Togo : Les prix des denrées demeurent élevés au Togo malgré le fameux PNIASA

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Le ministère de l’Agriculture Col. Ouro-Koura Agadazi

Des agropoles sans maîtrise de la pluviométrie
Que reste-t-il du Programme national d’investissement agricole et de sécurité alimentaire (PNIASA) lancé en 2012? Si les prix des denrées alimentaires indispensables aux populations togolaises ne sont toujours pas influencés par ce programme et continuent d’adopter la courbe ascendante, il urge de se poser des questions sur les objectifs poursuivis par les autorités en mettant à contribution les différents bailleurs de fonds. Surtout en ces temps où le panier de la ménagère se vide, non pas du fait de la réduction des frais de la popote, mais à cause de l’inflation.

Ailleurs comme en Côte d’Ivoire, l’Etat prend des mesures pour alléger la souffrance des populations. Au Togo, on a sorti une trouvaille, l’agropole des paysans.

Dans les foyers au Togo, la tension monte et un rien suffit aux femmes pour hausser la voix. Parce qu’elles réclament une augmentation de l’argent de la popote qui ne vient pas à chaque fois. Dans les marchés, l’envolée des prix des produits est générale. Les tas de tomates et de piment vert avec les prix qui les accompagnent valent mieux que les paroles. La quantité de tomate vendue à certaines périodes de l’année à moins de 200 FCFA, se vend aujourd’hui à 1.000 FCFA. Idem pour le piment vert. Pour avoir approché une femme, nous apprenons que le bol de maïs se vend entre 600 et 650 FCFA alors qu’on est en saison des pluies. Le bol de gari est parti à 1.300 F, 1.400 F à certains endroits. Le kilo de poisson est vendu à 1.500 F et surtout, celui de la viande de bœuf coûte 2.800 F ; le kilo sans os coûte 3.000 FCFA. On ne dirait pas que c’est au Togo qu’a été lancé le PNIASA.

En 2012, les autorités togolaises ont lancé un vaste programme de modernisation du monde agricole dont il serait superflu d’égrener les divers projets qui le composent. En ce temps, il était chanté qu’à terme, l’apport de l’agriculture au PIB du pays serait augmenté de plus de 6%. L’année dernière, l’un des projets, le PASA, s’est achevé après qu’il a englouti sa part des investissements. Fin 2016, les deux autres projets, le PADAT et le PPAOO prendront aussi fin. Divers domaines auraient été couverts : production agricole, animale, aquacole, extension des surfaces cultivables, zones aménagées, production de semences, bref une panoplie de secteurs qui devraient permettre à l’agriculture de nourrir les populations togolaises. Mais les autorités pourront-elles tirer un bilan positif à l’heure des comptes ?

Les aléas de la climatologie font penser que le réchauffement de la terre aurait des effets sur les productions agricoles et le climat. Et plutôt que de lutter d’abord contre ce fléau, comme la Côte d’Ivoire se le propose, le gouvernement pense à installer des agropoles.

Nous apprenons de l’Agence ivoire presse (AIP) que « le gouvernement ivoirien a dégagé 100 milliards de francs CFA pour faire face aux effets du changement climatique, notamment la sécheresse qui a provoqué une pénurie de vivriers en Côte d’Ivoire. « Il y a 100 milliards de francs CFA qui ont été dégagés au profit du ministère de l’Agriculture pour intervenir rapidement et agir sur les effets de la sécheresse », a fait savoir M. Daniel Duncan, le Premier ministre qui a précisé que 53 milliards de francs CFA de ce montant sera consacré au monde paysan. « Ce financement devra servir à moderniser l’agriculture ivoirienne pour une agriculture intensive. Il s’agira d’apporter une aide aux paysans par la fourniture de semences, la construction de barrages pour la production vivrière contre-saisons », a affirmé M. Duncan. « De ce montant, 53 milliards va être utilisé rapidement dans tout le pays pour faire face au manque à la fois sur la banane, le manioc, etc. », a souligné le Premier ministre, notant que « toutes ces mesures visent à faire face au déficit au cours de cette année. Une pénurie de plusieurs denrées alimentaires a été observée sur les marchés dont le manioc, une nourriture de base en Côte d’Ivoire ».

Si le prix du gari est parti de 350 F à 1.300 aujourd’hui, alors que le gari est fait à base du manioc, c’est dire si la pénurie du manioc se fait sentir au Togo ou non. Mais le gouvernement togolais, plutôt que de s’attaquer à résoudre la cherté de la vie, se propose de se lancer dans l’installation d’agropoles, qui consiste à « réunir en un seul endroit et sous une même organisation opérationnelle les potentialités agricoles d’une zone géographique du Togo », selon la définition contenue dans le document Plan stratégique pour la transformation de l’agriculture au Togo (PSTAT) à l’horizon 2030. A quoi aura alors servi le PNIASA, peut-on se demander.

En effet, cette nouvelle trouvaille des autorités devra nécessiter « au moins 25 milliards selon la BAD », renseigne republicoftogo.com. Mais le document du projet agropole PSTAT (PA-PSTAT) parlerait, lui, d’un investissement de 60 milliards de FCFA d’ici 2030. Pour ceux qui peuvent encore se rappeler, il était prévu au lancement du PNIASA la mobilisation de près de 617 milliards de FCFA pour soutenir l’agriculture togolaise. Des sources autorisées avancent qu’à peine le tiers de cette somme a pu être mobilisé, sans que les autorités elles-mêmes ne puissent confirmer l’exactitude de la somme. Et voilà qu’on se prépare à se lancer dans une autre aventure, sans d’abord chercher à maîtriser la pluviométrie, sans penser à des barrages de retenue d’eau pour encourager les cultures de contre-saisons, sans une politique qui ramène la jeunesse vers la terre. Au Togo, on commence à comprendre comment se lancent les projets agricoles, mais pas encore comment ils finissent et les résultats qui en découlent.

Source : [10/06/2016] Liberté

Togosite.com

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