n’a été aussi proche d’une vérité manifeste lorsqu’il s’agit de parler de la République Togolaise, de ce pays, semble-t-il, condamné à vivre éternellement dans une spirale de violences inouïes, la peur au quotidien, crimes ou multiples exactions politiques qui peignent en noir le tableau d’une Nation habituée à compter des morts. Aussi, jamais le major Bilizim Kouloun ne peut refuser de reconnaître la portée de cette locution puisque lui-même en est une illustration parfaite, vivante et édifiante.

Qu’elles soient les Organisations de Défense des Droits de l’Homme (ODDH) tant nationales qu’internationales, leurs bases de données connaissent bien ce major d’armée, un gendarme retraité, un homme aux actes répréhensibles et aux attitudes sulfureuses, puisqu’il serait fiché dans la catégorie des personnes qui sèment la terreur, violence et violation des droits humains. Sa méchanceté est hors pair, ou à un degré plus élevé, la cruauté de l’homme est légendaire. Personnage hideux et très craint dans la région des plateaux, un épouvantail aux histoires affreuses, Major Kouloum est, pour ainsi dire, l’incarnation de la barbarie contraignant les populations de la préfecture de l’Ogou à vivre caché, vivre dans une peur indicible.

Même si depuis quelques jours, les enseignants du secteur public résidant dans la préfecture de l’Ogou, Atakpamé notamment, bravent tous les interdits pour se faire entendre dans leurs revendications sociales, ils ne doivent aucunement pas oublier la menace que représente le Major Kouloum pour leur corporation. Et, comme il fallait s’y attendre, le vieux lion s’est réveillé de son sommeil pour intimider, injurier et menacer les enseignants grévistes. « Au cours d’une réunion des ressortissants du nord à Atakpamé, le sieur Kouloum, major d’armée, après avoir qualifié les enseignants d’incompétents, a déclaré que les grévistes seront renvoyés de la fonction publique dans un délai de deux semaines », peut-on lire dans la lettre d’« Expression d’indignation » des responsables de la Coordination des Syndicats de l’Éducation du Togo, (CSET). Cette lettre est adressée aux Ministres en charge du secteur de l’éducation et celui de la fonction publique.

En effet, jusqu’à preuve de contraire, le sieur Kouloum n’est ni le Préfet de l’Ogou ni un quelconque représentant du pouvoir central dans cette préfecture. Il n’a aucune autre fonction officielle dans la région des plateaux et ne peut prétendre parler au nom de l’Etat togolais, commettant même l’impair de menacer les grévistes de les faire virer de la fonction publique, encore que ces derniers sont dans une revendication légitime depuis plus de six semaines sans que le gouvernement togolais ait trouvé une solution adéquate et pérenne à leur revendication.

Major Kouloum a acquis une certaine hyper puissance dans toute la région des plateaux, un pouvoir dont on ne connaît la légitimité et la légalité. Il sait influencer les institutions et administrations dans la région comme s’il était le représentant direct du Chef de l’Etat. Tous les nouveaux directeurs généraux sont conviés à lui faire allégeance dès qu’ils sont affectés dans la zone. Il a le pouvoir de valider ou non, un préfet, le Directeur du centre hospitalier, un commandant de brigade, un commissaire de police, un inspecteur où n’importe qu’elle autre responsable administratif avant sa nomination ou son affectation dans la zone. Certains vont jusqu’à lui verser une rente pour obtenir sa bénédiction, ce qui fait de lui le roi de toute la zone des plateaux.

Ce statut lui confère des prérogatives et aussi des dérives intolérables restées impunies. C’est le cas, il y a presque un an d’une prise en otage de peuls nomades par ses hommes de main dont il a conditionné la libération au versement de rançon. Nous l’avons déjà publié dans une de nos précédentes parutions. Toutes les malversations intervenues dans les affaires de transhumance dans la région des plateaux portent la signature du Major Kouloum.

Les irrégularités dans la gestion du centre hospitalier d’Atakpamé sont liées au major. Quant à la famille politique UNIR, il est le garant, se présentant comme le père spirituel du pouvoir des Gnassingbé et est le père adoptif des fils Gnassingbé. D’après les indiscrétions, il est le Général GUEI qu’on finira par solliciter quand le pouvoir des Gnassingbé va basculer. Son dévolu aujourd’hui, après les évènements de Djéréhoué où ses hommes ont agressé des populations et incendié des villages, se trouve être les enseignants.

Cependant, il faut juste comprendre que les agissements répétés de ce major d’armée en sus de ses multiples agitations ne sont que le reflet de ses accointances avec le régime togolais pour qui, selon les différents rapports des ODDH, il est la main exécutoire des basses besognes.

Plusieurs fois, l’homme est cité dans le rapport des Nations Unies lors de la prise du pouvoir à la hussarde de Faure Gnassingbé en 2005. « La plupart des témoins rencontrés ont désigné notamment le Major Kouloum comme l’auteur et le meneur des tueries commises dans la Préfecture d’Ogou. Il aurait aussi formé et armé les milices (…) les troupes seraient sous le commandement du Major Kouloum qui a semé la terreur dans la préfecture de l’Ogou et ses environs. Des militaires seraient aussi venus du nord du pays pour apporter un appui aux militants et aux milices du RPT et perpétrer des exactions à Lomé et d’autres localités. A l’issue de leurs exactions, ils auraient reçu 20.000 francs CFA chacun pour selon les traditions locales procéder à des cérémonies de purification afin d’éviter d’être poursuivis par les esprits de leurs victimes ». C’est ainsi que les faits ont été présentés par la Mission des Nations Unies chargée de faire la lumière sur les violences et les allégations de violations des Droits de l’Homme survenues au Togo avant, pendant et après l’élection présidentielle du 24 avril 2005.

Qu’ils soient les résultats d’enquêtes de la Commission Nationale Indépendante de Me Joseph Kokou Koffigoh, chargée de faire la lumière sur le carnage de 2005, les rapports de la Ligue Togolaise des Droits de l’Homme ou encore les audiences de la Commission Vérité Justice et Réconciliation de Mgr Barrigah, Major Kouloum est toujours cité comme le principal bourreau des victimes, auteur et meneur des exactions, des massacres monstres commis dans la région des plateaux en 2005. Lorsque donc, son nom revient avec insistance dans les prises d’otages des richissimes bouviers peulhs avec une demande de rançon, il est facile d’assimiler Major Kouloum aux Djihadistes qui sèment la désolation à travers le monde.

Pendant que le HCRRUN de dame Awa Nana Daboya se tue à la tâche pour réconcilier les Togolais profondément divisés sur la gestion de la République, la posture de « Suzerain de l’Ogou » qu’adopte le sieur Kouloum n’est donc pas de nature à faciliter les choses, contribuer à l’entente mutuelle entre les Togolais et favoriser la cohésion nationale.

Il urge que major Kouloum soit découragé dans ses objectifs funestes, puisque les populations commencent à en avoir marre.

Le Chef de l’Etat a le dernier mot pour éviter à l’avenir les portes de la Cour Pénale Internationale au major Kouloum qui réunit d’ores et déjà les conditions d’un locataire légitime des geôles de la Haye.

Source : Sylvestre K. Beni, L’Indépendant

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