Togo, Décentralisation, Découpage électoral, Relent de Tribalisme : Les députés Faure / RPT/UNIR imposent les nouvelles préfectures dans un Palais des congrès bouclé. La lâcheté de ces « moutons » n’a pas d’égale !

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C’est un tollé général que l’adoption du projet de création de nouvelles préfectures par le Conseil des ministres avait suscité au sein de l’opinion.

Togo, Décentralisation, Découpage électoral, Relent de Tribalisme :  Les députés Faure / RPT/UNIR imposent les nouvelles préfectures dans un Palais des congrès bouclé. La lâcheté de ces « moutons » n’a pas d’égale !

Des voix s’étaient élevées en tout cas dans l’opposition pour dénoncer les relents identitaires et autres manœuvres politiciennes qui entachent cette initiative, et surtout réclamer la concertation autour de la préparation du processus de la décentralisation, des élections locales, des réformes et autres questions d’intérêt national. Mais le projet a été imposé et/ou adopté ce vendredi par les députés RPT/UNIR à l’Assemblée nationale, dans un Palais des congrès bouclé. Le chien aboie, la caravane passe, tel semble le message envoyé par Faure Gnassingbé à l’opposition et au peuple togolais.

La loi votée dans un Palais des congrès assiégé

Vendredi dernier, le Palais des congrès, lieu qui accueille toutes les manifestations possibles au Togo et s’ouvre à n’importe quel quidam, a connu une ambiance particulière. Il était complètement bouclé par les policiers. Et pour cause, se déroulait  ce  jour une séance plénière consacrée à l’étude du projet de création des quatre nouvelles préfectures adopté par le Conseil des ministres.

Togo, Décentralisation, Découpage électoral, Relent de Tribalisme :  Les députés Faure / RPT/UNIR imposent les nouvelles préfectures dans un Palais des congrès bouclé. La lâcheté de ces « moutons » n’a pas d’égale !

On croirait à une séance pour voter la privatisation du fauteuil présidentiel en faveur de Faure Gnassingbé et à l’occasion de laquelle le pouvoir redoutait du grabuge de la part de l’opposition. Les corps habillés ont quasiment fait le siège du bâtiment, et n’y est pas entré qui voulait. Bien que les dispositions réglementaires disent que les plénières à l’Assemblée nationale sont publiques et donc ouvertes à tous, le commun des citoyens n’était pas le bienvenu.

Même les journalistes dont la prérogative est d’informer le peuple n’étaient pas  autorisés à y accéder. En tout cas, seuls ceux de la « vraie presse », la Télévision Togolaise en prime et les autres médias publics étaient acceptés. Quant aux autres, notamment les privés, ils ont été simplement éconduits. Même les membres de la fameuse Association des journalistes parlementaires du Togo (AJPT) formée de journalistes tant du public que du privé et dont la mission régalienne est de couvrir les sessions parlementaires et informer suffisamment l’opinion sur le travail des députés, n’avaient aucun traitement de faveur. Les journalistes qui tentaient de raisonner les éléments positionnés derrière les barricades dressées se sont entendu cracher à la figure : « Nous avons reçu un ordre ferme » (Ndlr, de ne pas laisser entrer les journalistes de la presse privée). Et pourtant il a été voté entre-temps par cette même Assemblée nationale la loi facilitant l’accès à l’information à la presse ! Même certains honorables députés qui venaient à la séance avaient eu du mal à accéder à la salle. Ils étaient systématiquement fouillés, comme si le pouvoir redoutait quelque chose.

C’est dans ces circonstances que le projet de loi controversé portant création des quatre nouvelles préfectures a été adopté par les députés du pouvoir RPT/UNIR, les élus de l’opposition, ceux de l’Alliance nationale pour le changement notamment ayant légitimement boycotté le vote. Ainsi Kpendjal-Ouest, Oti Sud, Mô et Agoènyivé deviennent officiellement et légalement des préfectures à part entière, comme les autres déjà existant.

Le chien aboie, la caravane passe

C’est manifestement le message que veut faire passer Faure Gnassingbé à travers le vote de ce projet de loi contesté. Il s’agit plutôt d’une imposition car cette initiative ne fait pas l’unanimité au sein de la classe politique. Son adoption en conseil des ministres avait déjà entrainé une levée de boucliers au sein de l’opposition, du Combat pour l’alternance politique en 2015 (CAP 2015) notamment, qui reprochait à l’initiative des relents politiciens et identitaires, notamment concernant la localité d’Agoènyivé érigée en préfecture. C’est un secret de Polichinelle que cette zone est majoritairement habitée par les ressortissants d’une région du Togo – suivez les regards. Il s’agissait visiblement d’une forme de gratitude du pouvoir aux populations de cette localité pour les suffrages à lui accordés depuis plusieurs élections. Les responsables de l’Alliance nationale pour le changement (ANC) et du CAP 2015 ne se sont pas seulement contentés de critiquer. Ils ont fait des amendements et, au nom de la justice sociale et de l’équité, formulé des propositions concrètes. Mais toutes ces suggestions ont été balayées du revers de la main par le pouvoir.

Le 21 mai dernier, les populations étaient dans les rues de Lomé, à l’initiative du CAP 2015 afin de réclamer la mise en œuvre des réformes, un processus inclusif de la décentralisation et des élections locales. Il s’agissait d’ameuter l’opinion nationale et internationale, mettre la pression sur Faure Gnassingbé afin qu’il fasse bouger les lignes. Les responsables de ce regroupement politique n’ont pas manqué de réclamer des concertations, afin que le pouvoir et l’opposition s’entendent sur ces questions d’intérêt national. Mais cette bonne volonté est visiblement balayée du revers de la main par le régime RPT-UNIR. Le CAP 2015 devrait remettre cela le samedi 4 juin prochain avec une autre marche. Mais tout cela ne semble nullement émouvoir Faure Gnassingbé. Sa logique est très simple : le chien aboie, la caravane passe ! C’est le coup de force permanent, advienne que pourra. Et visiblement, l’opposition et les Togolais assoiffés de l’alternance ne sont pas au bout de leurs peines. Le projet de découpage du territoire en communes, dans la perspective des élections locales, devrait aussi subir le même sort.

Jusqu’où Faure Gnassingbé veut-il aller ?

La veille de la célébration du 56e anniversaire de l’indépendance du Togo, les évêques, dans un appel d’une rare franchise, interpellaient la classe politique sur la crise politique que traverse le pays. Les prélats avaient notamment interpellé le pouvoir à lâcher du lest. Mais apparemment, cette exhortation n’a aucun écho auprès de Faure Gnassingbé.

La création de ces nouvelles préfectures qui n’était pas une urgence cache mal des manœuvres politiciennes et électoralistes visant toujours pour le pouvoir à s’imposer. Certains observateurs voient, au-delà des élections locales qui sont dans toutes les têtes, plutôt une préparation en douce des législatives de 2018. Ils relèvent qu’avec ces nouvelles préfectures créées, le Nord du pays pourtant peu peuplé, serait plus représenté en termes de nombre de sièges de députés.

Visiblement, le 3e mandat accaparé dans les conditions que l’on sait ne suffit pas à Faure Gnassingbé. Il cherche plutôt les moyens de consolider son règne, avec ces manœuvres. A l’allure où vont les choses, ce serait naïf que de vouloir compter sur sa bonne foi ( ?) pour laisser le pouvoir en 2020. Manifestement, il est prêt à tout pour s’y accrocher. Au lieu de s’employer à résoudre les rancœurs créées par le demi-siècle de gouvernance de la famille Gnassingbé, ouvrir les vannes de l’alternance et ainsi sortir de l’Histoire la tête haute, Faure s’emploie plutôt, de jour en jour, à créer davantage de frustrations. Jusqu’où peut-il diantre aller?

Il faut le relever, cet état d’esprit est répulsif à la paix sociale, à la cohésion, à la réconciliation réclamées…La logique du coup de force permanent est dangereuse pour le devenir du Togo. Chaque jour que Dieu fait, l’horizon démocratique s’assombrit davantage. A côté de vouloir imposer ses desiderata, tout est entrepris au même moment par le Prince pour bâillonner les opposants, notamment Jean-Pierre Fabre qui essaie de maintenir le flambeau de l’opposition, avec l’affaire des incendies des marchés du Togo. Tout est tramé pour le conduire aux assises, le condamner, l’emprisonner et ainsi l’éliminer du débat politique. « Faure semble n’avoir aucune force en face, raison pour laquelle il fonce comme dans du beurre. Mais les choses risquent de changer lorsque la donne changera aussi (…) Il est constant que lorsque tu poursuis un animal a priori inoffensif, lorsqu’il n’a plus d’issue, il se retourne contre toi et peut t’attaquer à son tour », relève utilement un analyste.

Source : [30/05/2016] Tino Kossi, Liberté N° 2203

Titre : 27avril.com

27Avril.com

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