Togo : Avortement clandestin, une « industrie » à plein essor qui fait vivre une race de « professionnels de la santé » !

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« Il n’y a pas de sot métier », dit-on.  Autrement, tout travail est bon pourvu qu’il rapporte de l’argent. Malheureusement, la course effrénée aux espèces sonnantes et trébuchantes érode certaines digues de la conscience humaine. L’argent a fait de certains des vautours qui vivent des embryons humains aspirés dans l’utérus.

Togo : Avortement clandestin, une « industrie » à plein essor qui fait vivre une race de « professionnels de la santé » !

L’avortement se définit comme l’interruption avant son terme du processus de gestation, c’est-à-dire du développement qui commence à la conception par la fécondation d’un ovule par un spermatozoïde formant ainsi un œuf, qui se poursuit par la croissance de l’embryon, puis du fœtus, et qui s’achève normalement à terme… Ses pratiquants en sont conscients. L’amour à l’argent les y obligent soutiennent-ils.

Kossi (c’est ainsi que nous le nommons puisqu’il a requis l’anonymat) doit certainement se moquer des fonctionnaires. Ils sont à ses yeux à plaindre. Passer de longues heures au bureau, se faire réprimander (parfois) par son supérieur hiérarchique, recourir au système D pour arrondir la fin du mois, tout ça aux yeux de Kossi est très exigeant pour des salaires dérisoires. Pour autant, il semble comprendre ces travailleurs. C’est le choix qu’ils ont fait. Tout comme le sien. Kossi pratique l’avortement.

Il se fait appeler par ses patients, médecin ou assistant. Pour les plus âgés, « Dokita», l’appellation déformée de docteur. Kossi officie dans une clinique privée informelle dans un quartier de Lomé. Tous les jours, même les jours de repos, il reçoit dans son « cabinet », des jeunes filles (en majorité) et parfois des femmes au foyer aussi ! « Je perçois 15 000 FCFA sur une seule opération », affirme-t-il. Ce qui lui génère une entrée mensuelle conséquente. Et selon les saisons, il peut engranger plus de 150.000 FCFA dans une seule semaine. « Dès les premières semaines de la grossesse, nous percevons 15.000 FCFA. Mais si la grossesse dépasse un mois, la patiente devra débourser 30.000 FCFA », précise Kossi. Avec ce qu’il gagne de ses interventions, Kossi vit mieux comme un fonctionnaire.

En réalité, il devrait gagner plus que ça. Car, la pratique de l’avortement génère des soins post-avortements mais c’est surtout son patron qui tire le maximum de profits. Ce dernier a fait de l’avortement clandestin son métier. Il totalise plus d’une dizaine d’années et a trois maisons. Comme la bouche qui mange ne fait du bruit, il est souvent sobre. La prison, il en a connu mais est toujours parvenu à sortir grâce à ses « clientes ». Kossi ambitionne dans un futur proche d’ouvrir son propre cabinet et compte sur le nombre relativement élevé des clientes de son patron qu’il compte détourner. Pour cela, il les entretient bien et n’a visiblement pas peur des dangers. Car, il veut surtout faire des réalisations comme son mentor. En attendant, il se coule douce par l’aspiration d’une vie dans l’utérus.

De ses confidences, il nous a dit qu’ils sont nombreux à opérer dans le domaine de l’avortement clandestin. Il y a des ainés qui y ont « fait fortune » et ont des appuis solides. Au cours de notre investigation, il nous a été révélé qu’il y a des doutes sur l’effectivité des grossesses in vitro au Togo. Des zones d’ombre entourent l’affaire. La médecine de reproduction serait devenue un juteux marché où l’argent aurait pris le pas sur une véritable profession de serment. « On n’est pas les seuls. Il y a des cliniques formelles et informelles qui pratiquent l’avortement », tente de relativiser Kossi.

« Comme toute entreprise, nous traversons des moments creux. Mais ça ne dépasse jamais deux semaines. Les périodes au cours desquelles nous sommes souvent débordées, sont les périodes de grandes vacances et souvent après les fêtes de fin d’année, et les mois qui suivent les semaines culturelles », a confié, Kossi. « Les noms que vous voyez dans ce cahier sont ceux de celles qui ont avorté dans notre centre », m’a-t-il montré dans un cahier de 200 pages dont la moitié est déjà entamée. Il a tenu à préciser que l’enregistrement a débuté à peine trois (03) mois. Le précédent cahier était déjà rempli.

Apparemment, Kossi très fier du nombre très élevé de ces patientes. Car, l’effectif fait augmenter les recettes. « Il y a les femmes les moins âgées comme les plus âgées qui viennent », mentionne-t-il. A l’en croire, il reste sidéré devant certains cas. De jeunes filles musulmanes et femmes au foyer qui se font avorter pour cause de grossesse indésirable. « Une femme au foyer est venue se faire avorter. Et je lui ai demandé si son mari est-il au courant. Elle a acquiescé de la tête mais ne m’a pas convaincu. Et j’ai insisté pour qu’elle retourne se faire accompagner par son mari. Et c’est alors qu’elle est passée aux aveux en révélant que la grossesse n’est pas de celui avec qui elle vit », confie Kossi. Ces cas d’infidélité au foyer et religieuse, il en a vu plusieurs mais ce qui le préoccupe plus que tout, c’est l’argent.

Selon le jeune Kossi (Il est dans la trentaine), en principe  il ne devrait pas avorter au-delà de trois (03) mois. Cependant, il lui arrive de faire exception à la règle. « Quand ces cas arrivent, on a des pincements au cœur. C’est comme je venais de faucher une vie », avoue-t-il. « Mais que voulez-vous », s’est-il interrogé. Il a tellement pratiqué l’avortement qu’à ses yeux, c’est une opération très banale, voire facile et que les « préjugés ont entouré de prescriptions religieuses ». Visiblement, les dispositions juridiques, elles aussi ne l’effraient pas. Elles lui semblent ne pas exister.

Une disposition juridique amorphe

En décembre 2007, l’Assemblée nationale togolaise a fait voter une loi concernant l’avortement. Elle autorise certains cas de l’Interruption volontaire de grossesse (IVG). La disposition concerne les grossesses résultant de « viol ou de relation incestueuse ». Au lendemain de la promulgation de cette loi, des voix se sont élevées pour la critiquer. Pour les contestataires, c’est une manière de légiférer l’avortement. Aujourd’hui, les faits semblent leur donner raison.

L’avortement clandestin au Togo se porte bien. Les adultes et surtout les adolescentes  y  recourent. Ce qui ne va pas sans accident comme celles qui laissent leur vie. « Depuis que j’opère dans cette clinique, nous n’avons pas enregistré de décès du à l’avortement. Mais le risque n’est pas exclu. C’est comme nous côtoyons la mort tous les jours », reconnaît Kossi. Malgré les initiatives (les sensibilisations sur la planification familiale et sur l’usage des contraceptions) de l’Association togolaise pour le bien-être familial (ATBEF) dans son approche de santé de reproduction, le danger a pris des racines. Il est difficile de couper ce mal qui a pris des proportions inquiétantes. Pendant ce temps, les individus véreux continuent de « réaliser » des bénéfices sur le dos de ces embryons. « L’argent n’a pas d’odeur », dit-on souvent. Mais il faut savoir bien l’entourer des mains afin qu’il dégage un doux parfum.

Source : Eklou G., La Gazette du Togo

27Avril.com

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