Togo : Absence de personnels soignants et Manque de matériels adéquats dans les centres de santé au Togo

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« La santé n’a pas de prix », dit-on. Et l’une des responsabilités régaliennes de L’État est d’assurer une meilleure couverture sanitaire à ses administrés. Il est aussi évident que le système de santé togolais est dans un état comateux. Manque de matériels adéquats dans les centres de santé, absence de personnels soignants, sont les maux majeurs qui gangrènent le secteur de la santé au Togo. Ces problèmes sont plus accrus dans les villages où les unités de santé publique constituent de véritables mouroirs pour ces populations.

Certaines localités disposent de centres médicaux sociaux, mais d’autres se contentent de petites structures mises en place par certaines ONG. Mais une chose est d’en disposer, une autre est qu’il soit opérationnel, et c’est le manque du personnel médical qui justifie parfois le mauvais fonctionnement desdits centres. Ici nous allons évoquer un cas typique. Il s’agit de celui du village de Kéta-Hounlokoe (préfecture de Vo) qui s’est doté d’un dispensaire flambant neuf grâce aux efforts conjugués de certains de ses ressortissants depuis septembre 2015, mais dont les activités tardent à démarrer, faute d’infirmier pourtant promis par les autorités.

Situé à une dizaine de kilomètres de Vogan, Kéta-Hounlokoe voit encore ses fils et filles mourir de maux bénins. Pourtant il y a un dispensaire flambant neuf qui ne sert malheureusement que d’abri pour les lézards, les cafards, les souris et autres reptiles.

Un village construit par ses fils

Kéta-Hounlokoe est un petit village situé au bord du lac Togo, à une dizaine de kilomètres de Vogan. Un peu isolé, il est entouré d’Apédakondji et de Zowla de l’autre côté de la rive. A l’entrée du village, se retrouve un grand fétiche gardien (Dou Légba) qui, mystiquement, est chargé de surveiller les entrées et les sorties du village et de protéger les populations. La végétation y est dense et des arbres gigantesques font la beauté de ce paysage.

Étant un village lacustre, la pêche est la première activité du milieu, même si l’agriculture occupe une place importante dans la vie quotidienne de cette communauté. On y parcourt des ruelles en terre dorée, bordées de maisons en banco. On peut apercevoir une église en hauteur sur la place du village où les fidèles chrétiens adorent Dieu, mais aussi quelques couvents vodou où les animistes se regroupent pour leurs différents rituels. Plus au loin dans la campagne, une grande maison fleurie et luxueuse appartenant à un ressortissant du village vivant à l’extérieur.

Le trait particulier de ce village de Keta-Hounlokoe est qu’il a été construit en grande partie par ses propres fils et filles. Vivant au pays où à l’extérieur (Gabon, Côte d’ivoire, Ghana…), ces derniers ne lésinent par sur les moyens pour doter leur village en infrastructures nécessaires afin de satisfaire les besoins primaires de leurs frères.

« Nous avons l’impression que notre village est oublié par les autorités. Toutes les initiatives réalisées dans notre agglomération viennent des enfants du milieu. École, eau, latrines publiques, c’est nous-mêmes », déclare M. Akoly, membre du Comité d’Action pour le Développement de Kéta-Hounlokoé (CADEVKHO). Cette association mobilise la majorité des ressortissants du village pour des cotisations ponctuelles pour répondre aux attentes des populations. « Sans les efforts de cette association, notre village ressemblerait à un désert puisque l’État n’a rien réalisé chez nous à part l’école primaire ». Récemment, ce comité a construit une garderie dans l’école primaire, et ce sont les populations elles-mêmes qui prennent en charge l’enseignante.

L’une des réalisations remarquables de cette association avec les cotisations des ressortissants de cette contrée reste le dispensaire, construit pour soulager les habitants du village qui parcouraient des kilomètres avant de se faire soigner. Un rêve devenu réalité, mais qui s’est transformé à un cauchemar peu après son inauguration et sa réception par les autorités publiques.

Un dispensaire d’initiative communautaire

Le processus de construction de ce centre de santé a été laborieux. L’autorisation pour la construction a été délivrée par les autorités compétentes en 2008 alors que les travaux n’ont pris fin qu’en 2015 après une interruption du chantier suite à des divisions intervenues au sein même de la collectivité. « Mais Dieu aidant, nous avons réussi à surmonter nos divergences dans le village pour faire sortir de terre ce bâtiment », raconte M. Dosseh, un enseignant du village qui était aussi impliqué dans la réalisation de ce projet communautaire.

Bâtiment flambant neuf, peint en jaune, le dispensaire de Kéta-Hounlokoe se trouve également à l’entrée du village à côté de l’école primaire. Ce joyau a coûté près de dix-neuf (19) millions, et a été inauguré en grande pompe le 26 septembre 2015 et a été accueilli avec alacrité par les populations longtemps éprouvées par l’inexistence du centre de santé dans leur milieu. Ce dispensaire respecte les exigences de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS). Étaient présents lors de l’inauguration les autorités préfectorales, les chefs divisions de santé de la préfecture, les chefs coutumiers et d’autres personnalités de rang. Au cours de la cérémonie de l’inauguration, le dispensaire a été réceptionné officiellement par les autorités qui ont promis de faire diligence afin de le faire fonctionner convenablement.

Pratiquement un an après cette inauguration, les populations se sentent bernées. Ils attendent depuis des mois, « le regard tourné vers les cieux » pour appréhender le visage de ceux qui seront affectés dans le centre. Mais en vain. La nature ayant horreur du vide, des rats, des souris, des reptiles, des cafards et d’autres insectes y ont élu domicile. Bref un hôtel cinq étoiles pour les bestioles.

Le bâtiment est composé de neuf salles avec des sanitaires et une pharmacie. Mais son intérieur est méconnaissable, vu le degré de saleté qui y règne malgré des entretiens réguliers effectués par quelques jeunes du milieu. « Nous venons balayer souvent les salles, mais comme il n’y a pas de vie humaine ici, c’est comme si nous ne faisions rien car quelques temps après quand on revient sur les lieux, c’est comme si on ne l’a jamais entretenu », darde Koffi, un des jeunes rencontrés sur les lieux.

Le plus préoccupant dans tout ce désastre humain reste l’état de certains matériels que les populations ont pu avoir auprès de certains ONG et grâce à des efforts individuels de quelques ressortissants. On y trouve des lits, des fauteuils roulants et des cartons de médicaments entreposés dans la grande salle d’attente du dispensaire et qui se dégradent le jour le jour.

« Nous avons acquis ces matériels dans la perspective de lancer aussitôt l’inauguration du bâtiment, les opérations de soins, croyant que nos efforts seront soutenus par nos autorités qui nous enverront des praticiens hospitaliers. Mais quelle ne fut notre surprise qu’un an après, ces matériels gisent malheureusement au sol et nous ne savons s’ils seront récupérables quand nous aurons enfin les infirmiers. C’est tout simplement triste et révoltant », lance Kossigan Ekoué, la cinquantaine, visiblement désabusé par la situation.

Deux infirmiers pour sauver tout un village

Les populations de Kéta-Hounlokoe ne demandent pas la lune. Elles ont déjà effectué le plus important, c’est-à-dire la construction du dispensaire, ce qui devrait être fait par l’État. Mais cet effort doit être soutenu et encouragé par l’envoi des praticiens hospitaliers pour soulager les populations de cette localité. Ce village vit un vrai désastre sur le plan sanitaire. Les populations sont obligées de parcourir des kilomètres pour aller se faire sogner à Vogan. Parfois, ce sont les plus chanceux qui y parviennent. D’autres trépassent en route.

« Parfois, tu as un cas grave que tu transportes sur moto pour aller à l’hôpital et la personne décède en cours de route. Soit tu l’emmènes directement à la morgue soit tu ramènes le corps pour enterrer. Et c’est très difficile lorsque tu jettes un regard sur notre dispensaire qui ne sert pratiquement à rien », raconte un cultivateur.

A Kéta-Hounlokoe, une simple crise de paludisme emporte les gens par manque de soins. La population étant rurale, elle s’adonne parfois à des tisanes et à des tradithérapeutes qui ont démontré aussi leurs limites. Le souhait des habitants de cette localité est que l’Etat leur envoie au moins deux agents. Un Infirmier d’État et une sage femme pour commencer à s’occuper des cas mineurs. Et il est regrettable de constater que les accouchements se font toujours de manière traditionnelle dans ce village. Cela occasionne parfois la perte du bébé ou de la maman.

Les populations ne sont pas restées inactives. Elles ont entrepris plusieurs démarches qui se sont soldées par des déceptions. Le Comité d’Action pour le Développement de Kéta-Hounlokoé (CADEVKHO) a même trouvé une maison pour loger les infirmiers qui leur seront envoyés. D’autres projets sont en cours de réalisation dont l’électrification du centre de santé en énergie solaire. Des cotisations ont déjà débuté, a-t-on appris. Les populations ne comprennent donc pas ce mépris de la part des autorités qui restent insensibles à leurs doléances. Pire, on leur demande de prendre en charge le salaire des infirmiers s’ils sont envoyés. Ce qui est inexplicable aux yeux des populations qui crient leur désarroi au quotidien.

« Nous supplions les autorités pour qu’elles nous viennent en aide. Nous n’avons besoin que de deux infirmiers pour le moment. Nous n’avons pas les moyens pour aller nous faire soigner ailleurs. On a la chance d’avoir un dispensaire juste à côté. Nos enfants meurent de simples migraines, si ton mari va au champ ou à la pêche et revient avec une infection, tu ne fais que prier pour qu’il te reste en vie. Pardon, sauvez-nous ». Tel est le cri de détresse que lance Jeannette, mère de deux enfants. Pourtant on se rend compte que chaque année, une centaine d’infirmiers d’Etat (IdE) sortent de l’Ecole Nationale des Auxiliaires Médicaux sans oublier des dizaines de sages femmes et dont la majorité reste au chômage.

Au-delà du dispensaire

Malgré les efforts répétés des fils et filles du village Kéta-Hounlokoe, ces habitants restent confrontés à d’énormes difficultés. Le problème du dispensaire étant un cas spécial. Tout d’abord, ce village de plus de cinq cents (500) personnes ne dispose que d’une école primaire. Après l’obtention du Certificat d’Etude du Premier Degré (CEPD), les enfants sont obligés pour la plupart de mettre un terme aux études. D’autres dont les parents ont un peu de ressources sont envoyés à Vogan pour poursuivre les études secondaires. Les téméraires sont tenus de parcourir la dizaine de kilomètres chaque jour pour se rendre à l’école. C’est pour cela que les habitants de Kéta-Hounlokoe souhaiteraient que les bonnes volontés puissent les aider à se doter d’une école secondaire pour permettre aux jeunes de la localité de poursuivre en toute quiétude leurs études. Un projet est également en cours pour l’ouverture d’une classe de 6ème en attentant une solution à la construction d’une école secondaire.

Le village n’est pas aussi électrifié. Pourtant il y a le courant électrique à trois kilomètres du village, plus précisément à Apédakondji. Déjà à 18h30, tout est désert dans le village et toutes les activités cessent. La criminalité ne cesse d’augmenter.
Il y a urgence qu’une solution puisse être trouvée pour ce dispensaire construit grâce aux efforts des fils et filles de Kéta-Hounlokoe. Ils ont fait l’important, reste juste un accompagnement de la part de l’autorité. Dix neuf millions pour rien, c’est tout simplement absurde et triste. Ou bien le bruyant « développement à la base » ne concerne-t-il pas les populations de Kéta-Hounlokoe.

Liberté

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