Togo, Grand reportage : Lomé la belle, Lomé la misère

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La plupart des grandes villes de par le monde présentent plusieurs facettes. A côté des riches qui roulent dans des voitures de luxe, habitent dans de belles maisons et vivent dans une opulence indescriptible, se trouvent également des pauvres qui vivotent.  Ceux-ci par contre, trouvent difficilement leur pain quotidien, s’entassent dans des taudis insalubres et mènent une vie misérable. Ainsi  est faite la vie. Lomé, la capitale du Togo ne déroge pas à cette règle. Toutes les couches sociales y sont représentées. On y trouve des quartiers des riches et ceux des pauvres même si par endroits, surtout dans la vieille ville, où des maisons anciennes, souvent dans des états de vétusté totale se dressent aux cotés de nouvelles plus acceptables.

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Se trouver un toit à Lomé est un véritable parcours de combattant. Entre le prix exorbitant des loyers, la cherté de la vie et parfois le « coup du sort », certains se retrouvent sans abris. Leurs seuls refuges restent ces habitations précaires faites de tôles de récupération rouillées, de tissus et de claies. D’autres, passent la nuit à la belle étoile. Ils sont des milliers à Lomé à vivre dans des bidonvilles. Seuls ou en famille. Certains y sont nés, ont grandi et continuent leur vie dans ces endroits à hauts risques. Ces habitations sont souvent installées à côté des dépotoirs qui servent aussi de sources de revenu pour les occupants. Des enfants mais aussi des adultes passent leur journée à fouiller sous des débris. Le manque d’assainissement, la précarité, la drogue, l’alcool, la prostitution sont le quotidien de ces populations.

Lomé, une capitale « bidonvillesque »

Parler de Lomé sans ses bidonvilles, c’est comme parler de Rio sans faire allusion aux favélas. Lomé regorge de beaucoup de bidonvilles qui font la diversité de l’architecture de la capitale. De Baguida à Hanoukopé en passant par Akodessewa sans oublier Gbadago, Amoutivé ou encore le vaste Bè, on retrouve des colonies de bidonvilles. Il faut souligner d’entrée, le caractère hétéroclite de ces habitations précaires où logent des milliers de Togolais.

Togo, Grand reportage : Lomé la belle, Lomé la misère

Ces constructions anarchiques et souvent sur des terrains occupés illégalement ont chacune une histoire. Si la plupart de ces habitations ont été construites par des personnes venues de divers horizons, d’autres par contre constituent de vieilles demeures, abandonnées ou non rénovées qui servent de logement. D’autres se sont construites suite à des litiges fonciers où des familles tout entières sont mises dehors et qui se retrouvent sans abri. On retrouve également tout au long de la mer des quartiers des pécheurs qui, également, ont érigé des habitations peu enviables.

Non loin du port de pêche,  se trouve le bidonville de Katanga aussi  vaste qu’un grand  village. Les occupants sont la plupart originaires du Ghana, et la pêche est leur activité première. Ils sont bien organisés et ont même un chef.

Ces endroits où vivent des milliers de personnes sont des zones de non droit où règnent, l’insécurité, l’insalubrité, la drogue, l’alcool, la prostitution et bien d’autres vices. Ce sont des  endroits dangereux et mal famés, où il est  déconseillé de s’aventurer quand ont est pas un habitué des lieux. Leur point commun, la misère.

Les occupants de ces endroits mènent également une vie ordinaire. Comme tout le monde, ils se rendent à leur « job » s’ils en possèdent, se marient, fondent des familles. «  Je vis ici il y a quinze (15) ans déjà. Face aux difficultés de la vie, je n’ai eu d’autres choix que de venir construire ici. J’ai deux enfants, et toute la famille dort ici. C’est triste mais c’est notre vie. Malgré tout, nous assumons notre statut, car tout le monde ne peut être riche », raconte Johanes, la quarantaine rencontré dans le vaste bidonville d’Abové érigé au long des rails. Il a été difficile d’échanger avec lui, car il était presque dans un état d’ébriété. La cuisine se fait à l’air libre et souvent dans des conditions hygiéniques déplorables.

Amoutiévé, un cas inquiétant

A Amoutivié, un vieux quartier de Lomé se trouve  des bidonvilles construits dans le domaine clôturé de l’entreprise GER sur le dépotoir public au bord de la lagune. Les montagnes d’ordures masquent à première vue tout un village avec des réalités qui méritent découverte. Faites de matériels de récupérations notamment des tôles et cartons, ces habitations se comptent par dizaines. Les latrines publiques sont transformées en dortoirs par les occupants. Les occupants ont eu « l’ingénieuse » idée de boucher les trous des WC pour s’y installer et mener leur vie. Ils sont en majorité des jeunes avec leurs familles qui squattent les lieux. « C’est tout un village qui s’est installé ici depuis des années. Nous procédons à l’évacuation progressive des ordures sur le terrain, mais la tâche ne nous est pas facile. Dans ces  maisons, vivent des familles, des enfants qui vont à l’école et des parents qui vont se débrouiller quotidiennement. Les enfants côtoient des drogués qui ont aussi leur QG sur le dépotoir. Et ces enfants  finissent par rentrer dans ces cercles. Ils n’ont rien, ils sont obligés de fouiller parfois dans les débris pour pouvoir trouver de quoi manger», confie un des gardiens du domaine.

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Ces jeunes baptisés « archéologues », trient également des boîtes de conserves pour aller vendre souvent à des prix dérisoires. Un de ces jeunes approchés sur les lieux nous a rembarré avec une extrême violence au premier coup et a refusé de répondre à nos questions. C’est après une proposition d’une somme d’argent qu’il a accepté parler. « Moi, je me débrouille aussi pour gagner ma vie. J’ai quitté mes parents depuis trois ans et c’est sur ce dépotoir que je gagne ma vie. J’aide les gens quand ils viennent jeter les ordures, je fais aussi du pousse-pousse quand je trouve l’occasion. La nuit je me trouve un abri juste pour me coucher pour quelques heures. Quand il pleut, je vais dans les toilettes. C’est ma vie », raconte ce dernier qui n’a pas attendu longtemps pour réclamer sa promesse. « Tu m’as sauvé la journée », lance-t-il après avoir empoché un billet de 500F CFA.

Bien que déconseillé, on a poussé la curiosité pour découvrir les vraies réalités de cet endroit. Un véritable labyrinthe où les habitations s’entassent les unes contre les autres. Aucune délimitation entre les taudis. Chacun voit ou est au courant de ce que fait son prochain ou son voisin. Des hommes, torse nu, des femmes assises devant les fourneaux pour faire le repas et des enfants qui pleurnichent. Tel est le décor  de cette « cité » au « bidonvillage ».

Toutes les tentatives pour déloger les occupants de ces lieux ont été vaines, affirme un agent de la municipalité. Ils résistent à toutes initiatives allant dans ce sens. Pour cause, ils n’ont nulle part où aller à part ces abris d’occasion. Ces agglomérations sont des endroits où la violence a force de loi, où le plus fort piétine le moins fort et où le faible doit rester sur ses gardes pour survivre.

Des zones de non droit

Hormis le sexe et l’alcool, la vente de stupéfiants est l’une des principales activités génératrices de revenus dans ces milieux, où  nichent des désœuvrés, des malfrats, des truands et des receleurs.

Souvent, c’est le haschich communément appelé (Gbékui) ou l’herbe qui coûte relativement moins cher. Avec cinquante (50) francs CFA au moins, on est sûr d’avoir un spliff de la forme d’une cigarette. Les clients sont de tous âges et sexes. Petits, jeunes  et vieux, tout le monde en consomme sans oublier les filles. Certains fument sur place, mais d’autres préfèrent « tirer le coup » à l’intérieur de leur case. La drogue est tellement présente dans ces milieux que souvent la Police a assez de mal à traquer les dealers. Ces endroits sont aussi difficiles d’accès et il faudrait un indic pour démanteler ces réseaux qui ne cessent de s’accroître.

Par exemple, aux abords du terrain des Cheminots à Hanoukopé, de Bè Avéto et dans certains recoins de la capitale, on peut apercevoir des jeunes gens qui s’adonnent aux jeux et l’accompagnent allègrement de l’herbe. Souvent appelés « ghetto »,   ces milieux restent purifiés par l’herbe qui est perçue par ses consommateurs comme une « religion », un monde à part.

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Bien que pauvres, les « bidonvillois » ou les « bidonvillageois » ont le goût de l’alcool. Avec leurs maigres moyens, ils se partagent une bière en passant. Mais le Sodabi (liqueur local)  demeure leur préféré puisqu’étant à la portée de la majorité. Les cabarets pullulent dans ces milieux et s’animent pratiquement 24h sur 24. Les soulards se comptent par dizaine dans ces zones et sont identifiables de visu : joues ballonnées, lèvres rougeâtres et démarches branlantes et brinquebalantes.

La prostitution se répand dans tous les coins de la capitale et les bidonvilles servent de tremplin pour le commerce du sexe. Dans ces milieux, la prostitution est l’une des plus importantes activités commerciales. Les taudis servent d’auberge. On retrouve ces « bidonvillo-auberges » souvent à Agoè, Amoutiévé et dans d’autres quartiers périphériques de la ville de Lomé.

Dans les années 1980, l’expression « Lomé La Belle » était en vogue et faisait la fierté des Loméens. Mais quelques décennies plus tard, et ce malgré le lancement des fameuses  « politiques des grands travaux », la capitale togolaise présente toujours un visage contrastant. La misère gagne du terrain. La pauvreté est devenue presque une fatalité. La multiplication des bidonvilles  n’est d’ailleurs  pas anodine. Elle est liée à la faillite de la politique sociale. Il est plus qu’urgent que les autorités redéfinissent de vraies stratégies pour redonner une belle image à la capitale togolaise qui, jadis, était un pôle d’attractivité pour les pays voisins.

Source : Shalom Ametokpo, Liberté

27Avril.com

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