Togo : 49e session ordinaire de la CEDEAO / Faure Gnassingbé absent à Dakar

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Dakar était ce week-end le centre névralgique de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’ouest (CEDEAO), à l’occasion de la 49e session ordinaire de la Conférence des chefs d’Etat et de gouvernement. Plusieurs sujets d’importance étaient au menu.

Presque tous les dirigeants des pays membres étaient présents. Mais deux manquaient à l’appel : Faure Gnassingbé du Togo et son compère Yahya Jammeh de la Gambie. Concernant le premier, son absence a de quoi surprendre pour quelqu’un qui n’aime pas se faire conter de pareilles rencontres. Selon les indiscrétions, il s’agirait d’une bouderie en règle du sommet par l’homme pour certaines raisons.

Ellen Johnson Sirleaf élue présidente de la CEDEAO
C’est la grande nouvelle de cette 49e session ordinaire de la Conférence des chefs d’Etat et de gouvernement de la CEDEAO. La présidente du Libera qui est en fin de mandat cette année dans son pays, a été élue présidente au début des travaux ce samedi, en remplacement du Sénégalais Macky Sall qui bouclait un mandat d’un an à la tête de la Conférence des chefs d’Etat et de gouvernement.

L’autre fait marquant de l’ouverture de la rencontre a été l’appel lancé par le président sortant de la CEDEAO à ses pairs afin que tous les pays membres honorent leurs contributions. « … Je réitère, par conséquent, mon appel à tous les Etats membres afin qu’ils s’acquittent de leurs obligations statutaires en versant, à temps, et intégralement, leurs contributions au titre du prélèvement communautaire afin de permettre à l’organisation d’avoir les moyens nécessaires à son bon fonctionnement», a plaidé le président sénégalais. Côté bilan, Macky Sall aura passé un mandat plus ou moins bien rempli. L’histoire retiendra que c’est sous sa présidence que la communauté a connu une bonne demi-dizaine d’élections présidentielles paisibles et/ou transparentes – avec un petit bémol au Togo – ; il a également géré avec doigté la tentative de coup d’État au Burkina Faso en septembre 2015.

Au menu de cette 49e session, la situation économique au sein des pays membres, la problématique de la sécurité après les récentes attaques terroristes au Mali, au Burkina Faso et en Côte d’Ivoire, le grand chantier de l’intégration…Plusieurs dossiers étaient également examinés, notamment le rapport de la 76ème réunion ordinaire du Conseil des ministres de la CEDEAO ainsi que celui de la 36ème session ordinaire du Conseil de médiation et de sécurité de l’organisation régionale. Le mémorandum sur l’état d’avancement des négociations de l’Accord de partenariat économique (APE) entre l’Afrique de l’Ouest et l’Union européenne a été aussi passé en revue.

Faure Gnassingbé absent à Dakar

Le commun des Togolais ne devrait douter un seul instant de la présence de Faure Gnassingbé à Dakar. Il devrait même le compter même parmi les tout premiers hôtes à arriver dans la capitale sénégalaise et prendre ses quartiers dans son hôtel, en attendant même l’ouverture de la salle de conférence de l’Hôtel King Fahd Palace où ont lieu les travaux. Même si on le savait depuis le début de la semaine écoulée en visite de travail en Chine où il aurait arraché des conventions de 100 milliards de FCFA pour le bonheur des Togolais –sic-, ce n’était pas un problème pour lui de quitter l’autre bout du monde et rallier Dakar. L’homme est réputé avoir le don d’ubiquité, capable de faire deux capitales en une journée pour des sommets dont il raffole. Jamais fatigué lorsqu’il s’agit des messes internationales, il a de ces recettes pour se remettre d’aplomb lorsqu’il semble éreinté. Mais à la surprise générale, il n’était pas à Dakar.

C’est l’autre événement de ce rendez-vous, à part bien sûr l’élection d’Ellen Johnson Sirleaf à la présidence de la Conférence des chefs d’Etat et de gouvernement. Faure Gnassingbé n’était pas dans la capitale sénégalaise pour cette messe des dirigeants de la communauté. Il s’est fait représenter, non par le Premier ministre de décor Komi Selom Klassou qui s’occupe à commérer suite à une interpellation du député Jean Kissi, mais plutôt par le ministre d’Etat, ministre de l’Economie, des Finances et de la Planification du développement, Adji Otèth Ayassor.

Cette absence du numéro 1 togolais a de quoi surprendre, pour qui connaît le goût de l’homme pour ces genres de rendez-vous. Faure Gnassingbé adore en effet ces rencontres qui lui permettent de côtoyer ses pairs et s’affirmer, et sur le plan mondial de s’acoquiner avec les plus grands décideurs du monde et quémander leur amitié. Même lorsqu’il y a des urgences dans son pays, il n’hésite pas à quitter et rallier les capitales où se tiennent ces rencontres. Mais pour une fois, il a surpris son monde.

Les non-dits de cette absence-surprise

Si l’on peut prétexter son calendrier chargé– sans doute que ses journalistes et caisses de résonance iront sur cette piste pour le défendre -, il y a des raisons inavouées qui justifient cette absence. Selon des indiscrétions, cette absence est assez stratégique et en lien avec la problématique de la limitation du mandat présidentiel et est une façon pour Faure Gnassingbé d’échapper à une éventuelle interpellation à ce sujet, à un moment où l’opposition togolaise a ressuscité les manifestations de rue pour réclamer la mise en œuvre des réformes constitutionnelles et institutionnelles de l’Accord politique global (APG) du 20 août 2006.

«Rappelez-vous qu’à Accra en mai 2015, Faure Gnassingbé avait refusé de signer le projet de protocole initié par la CEDEAO et consistant à limiter dans tous ses Etats membres les mandats présidentiels à deux. Depuis deux semaines, le CAP 2015 a commencé à remettre la pression avec des marches, et il pourrait bien être interpellé sur cette problématique à Dakar et le projet pourrait être remis sur le tapis (…) », nous confie une source bien renseignée. Pas trop farfelu, surtout lorsqu’on sait que son compère gambien, Yahya Jammeh aussi n’était pas à Dakar pour cette 49e session de la Conférence des chefs d’Etat, même si les contentieux entre la Gambie et le Sénégal en seraient aussi pour beaucoup dans son absence.

Autre indiscrétion qui pourrait justifier l’absence de Faure Gnassingbé à ce rendez-vous de Dakar, son refoulement répétitif aux portes de la présidence de la Conférence des chefs d’Etat de la CEDEAO. En effet, depuis son avènement au pouvoir, le Prince de Lomé 2 a tenté, à plusieurs reprises, de se faire élire à la tête de cet organe communautaire. En vain. Le principe, c’est d’alterner la présidence entre pays francophones et pays anglophones. Mais certains États ou présidents ont eu l’honneur de se voir confier cette structure à plusieurs reprises. Tout porte à croire à une cabale contre Faure Gnassingbé afin de ne pas lui ouvrir les portes de cette institution. A titre d’illustration, voici la liste des présidents de la Conférence des chefs d’Etat et de gouvernement de la CEDEAO depuis 2005 où il est monté au trône :

  • Mamadou Tandja (Niger), 19 janvier 2005 – 19 janvier 2007 ;
  • Blaise Compaoré (Burkina Faso), 19 janvier 2007 – 19 décembre 2008 ;
  • Umaru Yar’Adua (Nigeria), 19 décembre 2008 – 18 février 2010 ;
  • Goodluck Jonathan (Nigeria), 18 février 2010 – 16 février 2012 ;
  • Alassane Ouattara (Côte d’Ivoire), 17 février 2012 – 28 mars 2014 ;
  • John Dramani Mahama (Ghana) 28 mars 2014-19 Mars 2015 ;
  • Macky Sall (Sénégal), mai 2015 – juin 2016 ;
  • Ellen Johnson Sirleaf depuis ce 4 juin.

Il faut le relever, la dernière fois que le Togo a présidé cet organe, c’était en 1999. Depuis lors, des pays comme le Sénégal, le Ghana ou encore le Nigeria ont eu à deux reprises l’honneur de diriger cette institution ; mais apparemment le Togo de Faure Gnassingbé est oublié. Le plus affligeant pour lui, c’est que la plupart des dirigeants bien élus dans leur pays et venus au pouvoir après lui, s’y sont fait élire aisément. Mais, lui, jamais. Et dire que la CEDEAO, c’est une initiative qui porte (officiellement) les sceaux d’Eyadema du Togo et de Yakubu Gowon du Nigeria – l’idée était déjà nourrie par Sylvanus Olympio- ! Pour seule consolation, il s’est fait offrir le titre (sic) de Coordonnateur de la lutte contre Ebola pour les pays de la CEDEAO – un poste qu’il peut garder à vie. Et aussi la présidence de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA).

Il faut le relever, le choix des présidents se révèle finalement comme une récompense des bonnes pratiques démocratiques. La plupart des chefs d’Etat nommés sont des bien élus, et cela vise à récompenser en quelque sorte les bonnes élections. C’est un principe non écrit mais qui est en vogue. Surtout lorsqu’on sait que l’Union européenne est le bailleur de fonds principal du fonctionnement de la CEDEAO et que la culture démocratique est l’une des conditionnalités qui lui tiennent à cœur, pas étonnant que le Togo soit relégué à un statut de paria.

C’est visiblement pour remercier Ellen Johnson Sirleaf pour la mission de pacification du Liberia faite depuis 2006 – elle est en partance cette année – qu’elle a été élue à la tête de la CEDEAO ce samedi. Tout porte à croire que le sort du Prince est décidé ailleurs…L’un dans l’autre, cette absence de Faure Gnassingbé à Dakar est une bouderie pour ces récriminations…

Liberté

Togosite.com

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