Togo : Discrimination éhontée dans l’enseignement supérieur.

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Serait-on en train de se diriger vers un embrasement social au Togo ? C’est cette question qu’il convient de se poser, vu les agissements et les décisions que prennent Faure Gnassingbé et son gouvernement en direction du peuple depuis quelques mois. Pour un mandat dit social, le troisième quinquennat que vient de commencer Faure Gnassingbé à la tête du Togo présente déjà des signes inquiétants.

Le gouvernement togolais a décidé de supprimer le régime des aides et allocations versées aux étudiants des Universités publiques du Togo à partir de la rentrée universitaire prochaine. Cette disposition sera remplacée par le Fonds d’appui aux études supérieures que le gouvernement s’apprête à lancer et dont les bénéficiaires seront sélectionnés sur la base de l’excellence selon le ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Octave Nicoué Broohm.

Ainsi pour en être bénéficiaire, les nouveaux étudiants devront obtenir le baccalauréat avec une moyenne supérieure ou égale à 12 sur 20. Quant aux anciens étudiants, la dénomination est subdivisée en trois catégories : la bourse d’excellence, la bourse nationale et la bourse partielle. Pour la première catégorie, il faut avoir validé les 60 crédits, 55 crédits pour la bourse nationale et enfin 25 crédits pour la bourse partielle. Selon le gouvernement, l’avantage de ce Fonds réside dans le fait qu’il permettrait aux bénéficiaires qui le souhaitent de faire des prêts. La misère dans laquelle pataugent les étudiants togolais n’est inconnue de personne. Un regard rétrospectif permet de constater sans l’ombre d’un doute que depuis l’époque de feu Eyadema Gnassingbé, les conditions de vie et d’étude dans les Universités togolaises ont toujours été sciemment rendues difficiles au fil des années par les gouvernements successifs. L’inscription à l’Université de Lomé avant 2001 s’élevait à 4500FCFA, en plus d’un montant de 2000FCFA réparti équitablement entre la mutuelle universitaire et l’inscription pédagogique. Mais, à cette époque, les étudiants bénéficiaient d’une bourse mensuelle de 21.600FCFA, des tickets de restaurant à 90FCFA pour le déjeuner, 30FCFA pour le petit déjeuner, le ticket de bus à 10FCFA et des logements dans les cités ou villas universitaires en ville.

A partir de 2002, suite aux différents mouvements estudiantins qu’a connu principalement l’Université de Lomé avec des associations comme le CEUB, l’UETO et consorts, Eyadema avait jugé bon de faire passer les frais d’inscription de 4500FCFA à 50.000FCFA avant de couper par la suite la poire en deux en maintenant ces frais à 25.000FCFA. La même année, les bourses mensuelles de 21.600FCFA ont été supprimées pour faire place aux allocations d’aide trimestrielles de 20.000FCFA soit 6600F/mois. Le prix des tickets de restaurant ont été portés à 300FCFA et le bus à 200FCFA. Le Centre National des Œuvres Universitaires (CNOU) devenu entre-temps Centre des Œuvres Universitaires de Lomé (COUL) qui s’occupe du logement perçoit à ce jour 140.000FCFA par an auprès des étudiants pour les chambres individuelles alors que les chambres communes sont à 19000FCFA. C’est cette évolution qu’ont connu les prix des prestations à l’Université de Lomé que le gouvernement s’apprête à corser avec les nouvelles mesures qu’il entend mettre en application à partir de la rentrée prochaine, de quoi susciter le courroux des étudiants profondément marqués par la misère ambiante. Quel est l’objectif poursuivi par les nouvelles mesures que le gouvernement veut mettre en application ?

Il n’est pas non plus un secret pour personne que les Universités privées et les écoles de formation qui ne sont pas du ressort de l’Etat subissent régulièrement la foudre de ce dernier, très souvent sous le prétexte de non-conformité avec les dispositions légales. Ces établissements qui en principe doivent constituer un relais dans la formation sont plutôt victimes de mesures restrictives de la part du ministère de tutelle. De quoi s’interroger sur les réelles intentions du gouvernement togolais en ce qui concerne l’avenir de l’Enseignement Supérieur. Depuis l’accession de Faure Gnassingbé à la magistrature suprême au Togo, une multitude de « fonds » et d’agences ou programmes similaires ont été mis en place avec des résultats mitigés. Le FNFI, le FAIEJ, le PRADEB, l’ANADEB, l’AGRISEF… sont des outils que le gouvernement s’évertue à vanter comme étant des moteurs d’un développement que les Togolais ont de la peine à sentir. Quelle sera la particularité de ce fonds d’appui aux études supérieures quand on connaît déjà les limites et les faiblesses des précédentes mesures dans la vie des Togolais ? Pendant que tout est mis en œuvre pour compliquer la vie aux jeunes togolais notamment en usant de subterfuges pour provoquer un dégoût envers les études supérieures dans les deux Universités, les progénitures des décideurs évoluent tranquillement dans des Universités occidentales parfois aux frais du contribuable togolais.

Plusieurs sources concordantes révèlent des pratiques troublantes qui s’opèrent dans les locaux de certaines Ambassades du Togo en Europe. Selon des sources dignes de foi, des allocations mensuelles allant jusqu’à 750 euros seraient distribuées mensuellement aux enfants des tenants du régime de Lomé 2 étudiant en France. Ainsi, pendant qu’au Togo, les étudiants subissent la foudre des dirigeants qui brandissent l’insuffisance des moyens pour faire face aux besoins, leurs enfants s’offrent des études paisibles non seulement à leurs frais mais aussi sur le dos de la misère de leurs congénères restés au pays. Ce comportement qui n’est rien d’autre que du sadisme avéré se confirme d’ailleurs par la faible consommation du montant alloué à l’Enseignement Supérieur dans le budget chaque année. On se souvient qu’en 2015, malgré les multiples revendications des étudiants, plusieurs milliards du budget de l’Enseignement Supérieur n’avaient pas été utilisés au 31 décembre. L’on se demande donc à quoi rime cette façon de faire si ce n’est une volonté délibérée de nuire à autrui pour le plaisir, ce qui est d’ailleurs une pratique foncièrement ancrée dans les habitudes du pouvoir Rpt-Unir.

L’éducation étant le socle et le soubassement de tout développement, le fait que ce secteur soit bafoué et relégué au dernier plan dans le classement des priorités gouvernementales obéit à une volonté de maintenir les masses laborieuses dans l’ignorance pour mieux les asservir. La survie du pouvoir autocratique qui martyrise le Togo depuis presqu’un demi-siècle en dépend bien entendu.

En somme, le pouvoir de Faure Gnassingbé n’a aucune vision pour la jeunesse. Et cela ne devrait étonner personne puisque le Togo et ses richesses ont toujours été considérés comme appartenant à un club d’amis et donc exempt de toute idée de partage ou de distribution.

Source : Kossi Ekpé, Le Correcteur No. 710 du 1er août 2016

27Avril.com

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