Togo : L’Eglise catholique, complice de la dictature des Gnassingbé…?

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La doctrine sociale de l’église Catholique fait de cette entité un rempart pour les populations éprises de justice. Dans certains pays comme la République Démocratique du Congo (RDC), l’Eglise n’hésite pas à dire la vérité aux autorités gouvernementales ou à prendre des positions claires vis-à-vis du régime dictatorial de Joseph Kabila.

Togo : L’Eglise catholique, complice de la dictature des Gnassingbé…?

Mais force est de constater qu’au Togo, cette même Eglise reste pour la plupart du temps passive à l’égard de certaines situations, même si elle s’investit parfois de façon épisodique, surtout à travers des lettres pastorales dans l’arène politique, où elle donne l’impression, de part certains actes d’être complice de la dictature cinquantenaire des Gnassingbé, père et fils.

Il y a quelques jours, les responsables politiques de Combat pour l’Alternance Politiques en 2015 (CAP 2015) et certaines Organisation de la Société Civile (ORS), initiatrices  des « Universités sociales du Togo », dénonçaient l’injustice, l’arbitraire sinon la politique de deux poids deux mesures que les responsables religieux du clergé catholique ont adopté à leurs égards. Ceci, lorsqu’il était question de la location de leurs locaux d’Agora Senghor pour des activités purement citoyennes. L’opinion publique avait cru à une cabale savamment orchestrée par ces deux entités contre l’Eglise catholique togolaise. Mais aujourd’hui, les faits confirment bel et bien que ce refus obéissait à des ordres venus de la hiérarchie, parce que le pays doit accueillir un sommet voulu par les premiers dirigeants du pays malgré la crise économique qui sévit. Sommes-nous encore à une période où on doit demander à tout le peuple de regarder dans la même direction  pour que les autorités ecclésiales togolaises obéissent à ces décisions sectaires? Nombre d’observateurs ne comprennent pas pourquoi l’Eglise catholique surtout celle au Togo, qui prône la justice, l’égalité, la tolérance se comporte de la sorte, prenant fait et cause pour le plus fort, c’est-à-dire les gouvernants. Que retenir donc de la doctrine sociale de l’Eglise catholique quand dans l’homélie de l’Archevêque de Lomé, lors de la fameuse messe d’action de grâce pour la réussite du sommet de Lomé, Mgr Denis AMUZU-DJAKPA oubliant la misère des Togolais, se verse dans l’hérésie.

« …La meilleure façon de remercier Dieu, c’est de participer à la messe. Et après Dieu qui a bien joué sa partition, force nous est, de féliciter comme il se doit les acteurs et les actrices de ce sommet historique tenu à Lomé la capitale du Togo. A tout Seigneur, tout honneur. Il convient au plus haut point de rendre ici un vibrant hommage au président de la République togolaise, celui qui a eu la prévision de cet important sommet historique et pris courageusement la décision d’y inviter ses pairs des cinquante trois (53) autres pays de notre continent africain… », jasait  à gorge déployée Mgr Denis AMUZU-DJAKPA dans son homélie de circonstance le mercredi 19 octobre 2016 dernier. Après avoir écouté ces phrases du prélat togolais, on a comme l’impression qu’il y a une complicité entre les acteurs religieux togolais et les dirigeants politiques. Les faits sont bien têtus.  Le « sommet important et historique » dont parle avec joie le prélat togolais  est décrié par la majorité des togolais. Mgr Denis AMUZU DJAKPA est-il vraiment à l’écoute du peuple ? Sinon il comprendra et atténuera  sa joie quand il aura entendu les chauffeurs engagés aux côtés des hôtes pendant plus d’une semaine, crier  leur ras-le-bol parce qu’ils n’ont pas été rémunérés, selon les promesses des autorités qui les ont recrutés et exploités comme bon leur semble. L’ Archevêque togolais a-t-il donc opté pour  qu’on affame le peuple pour faire plaisir à la communauté internationale ou pour qu’une minorité aussi insolente et impitoyable soit-elle, se fasse une place élogieuse à l’international ?  Mgr Denis se met-il vraiment dans la peau d’un pasteur du troupeau ? D’un rassembleur ? D’un homme d’Eglise au service de la justice quand on sait que des couches sociales togolaises et parmi celles-ci des chrétiens et chrétiennes, fils et filles de Dieu, personnes de bonne volonté togolais qui tirent le diable par la queue, n’arrivent pas à manger, même pas une seule fois dans une journée ? Sait-il que certains de ses compatriotes dans certains quartiers, même de la capitale n’ont pas d’eau potable pour s’abreuver et n’arrivent même pas à se soigner dans les centres de santé du pays parce que ces centres sont en agonie et manquent cruellement de matériels et de confort sanitaire ? Mgr Denis est-il conscient que les dirigeants togolais ne se moquent des populations parce que c’est juste une minorité insolente qui jouit des biens et richesses du pays pendant que la grande majorité tire le diable par la queue ?

L’Archevêque de Lomé  arrive-t-il à cerner le contour global des fonds qui ont été engloutis par le trésor public togolais dans l’organisation de ce sommet qu’il vante tant pendant que les revendications salariales des travailleurs, les aides, allocations et autres des étudiants ainsi que les pensions des retraités sont balayés de revers de mains par ces mêmes dirigeants ? Quand on est un responsable, qu’on soit religieux ou politique, on est en droit de rendre compte à sa communauté, au peuple. N’est-ce pas? Mgr Denis peut-il nous dire combien a coûté le sommet en termes d’argent au peuple togolais puisque les autorités togolaises mêmes n’ont pas pu communiquer sur le budget, prenant le Togo comme un territoire conquis ou une épicerie à la guise d’une minorité insolente ?

Oui, « il faut rendre grâce à Dieu en toute chose », dit-on. Mais l’action de grâce au Seigneur n’est acceptable que quand elle est issue d’une bonne œuvre, caritative et autre. Il serait préférable que l’Archevêque de Lomé jase encore et encore sur une action de grâce au Seigneur si elle est issue d’un sommet qui prend en compte les difficultés immédiates dont souffre l’Afrique et surtout la jeunesse africaine qui meurt dans les eaux méditerranéennes et ailleurs, en quête d’un mieux être, par l’unique faute de ces mêmes dirigeants qui ne pensent qu’à eux-mêmes et à leur gloire.

Les petits cadeaux du chef de l’Etat, des membres de sa famille et de son entourage sont-ils montés à la tête des prélats togolais au point d’abandonner leurs troupeaux? Ailleurs sur le continent, certains prélats à l’instar du Cardinal Laurent Monsengwo de la RDC et Christian Tumi du Cameroun sont restés proches de leur peuple et n’hésitent pas à dénoncer les abus et dérapages ainsi que les travers des régimes dictatoriaux, de ceux qui les incarnent surtout. Mais au Togo, c’est tout à fait le contraire, le peuple est liviré à son triste sort. Si seulement l’Archevêque de Lomé se soignait au Centre Hospitalier Universitaire (CHU) de Tokoin, il saura mesurer la porter de ses éloges envers celui qui est l’initiateur de ce sommet parce qu’il comprendra qu’il faut se faire soigner dans son pays et mettre ses populations dans des conditions confortables de soins lorsqu’ils sont malades avant de chercher à plaire à l’international. Pas de scanner pour permettre aux citoyens togolais malades de se soigner convenablement parce que, disent les dirigeants, il n’y a pas d’argent pour le faire. Où donc a-t-on trouver de l’argent pour organiser le « sommet important et historique » dont vante tant Mgr Denis AMUZU-DJAKPA ?  Mais où a-t-on trouvé des milliards pour organiser un sommet dans le même pays où les habitants n’arrivent pas à se faire soigner par manque de moyens financiers ?

Il faut rendre grâce au Seigneur parce qu’on opprime le peuple? On l’affame aux dépends des considérations farfelues ? Prélat togolais, copie un peu ton collègue de la RDC, du Cameroun, du Burkina-Faso et œuvre inlassablement aux côtés du peuple dont tu te dis pasteur et non aux côtés des bourreaux du peuple dont tu fais l’éloge honteusement. Il est très honteux que ces détails manquent au clergé catholique togolais parce que son seul soucis, c’est le pastoral. Or, cela ne devait pas être le cas. Comment des autorités morales comme eux, n’arrivent pas à cerner le mal togolais ou feignent-elles de l’ignorer ? C’est du cynisme parce que l’Archevêque de Lomé devait savoir que les dirigeants togolais, dans la logique du pire n’ont pas communiqué sur le montant de la somme allouée à l’organisation dudit sommet dont il fait l’éloge. Reçu sur Vox Africa par des confrères journalistes internationaux, même le premier ministre togolais Sélom KLASSOU, hésitant et titubant sur les mots comme un enfant de CP1 A, n’est pas arrivé à se prononcer sur le montant réel alloué ou dépensé dans l’organisation du sommet en tant que chef de gouvernement. Si au moins au sein de l’Eglise, les Evêques exigent qu’on rende compte, pourquoi les dirigeants togolais ne rendront-ils pas compte au peuple, ou du moins au pauvre contribuable togolais qui verse à longueur de journée son sang pour que l’économie togolaise se porte bien ? Pourquoi ? Pourquoi ?

Paradoxalement, les Evêques togolais dans une récente lettre pastorale, invitaient les chrétiens à s’intéresser à la chose politique. Et pourtant, les mêmes prennent des décisions pour empêcher certains citoyens d’organiser des activités dans leurs locaux privilégiant d’autres. Cette attitude de l’église catholique est assez écœurant et interpelle toute bonne conscience. Il est vrai qu’il y a dans le lot certains qui essayent de se démarquer mais il n’en demeure pas moins vrai que l’Eglise catholique ne joue pas son rôle comme cela se doit au Togo. Mgr Denis, renseignez-vous très bien lorsque vous voulez vous prononcer sur des questions ou sujets d’ordre national. Sinon, les chauffeurs embauchés dans le cadre dudit sommet et les responsables hôteliers vous voueront plus aux gémonies que nous. Seul Dieu est juste.

Source : [20/10/2016] Idelphonse Akpaki, La Gazette du Togo

27Avril.com

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