Togo Gardiennage : Le calvaire des ex-agents de sécurité de la S.A.S-Togo

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Ils sont mal payés, mal traités et pour la plupart licenciés abusivement. Leur histoire est connue, mais quand ils la racontent, c’est avec la cadence de la précarité de leur quotidien. Et pourtant ce sont eux qui, nuit et jour, sont déployés sur les points du territoire où l’employeur a des contrats pour assurer la sécurité des personnalités et de leurs familles et des sociétés ou des institutions. Tout, au risque de leur vie. Eux, ce sont les employés des services de gardiennage qui exercent dans des conditions d’insécurité leurs fonctions d’agent de sécurité.


Ils n’ont pas le droit de réclamer, malgré les risques auxquels le métier les expose. « Les tenues que nous portons et qui sont celles de la société qui nous emploie, ne sont pas données gratuitement. Elles nous sont vendues par la société qui prélève le coût sur notre salaire. Ça n’a pas de sens, à mon avis. Il y a des gens qui font 20 ans, et c’est seulement 5 fois qui sont allés en congés. Tu n’as même pas le droit de réclamer, sinon on te met à la porte », confie sous anonymat un agent de sécurité d’une société de gardiennage dont nous préférons taire le nom. « Nous étions en poste au grand marché d’Adawlato. Un jour on était parti manger lorsque nous sommes attaqués par des individus armés de machettes proférant à notre endroit : « C’est vous qui nous empêchez de voler les choses non ? Vous voulez que nous on mange quoi ?». Ils ont nous ont agressés jusqu’à couper le bras d’un collègue », a relaté avec amertume, Ayaovi Assogba, agent de sécurité qui a décrit les conditions dans lesquelles un des leurs en poste dans la zone portuaire a été broyé par un tracteur. Souvent victimes des agressions et des attaques des braqueurs, des malfaiteurs, ces veilleurs de nuit ou de jour sont tués ou blessés.Tiem Pana a ses deux bras complètement broyés, Taba Abaka a, lui, reçu des balles dans l’abdomen ; alors que Takaliba Koumana vit sans son pied droit. Eux, ils sont tous des employés de l’ex Société africaine de sécurité (S.A.S)du Togo. Ils sont pour la plupart payés en dessous du Smig. Un employé à qui un contrat de travail à durée indéterminée a été signé percevait comme salaire de base 20.200 F CFA, avec une prime totale de 7.200 F CFA.

Le 1er juin 1994,le français Robert Montaya a créé S.A.S-Togo au capital de 50 millions F CFA. Après 13 ans d’exploitation, il a cédé la société avec ses passifs et actifs au couple Laffont. C’était en 2007.« Durant ces années écoulées, il n’y a pas eu de cotisation à la Caisse nationale de sécurité sociale (Cnss) et aux impôts, alors que toutes les taxes sont prélevées mensuellement sur les salaires des employés. Pour s’en débarrasser, Mme Lafont met la société en redressement judiciaire le 18 décembre 2009 sans associer le personnel. Au cours du redressement judiciaire, Mme Lafont nous accumule des arriérés de salaires et pousse le personnel à la démisssion forcée. C’est ainsi que certains de nos collègues ont été expulsés de leurs logements ; des foyers ont été disloqués. Cette situation a conduit certains des enfants des employés à ne pas finir (Ndlr, les années scolaires). Des agents qui ont fait des prêts à la Banque sont poursuivis par leurs cautionnaires. Cette même situation a conduit certains de nos collègues à ne pas s’occuper de leur famille et d’autres à la mort », pouvait-on lire dans un mémorandum du Syndicat des travailleurs de la S.A.S- Togo (Syntrasas).

Dirigée par Mme Louise Kodo-Lafont, la société a été liquidée en 2011, laissant sur le carreau près de 500 agents, selon le personnel, sans le versement de leurs arriérés de 5 voire 6 mois de salaires ni de leurs droits. Il se raconte qu’à son arrivée à la tête de S.A. S-Togo, elle a créé une nouvelle société parallèle du nom de Vision Sécurité (dont le siège se trouve au quartier Ablogamé) qui a été fermée en 2012. Toutes nos tentatives pour joindre Mme Lafont sont restées sans suite. Selon les informations, elle ne serait plus fréquente à Lomé.

Ce que réclament les ex-employés de la S.A. S-Togo reste le payement de leurs droits et le versement de leurs arriérés de salaires. Des démarches qu’ils ont entreprises depuis le début de cette affaire n’ont pas abouti. Saisi, le Tribunal du Travail de Lomé, dans une décision rendue le 28 juin 2016, les a « curieusement » déboutés constatant que « la Société S.A.S – Togo a été liquidée depuis l’introduction de la présente action ».

Sans emploi depuis 5 ans, sans leurs salaires et ne sachant à quel saint se vouer finalement, ils décident de saisir les organisations des droits de l’Homme. Ils n’excluent pas l’option de la Cour de la justice de la Cedeao pour avoir gain de cause dans cette affaire.

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